À 19 ans à peine, Ben Kawam dit avoir ressenti un « élan qui chatouille les pieds » et qui l’a emmené jusqu’en Thaïlande, à la découverte du pays et de sa culture, mais aussi de l’initiative du « Gibbon Rehabilitation Project ». De son voyage de plusieurs semaines, le jeune homme ramène quelques clichés inspirants, et un témoignage qu’il partage avec enthousiasme. L’association, quant à elle, s’attèle depuis plus de vingt ans à protéger les « grands singes des Indes », mis en danger par le tourisme, le trafic illégal et la déforestation.

« Écouter ce qui sommeille en nous »

Lorsqu’il évoque ce qui l’a poussé à quitter sa Belgique natale pour plusieurs mois début 2016, Ben Kawam évoque une envie irrésistible d’aller voir ce qui se passe à l’autre bout du monde. Des « fourmis dans les pieds » qui vont le mener jusqu’à la Thaïlande, toute désignée pour assouvir son besoin d’exotisme et de dépaysement. Un an passera, entre voyage, découvertes et volontariat. Il choisit aujourd’hui de partager son aventure avec nous, tout en ayant l’étonnante humilité de ne jamais se mettre en avant sur les photographies qu’il prend.

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Afin de prendre une décision quant à sa destination et terre d’accueil, le jeune homme explique avoir recherché quelque chose qui lui permettrait de s’investir pleinement dans une cause sans pour autant tomber dans l’écueil du tourisme associatif. Il devait aussi être question de pouvoir rester plusieurs mois sur place, et de participer activement à un projet, de conservation naturelle dans l’idéal. Ainsi, après avoir écumé les résultats des moteurs de recherche et les associations qui s’offraient à lui, Ben Kawam a finalement trouvé son bonheur dans le « Gibbon Rehabilitation Project », qui opère à Phuket.

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Agir au quotidien pour la protection animale

Conscient des dangers encourus par le grande singe des Indes, dont la survie est menacée, le Gibbon Rehabilitation Project est donc né il y a bientôt 25 ans avec l’ambition de sensibiliser et d’informer touristes et populations locales sur le sort de ces animaux, mais aussi de contribuer à leur réhabilitation et à leur réintroduction dans la nature. Pour ce faire, l’association organise des campagnes de sensibilisation auprès des touristes, mais prodigue aussi des cours et ateliers aux populations locales afin de créer un lien et une prise de conscience durables. Le but étant ici d’endiguer le commerce lié aux gibbons en faisant en sorte que la demande se tarisse — notamment de la part des touristes désinformés.

Enfin, au cœur de son action, l’association récupère et soigne des gibbons qui ont subi l’exploitation des braconniers et ont été arrachés et à leur milieu naturel et à leur famille. Ainsi, les singes du centre de Phuket bénéficient de l’attention des bénévoles et membres de l’association, qui tous s’attèlent à rendre leur réhabilitation et réinsertion en milieu naturel possible et sans danger. Examinés et soignés dans un premier temps, ils passent ensuite par une phase préalable de réhabilitation où leurs réflexes naturels sont stimulés et où les contacts avec les autres gibbons sont plus nombreux — et ceux avec la main humaine moins fréquents. Une fois l’animal jugé apte à retrouver son environnement naturel et les conditions de vie correspondantes, l’association opère sa réintroduction. Un traçage et des données viennent ensuite documenter la réussite de ce retour à l’état sauvage. 

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Les gibbons menacés 

L’association, active depuis 1992, mène des actions de protection et de prévention vouées à sécuriser la présence et les bonnes conditions de vie des gibbons asiatiques. En effet, très sollicités par l’activité touristique dans une région qui attire nombre d’occidentaux pas toujours très regardants sur les conditions dans lesquelles ils laissent le pays, ces grands singes deviennent parfois des attractions malgré eux, extirpés de leur habitat naturel et exploités. En outre, afin de satisfaire à la demande des touristes, qui résistent rarement à l’envie de se faire prendre en photo avec un de ces animaux contre un peu d’argent, le business génère la décimation de familles entières de singes.

Ce tourisme est à l’origine d’une demande en bébés gibbons qui bénéficie au trafic illégal d’animaux, à côté de la demande internationale qui émane du désir de certains d’adopter un gibbon et de le domestiquer. Et pour pouvoir revendre ou utiliser ces bébés gibbons à des fins commerciales, les braconniers n’hésitent pas à tuer les gibbons adultes. Les touristes qui continuent de se faire photographier avec des gibbons captifs, notamment sur les plages, alimentent directement ce massacre.

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Loin d’être la seule menace à laquelle sont confrontés les gibbons de Phuket et d’ailleurs, le trafic est aussi accompagné d’une déforestation massive qui détruit l’habitat naturel de ces animaux qui ont l’habitude de vivre dans les arbres. Or, comme le fait apparaître l’association, cet habitat naturel disparaît à vive allure, à raison de 13 hectares de forêt rayés de la carte chaque minute. Les gibbons vivent dans les forêts tropicales du Sud et du Sud-Est de l’Asie, et sont présents de la pointe Nord-Est de l’Inde jusqu’au sud de la Chine, au Bangladesh et dans la péninsule malaisienne à Bornéo, Java et Sumatra, y compris dans les îles Mentawai. Mais considérés comme espèces menacées dans la plupart des pays, leur survie est conditionnée par les conséquences d’une action humaine qui peut encore choisir d’agir en faveur de la conservation d’une biodiversité riche et admirable. Il n’est pas trop tard !


Sources : GibbonProject.org / Toutes photographies @ Ben Kawam

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