Censurée à la télé, cette vidéo contre l’huile de palme cartonne sur internet

Au Royaume-Uni, une publicité pour dénoncer les ravages causés par l’huile de palme a été bannie de la télévision au motif qu’elle serait trop politisée. À peine croyable connaissant les ravages bien réel de cette industriel sur la planète. Depuis, le court-métrage brillant cartonne sur les réseaux sociaux en guise de réplique.

En lançant une publicité ayant pour objet d’expliquer pourquoi elle avait l’intention de bannir de ses rayons les produits alimentaires contenant de l’huile de palme, la chaîne de magasins « Iceland » ne pensait certainement pas provoquer un « buzz » médiatique.

La publicité en question, diffusée en partenariat avec Greenpeace, « rend hommage aux 25 orangs-outans qui disparaissent chaque jour » en raison de la déforestation. Elle met en scène sous la forme d’un dessin animé une jeune fille et une petite orang-outan. Cette dernière, qui a quitté sa forêt détruite, décrit les ravages provoqués par les êtres humains pour la fabrication de produits du quotidien, shampoings ou chocolats à base d’huile de palme. Forcément, une telle critique du consumérisme coïncide mal avec le flot incessant de publicités manipulatoires pour ces mêmes produits.

Crédit image : Iceland Foods
Crédit image : Iceland Foods

En dépit du bon sens du message et de l’intention louable des supermarchés Iceland, la vidéo a été interdite de diffusion sur la télévision britannique. L’argument ? Le court-métrage ne serait pas conforme aux règles de diffusion des publicités. Vous ne rêvez pas ! La Commission des pratiques publicitaires de la radiodiffusion a notamment jugé que son contenu avait un caractère trop politique, comme elle l’explique dans un communiqué de presse diffusé suite au tollé médiatique.

Rappelons que l’exploitation des forêts pour le bois, souvent avec l’intention d’y produire des palmes à huile en monoculture ou autre (soja, tournesol,…) par la suite, pose de graves problématiques environnementales exposées et dénoncées depuis plusieurs années par les scientifiques, les ONG et les défenseurs de l’environnement. Ces activités menacent la faune et la flore et notamment les orangs-outans, qui vivent en Asie de l’Est. En raison de la disparition de son habitat naturel, l’espèce est sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la conservation de la nature), ce qui signifie qu’elle est en danger d’extinction.

Nos (pas si) lointain cousins sont menacés d'extinction. La moitié des espèces de primates sont en bonne voie de…

Publiée par Mr Mondialisation sur Jeudi 8 novembre 2018

 

Notons que si l’huile de palme est un ingrédient privilégié des industriels de l’agroalimentaire en raison de la texture qu’elle donne aux biscuits, pâtes à tartiner et autres, en Europe, la substance est utilisée en priorité par les véhicules diesel (près de 50 % de la consommation européenne d’huile de palme). C’est donc tout un modèle de société devenu délirant qui est finalement la cible de cette animation.

La décision de la Commission des pratiques publicitaires de la radiodiffusion est d’autant plus étonnante qu’elle intervient quelques semaines à peine après l’alarmant rapport du Giec, selon lequel l’objectif de maintenir la hausse des températures à + 1,5° par rapport à l’ère préindustrielle s’éloigne peu à peu. En effet, la poursuite de cet objectif demande désormais une rupture sans précédent de la trajectoire socio-économique du monde d’aujourd’hui, puisqu’il faudrait réduire de 45 % nos émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 2010 d’ici 2030 et être neutre en carbone d’ici 2050. Autrement dit, il est urgent d’agir à toutes les échelles, chacun à hauteur de ses propres responsabilités et surtout de mettre un terme aux activités industrielles les plus destructrices. La déforestation en fait partie. Mais les acteurs du capitalisme industriel, et ses canaux de diffusion, comptent-ils accepter ce changement sans faire de résistance ? Visiblement pas.

Crédit image : Iceland Foods
Crédit image : Iceland Foods

La vidéo cartonne sur internet

Comme on pouvait s’en douter, la censure de la vidéo a été très mal accueillie par de nombreux internautes. Par ailleurs, à l’image de « The Guardian », l’information été relayée et discutée par des médias anglophones importants (mais aussi en France), participant à une vague d’indignation grandissante.

La chaîne de supermarchés « Iceland » a pris la décision de diffuser la vidéo sur YouTube. Rien que sur sa propre chaîne, la vidéo a été visionnée près de 4 millions de fois. Une pétition, qui demande à la Commission des pratiques publicitaires de la radiodiffusion de revenir sur sa décision, a quant à elle recueilli près de 700.000 signatures en à peine quelques jours. Comme quoi, si les lignes ne changent que (trop) lentement, l’opinion publique n’est plus indifférente aux questions environnementales.

Crédit image : Iceland Foods

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