Une coalition d’ONG et d’associations dénonce les conséquences des politiques agricoles européennes pour les pays d’Afrique de l’Ouest. Elles demandent une meilleure régulation de la production du lait afin de défendre les intérêts des producteurs locaux d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée. En cause notamment, du « faux lait » européen vendu en masse aux pays africains.

« Il y a un véritable dumping du lait européen sur le marché africain », dénonçait Adama Diallo, le président de l’Union nationale des mini-laiteries et Producteurs de Lait local au Burkina Faso (UMPL-B), en mars dernier. Paradoxe, bon nombre de petits producteurs européens ne s’en sortent pas. En effet, entre 2000 et 2010, le nombre d’exploitations laitières en France a diminué de 37 %. Les chiffres ne mentent pas, le modèle ne fonctionne pas.

Dans ce contexte, la campagne « N’exportons pas nos problèmes », portée par SOS Faim, Vétérinaires Sans Frontières, OXFAM et Mon lait est local, entend sensibiliser à la problématique et encourager les élus à prendre des mesures fortes pour faire cesser une situation jugée aberrante. Pour cause, l’Afrique de l’Ouest voit arriver sur son marché du « faux lait », c’est-à-dire un produit fabriqué à partir de lait en poudre réengraissé avec de l’huile de palme. « Un produit bon marché, car bénéficiant des subventions européennes de la PAC, mais aussi parce que l’huile de palme se vend à faible prix », explique François Graas, coordinateur du service information et plaidoyer chez SOS Faim, ONG engagée pour la défense de l’agriculture familiale durable. Vendu jusqu’à 50 % moins cher que le lait local, le produit industriel concurrence les paysans de la région qui ne peuvent pas tenir tête.

La fin des quotas laitiers comme cible

Le cas du lait pourrait illustrer plus largement la problématique posée par la mondialisation des échanges dans le domaine agricole. « On produit du lait partout dans le monde, mais selon des méthodes différentes. Et pourtant il existe un marché global qui fixe en grande partie les prix et donc on met en compétition des producteurs qui ne sont pourtant pas dans les mêmes conditions« , analyse le salarié de SOS faim. Par ailleurs, si seul le prix dicte sa règle, au nom de quoi un lait industriel de moins bonne qualité devrait-il être la référence du marché ?

Selon lui, la fin des quotas laitiers en Europe, entrée en vigueur en avril 2015, est un tournant. « Avant, il y avait surproduction, mais avec une limite, aujourd’hui il n’y a plus de limite à la surproduction« , regrette-t-il. Depuis, les agriculteurs déterminent eux-mêmes leur niveau de production. Conséquence, la production a augmenté en flèche, les prix sont devenus plus fluctuants et la concurrence dans ce secteur a progressé. Avec cette double conséquence : les producteurs européens n’arrivent pas à se payer correctement et l’industrie laitière cherche de nouveaux débouchés à l’extérieur du marché commun. « Tout le monde est perdant », résume le salarié. Une démonstration vivante que « croissance à tout prix » et « produire beaucoup » n’est pas synonyme de bonheur pour tout le monde, pas même pour ceux qui produisent.

Sac de lait en poudre réengraissé à l’huile de palme exporté en Afrique de l’Ouest par la firme belge Milcobel sous le label Binco. Crédit image : CIRAD.
Crédit image : nexportonspasnosproblemes.org

Les ONG demandent une intervention des États

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« On demande une régulation et des mécanismes d’intervention sur le marché, c’est-à-dire faire moins de lait », défend François Graas. « Si on baisse la production, les exportations vont perdre de leur sens et les prix vont remonter. On veut promouvoir un modèle dans lequel on produit localement pour une consommation locale », insiste-t-il. Par ailleurs, il estime que les produits exportés ne doivent pas bénéficier des aides de la PAC. Mais voilà, le principe de régulation va à l’encontre de la doctrine libérale actuelle qui domine les courants politiques.

Sans surprise, jusqu’à présent, l’UE rejette les principales accusations concernant sa politique agricole en plaidant que les pays concernés par ce dumping sont libres de mettre en place des barrières douanières de leur propre chef. « Le gouvernement du Burkina pourrait fixer un droit de douane qui pourrait permettre à sa filière lait de se développer », expliquait y a quelques semaines le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan. « Je comprends que certains États ne le fassent pas pour des raisons de sécurité alimentaires, mais ce n’est pas de la responsabilité de l’UE », a-t-il rappelé. Alors que le vote de la PAC 2021-2027, dont les négociations se terminent, se fera dans les mois suivants l’élection du nouveau Parlement européen, ce sujet sera-t-il pris en considération ?

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de la campagne.

Crédit image : nexportonspasnosproblemes.org

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