Le gouverneur du Mississippi a promulgué mardi 5 avril une loi autorisant les commerçants à refuser de servir les couples homosexuels, ceci au nom d’une protection des « libertés religieuses ». Tandis que les États-Unis ont autorisé le mariage homosexuel en 2015, divers politiques des États fédéraux de l’Amérique profonde légalisent la discrimination contre des personnes en raison de leur simple sexualité…

2016, États-Unis, certaines théories du complot, sur fond de ferveur religieuse, ont fait des petits dans les régions à la politique la plus conservatrice. Mardi 5 avril, Phil Bryant, gouverneur de l’État du Mississippi, a ainsi promulgué une loi dite de protection des « libertés religieuses et convictions sincères », qui donnera pleine licence aux commerçants pour refuser de servir des couples homosexuels. Radicalement à rebours d’un humanisme tolérant en faveur de l’égalité des droits pour tous, cette loi dispose que « le genre d’une personne est déterminé par l’anatomie et la génétique d’une personne à sa naissance ». Elle autorise également les commerçants à « déterminer qui peut aller dans les toilettes, les cabines d’essayage et les vestiaires ».

Cette décision, qui entrera en application le 1er juillet, va encore plus loin dans l’ignominie en permettant aussi de refuser certains services publics aux couples homosexuels. Dirigeante au sein du syndicat mississippien des libertés civiles américaines (American Civil Liberties Union of Mississippi), Jennifer Riley-Collins considère que c’est « un triste jour pour l’État du Mississippi et pour des milliers de Mississippiens qui peuvent maintenant être chassés de commerces, se voir refuser le contrat de mariage, le logement, des services essentiels et soins nécessaires au nom de ce qu’ils sont ». Et, en effet, pareille discrimination légalisée marque une plongée politique dans un obscurantisme d’un autre temps.

Typique des positions du GOP américain (Parti républicain), notamment représenté par le milliardaire Donald Trump, et volontiers conservateur sur le plan social et moral, le motif est ici avant tout religieux. En dépit d’un libéralisme exacerbé, l’Amérique reste globalement très puritaine et divisée. Phil Bryant est d’ailleurs membre de l’Église méthodiste unie. Il souligne, en outre, que cette loi « n’enfreint aucun droit protégé par la Constitution, ni aucune action de quelque citoyen de cet État sous la loi fédérale ou de l’État ». Ainsi, les partis conservateurs, les mouvements religieux radicaux et autres amoureux de l’économie triomphante accordent parfaitement leurs violons quand il s’agit de stigmatiser une minorité.

lgbt_usaSource : Claytoonz.com

200 projets de loi contre les personnes LGBT

Le fait n’est pas isolé aux États-Unis : d’après Human Rights Campaign, le plus puissant lobby LGBT du pays, ce ne sont pas moins de 200 projets de loi orientées contre les LGBT qui ont été recensés dans diverses séances législatives d’État à travers le pays pour la seule année 2016. Trois d’entre eux ont d’ailleurs été promulgués dans des États du sud : le Mississippi, la Caroline du Nord et le Kansas. La Caroline du Nord a récemment interdit aux transsexuels l’usage de toilettes correspondant à leur identité de genre et doivent utiliser les toilettes selon leur sexe de naissance indiqué sur leur état civil : le prétexte, pour ce cas, est qu’il s’agirait d’éviter les viols.

Ces nouvelles dispositions ont quelque chose d’un effet backlash, dans des États du sud conservateurs allant à rebours des récentes évolutions. De fait, malgré la notable évolution en 2015, qui a vu l’autorisation du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe, les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre ne sont pas interdites dans tous les États. Les libertés fédérales dont jouissent les États en matière de législation anti-discrimination expliquent pourquoi la discrimination contre la communauté LGBT est légale dans quelque 31 États du pays, où citoyennes et citoyens risquent donc un licenciement, une expulsion ou le refus d’accéder à certains services ou lieux en raison de leur orientation sexuelle. Si le mariage entre personnes de même sexe est devenu légal, celles-ci (et les LGBT de façon plus générale) n’ont aucune garantie de pouvoir mener leur vie comme tout citoyen du pays.

Cependant, des organisations civiles et de grandes entreprises ont dénoncé ces législations. En Georgie, à la faveur de la mobilisation populaire et d’un mouvement massif de boycott, le gouverneur a finalement refusé de signer une loi discriminante. En cette période de campagne électorale, il est intéressant d’observer les positions des candidats sur ces questions. Car, si le Président Obama a ajouté quelques protections légales relatives au genre et à la sexualité contre les entrepreneurs fédéraux il y a un an, rien ne garantit que son successeur ne revienne pas sur ces acquis. En attendant, certains continuent de s’acharner contre la liberté individuelle. On citera notamment Matthew McLaughlin, un avocat Californien qui lutte pour que l’homosexualité soit reconnu comme un crime passible de la peine de mort. Quel beau projet de vie au pays de la liberté…


Sources : WashingtonPost.com / CourrierInternational.com / Human Rights Campaign

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