Violette Duval a parcouru le globe en solitaire pendant quatre années. Quatre années qui lui ont permis de prendre conscience de la place de l’être humain dans l’Univers, mais aussi de son impact majeur sur son environnement. Avec sa série « This is not art« , Violette Duval s’ajoute à la liste des artistes engagés qui n’ont pas peur d’exposer la réalité de la pollution en cours sur les plages du monde entier. 

Une prise de conscience au long cours

Originaire de Normandie, Violette Duval a toujours grandi à la campagne au contact des animaux et de la nature. Si elle n’est pas issue d’une famille d’agriculteurs, Violette Duval avoue avoir cependant toujours expérimenté la consommation locale et biologique, un mode de vie qu’elle a longtemps conçu comme allant de soi. « J‘ai toujours mangé bio, même si ce n’était pas estampillé bio, j’ai d’ailleurs eu du mal à comprendre ce label, qui devrait être la norme, et ne devrait même pas être un label…«  nous écrit l’aventurière moderne. 

« les plages, si elles ne sont pas nettoyées, montrent leur vrai visage. »

Photographies : Violette Duval

Après deux années à travailler dans un grand cabinet d’audit comptable et financier, Violette Duval décide de mettre les voiles, fatiguée un train-train quotidien qui manquait de sens. Quatre années de déplacements à travers le monde s’en suivront. De quoi lui ouvrir pleinement les yeux sur l’état actuel de nos océans. « La terre est polluée, mais l’océan n’est pas épargné, et cela je ne l’avais pas forcément vu avant de voyager. Je n’y prêtais pas réellement attention. J’ai été choquée de voir ma première plage jonchée de déchets en Thaïlande, sur une île inhabitée, réalisant l’étendue de la pollution des océans, réalisant que la grande majorité des plages paradisiaques accessibles aux touristes sont en réalité nettoyées pour paraître moins polluées. Les courants ont leur rôle à jouer, certes, mais les plages sont nettoyées tous les jours, et c’est très important à souligner : les plages, si elles ne sont pas nettoyées, montrent leur vrai visage, une pollution monumentale. »

Photographies : Violette Duval


Interpeller sur la réalité de la pollution

Et pour les habitants de ces îles, il devient de plus en plus difficile de prendre conscience de la gravité de la situation. Le plastique est tellement présents qu’il devient normal : « En Indonésie, je me souviens d’un homme venu discuter de la beauté de la plage, jonchée de déchets plastiques. Ce à quoi je lui répondais que le paysage était quelque peu gâché. Il ne comprenait absolument pas ce que je disais, le plastique était tellement présent sur ces plages, qu’il ne le voyait plus ! Il faisait parti intégrante du paysage… Il y avait énormément de plastique sur ces plages, il trouvait cela beau, il ne voyait pas la pollution, et nous n’arrivions pas à nous comprendre »

C’est pourquoi Violette Duval a décidé de documenter cette réalité en cours sur les plages par la photographie. « J’ai pris ces photos pour que cette banalité soit visible. Non, ce n’est pas beau. Non, ce n’est pas de l’art. C’est bel et bien la réalité, une pollution chronique de nos côtes. Les poissons, les crustacés et les coquillages que nous mangeons ne peuvent être épargnés… »


Aujourd’hui de retour en Normandie, Violette Duval affiche sa tristesse quant à la pollution similaire en cours sur les plages françaises, loin d’être épargnées. « J’ai été quelque peu étonnée de voir mon terrain de jeux jonché de ces plastiques, auxquels, je dois bien l’avouer, je n’avais jamais réellement prêté attention auparavant. Ces plastiques étaient presque beaux, tout un art, plein de couleurs, c’est d’ailleurs cette couleur qui a attiré mes yeux. J’ai donc décidé de les prendre en photos. Je pensais prendre 2 ou 3 clichés, dans les algues, mais je ne pensais pas en voir autant… Les mêmes plastiques que partout… Coincés, encastrés dans le sable, ou dans ces algues, ces plantes des mers… » La série « This is not art » était née.

Une question reste en suspens. Si chacun peut désormais poser le constat de la pollution plastique à travers le monde, comment activer un changement durable et effectif ? Nombre d’associations et de groupes citoyens organisent des ramassages des déchets sur les plages. Ailleurs, les communes payent des fortunes pour que des grues viennent nettoyer le sable. Dans les deux cas, si l’initiative part d’un bon sentiment, de nouvelles vagues viennent vomir les déchets d’une civilisation qui a perdu le sens des mesures. Aucun rivage n’est épargné par la folie de nos modes de vie. En mont, l’industrie n’a jamais autant produit de plastiques et ceux-ci restent très peu recyclés dans le monde, finissant parfois leur vie dans des décharges, puis dans l’environnement. Plus globalement, l’existence même du plastique repose sur la centralité des ressources fossiles dans nos économies. Alors, quand aura-t-on le courage d’initier une véritable transition industrielle ?

Photographies : Violette Duval



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