Belgique. La Mutualité Solidaris a été contrainte par jugement de définitivement mettre un terme à sa campagne de communication contre les publicités pour les médicaments en vente libre. Une plainte avait été déposée en juin dernier par une association qui regroupe les entreprises de l’industrie des produits de santé en vente libre. Le jugement vient de tomber en faveur des industriels du médicament.

Les faits remontent à juin dernier, en Belgique. Début du mois, la Mutualité* d’orientation socialiste Solidaris lance une campagne pour mettre en garde contre les publicités pour les médicaments en vente libre, afin de sensibiliser à la consommation trop importante et souvent banalisée des ces produits. Sous la forme de huit fausses publicités vidéo, la mutualité ironise à propos des entreprises qui vendent des médicaments sans ordonnance. Dans la première vidéo publiée, Solidaris critique l’usage du mot « instant » dans certaines publicités, considérant qui le mot induit en erreur, puisqu’il ne signifie pas que le médicament agit de manière instantanée, mais qu’il fond simplement rapidement dans la bouche. La mutualité estime que les médicaments sont vendus plus cher grâce à des mots trompeurs. Cette campagne était accompagnée d’une pétition adressée à Maggie De Block, ministre des Affaires sociales et de la Santé publique et à Kris Peeters, ministre de l’Économie et des Consommateurs.

Maggie De Block
Maggie De Block, ministre des Affaires sociales et de la Santé publique. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ.

La campagne a provoqué une réaction rapide de la part de Bachi, une association qui regroupe les entreprises de l’industrie des produits de santé en vente libre et défend leurs intérêts (lobby). Estimant la campagne « dénigrante, diffamatoire et mensongère », cette dernière a obtenu une suspension immédiate de la part du tribunal civil de Bruxelles, avant que l’affaire ne soit jugée sur le fond. Après plusieurs mois d’attente, la chambre des actions en cessation du tribunal des entreprises de Bruxelles vient de rendre sa décision ce 28 novembre 2018 et oblige Solidaris à mettre fin à sa campagne. Pour motiver sa décision, la chambre a considéré que les reproches que fait Solidaris aux industries des médicaments sans ordonnance ne reposaient pas sur des « bases factuelles sérieuses ».

Solidaris veut poursuivre son travail de sensibilisation

Interrogé, Solidaris a regretté cette décision et nous indique vouloir faire appel dans les prochains jours. « Nous estimons devoir interjeter appel de ce jugement lequel, quoique reconnaissant notre mission d’information et notre rôle de « chien de garde de la démocratie », nous met une muselière en empêchant l’expression de notre opinion par la voie de la parodie ou de la caricature », explique Paul Jammar, conseiller juridique de Solidaris.

En effet, rappelle Pierre Baldewyns, porte-parole de l’association, « la loi belge oblige les mutualités à faire de la prévention, nous voulions donc offrir au public des clés pour décoder les messages publicitaires ». C’est dans cet esprit que la campagne de juin dernier avait été organisée. « Il ne devrait pas y avoir d’autorisation de publicité pour les médicaments, ce sont des produits particuliers avec des effets secondaires potentiels », poursuit le salarié selon qui la réglementation en la matière est trop faible. Solidaris estime que les campagnes de publicités pour des médicaments spécifiques sont liées à une hausse de la consommation de ces mêmes médicaments.

Extrait de IN-SHADOW: A Modern Odyssey

La mutualité espère que la décision de la justice ne va pas clôturer de manière définitive le débat. « Via les publicités, on essaye de vanter les propriétés d’un produit alors qu’il s’agit de produits médicaux qui ne doivent être utilisés que quand cela est vraiment nécessaire. C’est aberrant », martèle Pierre Baldewyns. Pour Solidaris, il est urgent de changer le rapport de la société aux médicaments. « Dans notre vision de l’accès à la santé pour tous, nous souhaitons également remettre la place du médicament en question », complète le porte-parole. Autrement dit, la prise de médicaments n’est pas la panacée et un travail de fond, sur le mode de vie des personnes souffrantes, doit être engagé.

Rappelons que selon l’Association pharmaceutique belge, le pays se trouve en tête des dépenses médicamenteuses en Europe, avec un budget moyen atteignant 550 euros par habitant par an, alors que la moyenne européenne s’élève à 350 euros (Chiffres : 2014). Un peu plus tôt en 2018, ce sont les Mutualités Libres qui s’inquiétaient de la surconsommation de médicaments chez les adolescents. En novembre, une autre étude montrait que 7 % des femmes prenaient des médicaments dangereux pendant leur grossesse, illustrant le manque d’information d’une partie du public.

*En Belgique, les mutualités sont au nombre de cinq. Il s’agit d’organismes assureurs en charge du versement des indemnités maladie-invalidité ainsi que du remboursement des soins médicaux et pharmaceutiques. L’affiliation est obligatoire pour les salariés du secteur privé et les indépendants.


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