Épaulée par plusieurs grandes institutions dont l’Université d’Aix-Marseille et l’institut d’économie circulaire, une équipe de 12 étudiants part cet automne à la conquête du prix iGEM. L’iGEM, ou « International Genetically Engineered Machine Competition » est un concours international porté sur la biologie de synthèse. Leur projet : endiguer la pénurie de platine à venir en récupérant le métal précieux évacué par nos pots d’échappements et présent en grande quantité sur nos routes.

Un concours international, huit équipes françaises

Afin d’être sélectionnés pour la compétition, les étudiants d’Aix-Marseille ont dû faire preuve de créativité, d’originalité et bien évidemment d’ingéniosité. En présentant un projet mis en place au sein du CNRS de Joseph Aiguier à Marseille, ils ont cependant réussi l’exploit d’être repérés et sélectionnés parmi les 280 équipes qui participeront cette année au concours de l’iGEM. Le concours, centré sur la biologie de synthèse, a lieu chaque année et s’adresse aux étudiants en université du monde entier. Pendant l’été, ceux-ci doivent mettre sur pied un projet qui doit aboutir à l’élaboration de systèmes génétiques faits à partir de « Biobricks ». Une partie de leur mission et de la notation repose également sur leur capacité à travailler en équipe et à promouvoir un projet qui doit être bénéfique à la communauté et au monde entier.

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Cette année, ce sont huit équipes françaises qui ont été sélectionnées. Parmi elles, seule l’équipe de Joseph Aiguier représentera la région PACA. En octobre prochain, ses étudiants s’envoleront vers Boston pour présenter leurs prouesses, tant en termes scientifiques qu’en termes de promotion auprès de divers sponsors.

Repousser la pénurie de platine grâce à l’économie circulaire

Si le projet des étudiants provençaux a su retenir l’attention des pontes de la biologie synthétique à l’origine de la compétition, c’est qu’il incorpore des enjeux environnementaux et sociétaux d’envergure. Centré sur la récupération du platine, un des métaux précieux les plus chers au monde, le projet de l’équipe pourrait permettre d’endiguer la pénurie à venir. En effet, on estime que les réserves actuelles de platine, au regard des usages qu’il en est fait aujourd’hui, pourraient être totalement épuisées d’ici à 2064. Utilisé dans la fabrication des pots catalytiques des pots d’échappements, le cours boursier du platine est aussi fonction du marché de l’automobile.

L’idée des étudiants d’Aix-Marseille cherche donc à récupérer le platine de nos pots d’échappements, qui se dépose le long des grands axes routiers. Lessivé par la pluie, le platine se dirige ensuite dans les bassins de rétention des eaux pluviales. Ces « zones tampons » permettent, en outre, de rétablir un certain équilibre hydraulique et de gérer les fluctuations des apports en eaux de pluie dans le milieu naturel. En utilisant des techniques de bioaccumulation, de biosorption et de bio-raffinement, les étudiants étudient un moyen de récupérer le métal précieux sous une forme de nouveau valorisable. Ainsi, le platine pourrait entrer au cœur d’un processus de production durable, avec un procédé biologique qui permettrait de le recycler.

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Le platine, un métal précieux essentiel

On estime que 230 000 kilos de platine sont produits chaque année. La plus grande partie de la production est utilisée par l’industrie automobile, qui n’est pas le secteur le plus soutenable. Mais le platine est aussi et surtout ressource indispensable à d’autres secteurs utiles. Par exemple, il est également très utilisé dans le monde médical. Utilisé dans les traitements contre le cancer, sous forme de complexes organo-métalliques (cisplatine), il est aussi emprunté pour fabriquer les capsules de stimulateurs cardiaques. En ce sens, son manque à venir, notamment précipité par l’industrie du véhicule fossile, posera des problèmes importants en matière de santé.

Issu de mines en Russie et en Afrique du Sud, son extraction actuelle est réalisée grâce à de l’acide sulfurique. Autant dire qu’elle n’est pas sans impact sur l’environnement. Cependant, et c’est particulièrement étonnant, les concentrations de platine dans les mines ont aujourd’hui tendance à être moins importantes que celles constatées sur nos axes routiers. D’où l’intérêt de tourner notre regard vers de nouvelles façons de le produire, ici, de manière totalement biologique.

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Sources : iGEM.org / La Provence – page Facebook du projet / Consoglobe.comDetambel.com / Images à la discrétion de IGEM Aix-Marseille Université.

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