Dans le Morbihan, une rencontre récente entre l’agence Santé publique France et des familles d’enfants atteints de malformation aux bras a révélé un nombre beaucoup plus important de cas dans la région qui n’avaient pas été officiellement référencés. Alors que les 6 membres de l’équipe du Remera (registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes) ont vu leur procédure de licenciement suspendue, les voilà désormais chargés d’étudier cette nouvelle « affaire » dans un retournement de situation inédit.


Entre septembre et octobre 2018, le Remera (Registre des malformations congénitales de Rhône-Alpes) voit ses financements publics cesser et ses salariés menacés de licenciement. C’est le coup médiatique dont avait besoin « l’affaire des bébés sans bras » pour faire ressurgir des placards de 2015 des rapports signalant un nombre anormal de « bébés nés sans bras » dans l’Ain, mais aussi dans le Morbihan. En dépit de ces éléments alarmants, l’agence Santé publique France a longtemps refusé de conduire une enquête pour tenter d’éclaircir le phénomène. Mais le gouvernement, à la suite de la médiatisation de l’affaire, lui demande désormais des études plus poussées. Quelques jours après avoir reçu leur lettre de licenciement, ce qui n’aura pas manqué d’alerter l’opinion, l’équipe de 6 chercheurs s’est vue soudainement réhabilitée pour mener à bien ces nouvelles investigations.

À Guidel, dans le Morbihan, le dispositif de surveillance, d’investigation et de recherche avait initialement fait état de 4 cas d’enfants atteints de malformations des membres supérieurs. À la suite d’une consultation à la mairie avec l’agence Santé publique France, plusieurs parents ont manifesté la présence d’autres enfants atteints des mêmes malformations dans un périmètre de quelques kilomètres autour du village. Autre similitude : les enfants concernés ont des années de naissance rapprochées. Auparavant, ces cas n’auraient pas été comptés pour des raisons « méthodologiques » et de « moyens ». D’autres facteurs ont été limitants dans le recensement ; par exemple, le niveau de malformation à partir duquel un cas pouvait être déclaré comme tel. La médiatisation nationale de l’affaire aura ainsi permis d’alerter des parents concernés.

Les parents et les professionnels de santé se sont montrés inquiets et concernés, venant en grand nombre à cette consultation tenue mardi dernier. Car la question du « pourquoi ? » reste toujours en suspens. Les foyers de cas dans le Morbihan et dans l’Ain sont situés en zone rurale et l’effet tératogène (pouvant provoquer des malformations chez les enfants dont la mère est exposée à ces substances) de certains pesticides est pointé du doigt, sans pour autant pouvoir en apporter la preuve formelle à ce stade. C’était déjà une des pistes proposées par le rapport du Remera, selon qui l’hypothèse d’un agent utilisé en agriculture ou en médecine vétérinaire pouvait être avancée. Rappelons que les causes des malformations sont généralement dew causes génétiques, physiques ou dues à des substances toxiques. Par ailleurs, plusieurs facteurs peuvent s’additionner.

Une enquête nationale est en cours pour connaître le nombre exact de cas et les causes exactes de ces malformations. Les résultats devraient être dévoilés d’ici 3 mois. Si les familles espèrent trouver des réponses claires à leurs questions, donc un coupable potentiel, cette triste affaire vient alimenter, à tort ou à raison, la défiance d’une partie grandissante de la population contre l’agrochimie industrielle. En effet, cette triste affaire intervient alors que les alertes des scientifiques se multiplient sur les limites de notre modèle industriel. L’appel « Nous voulons des coquelicots », pour l’interdiction unilatérale de tous les pesticides de synthèse en France battait son plein il y a quelques semaines à peine…


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Sources : lemonde.fr / francebleu.fr