La société de consommation, c’est « la négation de la pensée critique »

Critiquer avec force la société de consommation grâce au théâtre, c’est le pari risqué de Guillaume Antoniolli, qui déconstruit avec lucidité « l’ordre social et économique fondé sur la création et la stimulation systématique d’un désir d’acheter » dans sa nouvelle pièce. Le spectateur découvre des comédiens et comédiennes au cœur d’un décor aux couleurs vives et agressives, confrontés à des vidéos qui exposent les dérives de notre monde. « Consumérisme » sera joué au Théâtre de la Jonquière en novembre prochain. Mr Mondialisation a rencontré le réalisateur pour l’occasion. 

Mr Mondialisation : Qu’est-ce que la pièce de théâtre « Consumérisme » ?

Guillaume Antoniolli : Consumérisme, ce sont des personnages qui évoluent sur une scène théâtrale, figurant l’espace contemporain de la consommation et par conséquent l’oubli et la négation de la pensée critique. C’est comme un documentaire où chacun.e prend la parole à propos d’une société de prédation qui déshumanise. Les comédien.ne.s gardent le même nom et prénom que dans la vraie vie. Ils et elles incarnent de grands enfants qui nous emmènent dans des pensées, des émotions, des jeux, des réflexions corrosives sur le monde et sur eux/elles-mêmes.

« Consumérisme » c’est un mélange d’observations sur la vie moderne, sur l’obligation de prétendre être quelqu’un d’autre ou d’omettre sa personnalité ainsi que la manière dont la médiocrité majoritaire se dilue à travers toutes les strates de la société. Ainsi, en abandonnant leur singulière individualité, les personnages ne trouvent aucune contrepartie libératrice. Un chaos théâtral…

Mr Mondialisation : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à traiter ces thématiques ?

Guillaume Antoniolli : Je ne pouvais pas rester sans défense ou sans pousser un cri d’alarme face à la négation de la vie privée, l’automatisation de la consommation surabondante, vulgaire, grotesque, à l’intrusion des pouvoirs de contrôle dans nos vies et dans nos chairs. Nous sommes à une période charnière nous laissant devant le choix de la perdition éthique, humaine et biologique ou devant celui de l’exploration de la liberté individuelle qui peu à peu pourra se muer en libertés collectives.

C’est une responsabilité de la conscience. Car nous vivons ni plus ni moins notre propre fin et celle par ricochet des milliards d’autres, humaines, biologiques, végétales. Ainsi que la fin de l’intelligence du monde.

Mr Mondialisation : Vous avez opté pour un traitement original… Qu’est-ce qui attend le spectateur ?

Guillaume Antoniolli  : Des textes forts et engagés sur la question essentielle du circuit de l’aliénation et du productivisme. Un des pivots du spectacle est que les spectateur.rice.s tout autant que les comédien.ne.s ne connaîtront pas le contenu des vidéo utilisées et projetés sur scène. Sans trop divulguer de ce qui demeure la part intime de la mise en scène, on peut dire que chaque représentation aura une tonalité et une direction dans les questionnements soulevés différente les unes des autres. Chaque représentation sera donc unique à sa manière.

Ce qui apportera une mise en abîme singulière, car l’interaction entre les comédien.ne.s et d’autre part, ceux et celles-ci avec le public ne produira jamais les mêmes postures ou les mêmes réactions ou sentiments. Le théâtre doit générer une tension ; celle-ci sera présente, évolutive. Dans « Une part de ma vie », Bernard-Marie Koltès souligne d’ailleurs que « le théâtre c’est l’action ».

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Mr Mondialisation : À quoi servira la campagne de financement participatif que vous lancez ce mois-ci ?

Guillaume Antoniolli : À tenter l’infaisable, c’est-à-dire à mettre en œuvre, à faire exister dans le réel, un projet théâtral qui prend le contre-pied de la médiocrité de tant de productions actuelles, de contourner la captation par les mêmes réseaux bourgeois et réactionnaires et leurs affidés à faire financer, à monter et à montrer des œuvres qui ne laissent aucune place au renouvellement ni à la prise de risque, ni à d’autres expressions politiques théâtrales que celles d’hier, ou conventionnelles.

Notre objectif et le pari de la différence et du hors-champ. En construisant une communauté ouverte de la pensée, grâce aux textes, aux visuels et aux interactions entre les acterur.rice.s et les publics dans une mise en scène qui se dessine peu à peu, sans frein ou contrainte, avec une ardeur crue. Notre autonomie financière nous permettra de proposer aux publics les plus divers un moment de réflexions et d’accompagner la pensée téméraire et radicale de remise en cause du capitalisme.

L’économie capitaliste et autoritaire détruit non seulement le travail de l’ouvrier, en les dévalorisant dans leur dualité, elle discrédite aussi l’ouvrier, le méprise, au détriment de la communauté humaine et de son épanouissement, en créant abusivement et en concomitance une communauté des choses. Le capitalisme mise sur la fin de l’Homme, de la critique par la pensée, au profit du produit, par les moyens de la maltraitance systématique et mondiale de la nature, son épuisement, au profit du couronnement absurde du consumérisme comme ligne de pensée quasi fascisante. Enfin, cette autonomie nous permettra de travailler sur de futurs projets…

Pour soutenir La Compagnie des Hommes perdus : https://fr.ulule.com/consumerisme/

 


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