Le 25 février dernier Les Amis de la Terre lançaient une nouvelle campagne contre l’huile de palme. L’association, dont nous avons pu interroger le coordinateur de campagnes, Sylvain Angerand, met en garde : l’huile tant décriée à raison de son fort impact sur l’environnement fait son retour, cette fois-ci dans le diesel à la pompe.

On pouvait penser que le sujet était clos. En effet, « depuis 2009, la consommation d’huile de palme dans notre alimentation a été divisée par deux » explique Sylvain Angerand, démontrant que les campagne publiques ont porté leurs fruits, bien que certains marques, notamment Nutella, continuent à l’utiliser à grande échelle. Pourtant, ce produit dénoncé à maintes occasions fait son retour par la petite porte, sans que le consommateur en soit vraiment conscient : « si l’huile de palme quitte progressivement les rayons alimentaires, peu de gens savent que l’on en consomme sans le savoir en faisant le plein de carburants ».

De l’assiette jusqu’aux moteurs

Les Amis de la Terre ont entamé leur lutte contre l’huile de palme très tôt, dès le début des années 2000. À cette époque, l’une des principales préoccupations de l’association était « l’accélération rapide de la déforestation en Indonésie et en Malaisie, et l’augmentation des conflits avec les communautés locales qui se trouvent dépossédées de leurs terres et forêts » en lien avec l’exploitation du palmier à huile. C’est seulement en 2005 que la thématique a eu une résonance auprès d’un plus large public, lorsque est médiatisée la disparition des orang-outangs et que des premières études suggèrent que l’huile de palme a un impact négatif sur la santé. Cependant, insiste Sylvain Angerand, chez les Amis de la Terre, « nous essayons aussi de montrer que les impacts sur la santé des travailleurs et des riverains des plantations de palmes à huile sont terribles », notamment en raison des pesticides utilisés.

Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, nous continuons à consommer de l’huile de palme à large échelle. En effet, une découverte technique – l’hydrogénation – a permis de contourner le principal obstacle à l’utilisation de l’huile de palme comme carburant dans les moteurs, sa viscosité, ce « qui permet de la rendre aussi liquide qu’un carburant classique ». Aujourd’hui, Total est en train de construire une énorme usine à La Mède, entre Martigues et Marseille ; « cette usine pourrait consommer 500 000 tonnes d’huile de palme soit doubler la conso française d’huile de palme ! » C’est contre ce projet industriel que Les Amis de la Terre souhaitent intervenir aujourd’hui. De surcroît, lutter contre ce produit embrasse un défis global : « Notre combat contre l’huile de palme s’inscrit dans un combat plus général pour dénoncer un système de surconsommation des pays riches qui entraine un accaparement de l’espace écologique des pays les plus pauvres. »

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Le gouvernement peut s’opposer à l’usage d’huile de palme

Il y a quelques jours, Les Amis de la Terre ont interpellé la Ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, et publié une tribune dans le journal Reporterre dénonçant les activités de Total. C’est un combat de longue haleine : « depuis juin 2015, nous interpellons Mme Royal à ce sujet car elle a le pouvoir d’exclure l’huile de palme de la liste des biocarburants ou de contraindre Total à revoir son projet de reconversion de sa raffinerie ». En effet, il y a urgence à agir, car l’usine pourrait entrer en fonctionnement d’ici 2018.

Pourtant, regrette Sylvain Angerand, Ségolène Royal se distingue par son immobilisme sur la question. Elle aurait la possibilité d’intervenir, puisque les raffineries françaises sont contrôlées par le gouvernement. Mais elle semble suivre une démarche inverse. Pire, estime notre interlocuteur, « en décembre, [la Ministre de l’environnement] est allée inaugurer une autre usine de « biocarburants  » de Total à Dunkerque et il y a 10 jours l’État a signé une convention de développement économique avec Total pour le site de La Mède », témoignant le  soutien de la France à l’industrie de l’huile de palme. Restée muette jusqu’à présent, Ségolène Royal a promis de répondre par écrit aux Amis de la Terre.

Ségolène Royal s’emporte contre Les Amis de la Terre


Sources : Propos recueillis auprès de Sylvain Angerand, chargé de campagne des Amis de la Terre par Mr Mondialisation / amisdelaterre.org / reporterre.net

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