Quel paradoxe, alors que l’espèce est menacée d’extinction, pour la première fois, une étude scientifique témoigne de la capacité des orangs-outans à communiquer entre eux à propos d’évènements passés. Les conclusions des chercheurs de l’université de St. Andrews pourraient désormais aider à mieux comprendre comment se sont développées les capacités de langage chez les êtres humains, et éventuellement générer un peu plus de compassion concernant les espèces de grands singes, toutes menacées par les activités humaines.

Si, sous de nombreux aspects, les langages humains sont uniques dans le règne animal, d’autres espèces ont développé des capacités de communication étonnantes. Deux chercheurs de l’Université de St. Andrew (Écosse), Adriano R. Lameira et Josep Call, viennent de découvrir que les orangs-outans, primates appartenant à la famille des hominidés et déjà reconnus pour leurs compétences remarquables, étaient capables de communiquer à propos de faits passés. C’est la première fois que cette faculté est observée chez un primate non humain, la découverte bouleverse donc ce champ d’études.

Family reunion

Des délais importants avant de lancer l’alerte

Pour indiquer à leurs prédateurs qu’ils les ont vus et alerter leurs congénères d’un danger, les orangs-outans poussent des cris bien particuliers et distinctifs. Des chercheurs ont observé que ces grands singes pouvaient attendre jusqu’à 20 minutes après avoir observé un danger avant de lancer l’alerte, ce qui témoigne de leur capacité à « parler » d’un évènement passé. Déguisés en tigres, les chercheurs se sont approchés de plusieurs orangs-outans femelles pendant deux minutes avant de s’en éloigner. Dans un premier temps, les mammifères n’ont pas réagi, afin de rester discrets. Ce n’est qu’après plusieurs minutes que les singes ont lancé des cris d’alerte. Si les cris d’alerte sont communs parmi les animaux pour avertir d’un danger, jamais auparavant les scientifiques n’avaient observé une espèce utiliser cette capacité de communication différée après l’évènement en cause.

Selon les chercheurs de l’University de St. Andrews, l’expérience montre la capacité de ces grands singes à communiquer entre eux à propose d’un évènement de manière différée. Leurs expériences suggèrent que les orangs-outans peuvent attendre jusqu’à 20 minutes avant d’alerter d’un danger. Adriano Reis e Lameira, l’un des chercheurs, décrit au Science Magazine comment à l’approche des faux tigres, l’une des femelles a cessé ce qu’elle était en train de faire, a attrapé son enfant, et commencé à grimper aux branches d’un arbre de la manière la plus silencieuse possible. Ce comportement montre qu’elle réagissait au danger. Mais ce n’est qu’après plusieurs minutes qu’elle a commencé à lancer l’alerte, répétant ses cris pendant plus d’une heure.

Les conclusions de cette étude ont surpris certains primatologues, car la capacité à parler du passé est l’une des caractéristiques qui rendent les communications humaines aussi efficaces. Ce n’est néanmoins pas la première fois que les observations scientifiques témoignent de la grande intelligence des orangs-outans, connus notamment pour utiliser des outils pour s’alimenter. D’autres recherches suggèrent que les orangs-outans ont développé une culture propre, transmise de génération en génération (et non innée).

Deforestation

Une espèce en danger critique d’extinction

Très affectés par la déforestation, les activités industrielles, mais aussi par la chasse et de manière plus générale l’expansion des sociétés humaines, les orangs-outans sont en danger critique d’extinction selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. Les populations ont décliné de plus de 50 % pendant ces cinquante dernières années. Ces primates qui ont pour aire de répartition les îles de Bornéo et de Sumatra doivent leur appellation à la langue malaise. Orang-outan signifie littéralement « homme de la forêt ». Il y a quelques jours, un clip vidéo signé Greenpeace, interdit de diffusion à la télé anglaise, rappelait le lien direct entre l’exploitation des forêts pour l’huile de palme et la silencieuse disparition de ce primate.


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