Ces derniers jours ont vu la recrudescence de contaminations à l’anthrax au Nord de la Russie. Au total, 72 personnes seraient actuellement hospitalisées et un enfant de 12 ans aurait succombé des suites de son intoxication. La viande de renne, mais aussi les conséquences directes du réchauffement climatique dans cette région du globe sont mises en cause. Une nouvelle inquiétante qui pourrait bien voir se multiplier ce type de problème au niveau mondial.

Un enfant de 12 ans décédé, 72 personnes hospitalisées

En Sibérie, à 2000 kilomètres au dessus de Moscou, où l’on compte une grande part de populations nomades, plusieurs contaminations à l’anthrax ont été rapportées ces derniers jours. À l’origine de celles-ci, la contamination des animaux, principalement des rennes, dont la viande est consommée par les communautés alentours. Samedi dernier, un enfant de 12 ans est décédé des suites de la forme intestinale de la « maladie du charbon » après avoir mangé de la viande de chevreuil. Sa famille s’occupait notamment d’un élevage de rennes. 72 personnes furent hospitalisées à ce jour. Côté animal, on estime à plus de deux milliers le nombre de rennes qui ont succombé à l’infection. Plusieurs élevages ont également été évacués et la région a été placée sous quarantaine.

La dernière fois qu’une telle contamination avait eu lieu remonte à 75 ans. Connue également sous le nom de « maladie du charbon », l’intoxication à l’anthrax entraîne des symptômes cutanés, respiratoires, intestinaux et vasculaires pouvant conduire à la mort. Rendue célèbre par les attaques bioterroristes de 2001, la substance en cause est en fait une bactérie très résistante, la Bacillus Anthracis. Présente dans la terre, elle peut ensuite être ingérée par les animaux herbivores et se transmettre à l’homme de cette façon. Mais sa résurgence dans l’environnement glacé de Sibérie laisse suggérer, cette fois-ci, une cause humaine.

Un changement climatique qu’on ne peut ignorer plus longtemps

L’intoxication originelle des animaux n’est pas exempte d’une certaine explication, qui touche directement aux dérèglements climatiques que nous connaissons et à l’activité humaine dans son ensemble. Ainsi, l’anthrax présent en Sibérie aurait été libéré de terre suite à la fonte des sols gelés. En effet, la couche de glace qui recouvre le sol du Grand Nord, le permafrost, n’avait pas fondu depuis plusieurs années. Face à un été particulièrement doux, la couche de glace a fondu, permettant la libération de la substance toxique dans l’environnement, depuis l’animal jusqu’aux hommes.

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Ainsi, des températures anormalement élevées, dépassant parfois les 35 degrés, sont responsables de la fonte de cette couche de glace. Celle-ci peut avoir conservé des spores d’anthrax vieux de cent ans, notamment à travers les corps décomposé d’animaux atteints. Entre 1980 et 2000, la température de cette couche de glace située sous la surface (censée ne jamais dégeler) a augmenté de 2° Celsius au nord de la Russie, et de 3 degrés en Alaska. C’est en tout cas ce qu’indique le cinquième rapport du GIEC paru en 2014. Le dernier cas d’intoxication à l’anthrax remonte à 1941 dans la région. Cette résurgence rapide questionne donc fortement sur les origines d’un tel évènement.

La protection du permafrost : enjeu environnemental aux répercussions mondiales

On estime que le permafrost (ou pergélisol) recouvrirait 20% de la surface de la Terre, soit 25 millions de km². Il désigne une partie du sol terrestre dont la température se maintient en dessous de zéro degré pendant plus de deux années consécutives. L’augmentation de quelques degrés des températures en Sibérie a suffi à générer un dégel partiel. Des scientifiques russes et américains ont même révélé que le permafrost fondait pour la première fois depuis la fin du dernier âge glaciaire, il y a 11 000 ans. La fonte de cette couche de glace engendre des soucis pour les populations présentes sur les territoires concernés. Des affaissements de terrain, des déformations de route ou des ruptures d’oléoducs sont, entre autres, à craindre.

Mais la fonte du permafrost concerne également l’ensemble des écosystèmes terriens. En effet, contenus en très grande quantité dans la glace, sont des gaz à effet de serres qui pourraient contribuer encore davantage au réchauffement climatique. La libération de méthane et de CO2, permise par le biais des matières organiques considérablement présentes dans la glace, pourrait en effet être responsable d’un cercle climatique vicieux. À l’échelle mondiale, il est estimé que les deux premiers mètres du permafrost contiendraient plus de gaz carbonique que dans l’ensemble de l’atmosphère.

anthraxVue au microscope de bacilles d’anthrax en forme de tige (jaune) / (National Institute of Health)

Outre la mise en branle d’une catastrophe climatique issue du réchauffement, la fonte du permafrost pourrait également, à l’instar de l’épidémie due à l’anthrax, provoquer la réapparition de bactéries et de virus que l’on pensait jusqu’alors disparus et éradiqués (en réalité, endormis dans les sols). Conservés dans le sol glacé, ils pourraient se propager de nouveau, ravivant des épidémies vieilles de plusieurs siècles. Il semble que le vivant nous invite à prendre des mesures sans tarder pour réguler nos activités…


Sources : SiberianTimes.com / LeParisien.fr / Leclimatchange.fr / Geo.fr

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