« Best Friend » : un ami virtuel implanté dans votre cerveau

À la fois inquiétant et visionnaire, le court-métrage « Best-Friend » nous projette dans un monde où les individus pallient leur solitude par l’intermédiaire d’une technologie qui leur offre des amis virtuels. Réalisé par des étudiants de l’École de l’image Gobelin, le film d’animation est autant une réflexion philosophique sur la course en avant technologique des sociétés modernes qu’une véritable réussite visuelle et narrative.

Dystopie sociale réalisée par Nicholas Olivieri, Shen Yi, Juliana De Lucca, Varun Nair, David Feliu de l’École de l’image Gobelins, le court-métrage intitulé Best Friend n’est pas passé inaperçu sur les réseaux sociaux où il a déjà été visionné plusieurs dizaines de milliers de fois. Notons que cette production nous vient d’une école dont les étudiants nous avaient déjà éblouis en 2018 avec Burn-Out et Thermostat 6 !

Crédit image : École de l’image Gobelin
Crédit image : École de l’image Gobelin
Crédit image : École de l’image Gobelin

Le film d’animation se joue dans un avenir proche, dans lequel un homme solitaire est psycho-dépendant d’un produit appelé Best Friend. Grâce à cette technologie qui se présente sous la forme de capsules à s’injecter dans un implant placé au niveau du cerveau, il se propulse dans un monde imaginaire dans lequel il est entouré de dizaines d’amis virtuels taillés pour satisfaire ses désirs. Un jour, alors qu’il peine à recharger son implant, il est agressé dans la rue et se voit subtiliser son implant. Brusquement confronté à la réalité du monde, il redécouvre alors le quotidien dont il a tenté de s’échapper.

De manière subtile, les auteurs de court-métrage nous renvoient à notre réalité contemporaine, caractérisée par la dématérialisation graduelle des relations sociales avec le développement spectaculaire et l’omniprésence d’internet et des réseaux sociaux. Dérangeant, parce qu’il nous livre une critique acerbe de la société contemporaine, Best Friend nous invite à prendre du recul sur la numérisation croissante de notre environnement, pour nous reconnecter au réel, c’est-à-dire aux vrais êtres humains et au monde qui nous entourent.

Crédit image : École de l’image Gobelin
Crédit image : École de l’image Gobelin
Crédit image : École de l’image Gobelin

Si une telle histoire mériterait sans doute un long métrage, elle fait aussi référence à des formes d’addiction bien contemporaines, qui touchent notamment le monde des gamers. Le Youtubeur Game Spectrum a ouvert le débat dernièrement en réalisant une critique magistrale du jeu le plus connu dans le monde : Fornite. 53 minutes d’analyse et avis d’experts pour comprendre comment les concepteurs des jeux les plus récents étudient des techniques de neuromarketing pour pousser le joueur à s’engluer toujours plus profondément et longtemps dans leur monde virtuel. De là se pose la question de la liberté individuelle dans une optique déterministe : jusqu’où pensons-nous vraiment être libres ? se croire totalement libre quand d’autres étudient des moyens de manipuler notre esprit à notre insu n’est-il pas le plus grand des dénis de réalité, à l’image du personnage principal de Best-Friend ? Que reste-t-il de notre réalité une fois l’écran éteint ? Comment « consommer » avec sagesse un produit de divertissement étudié pour nous aliéner sans céder aux codes de neuromarketing ? Et surtout, qui compte l’enseigner aux plus jeunes ? L’éducation nationale a-t-elle seulement conscience de ces nouvelles réalités ?


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