L’ONG Foodwatch, créée au lendemain du scandale de la vache folle en 2002, et experte des questions d’alimentation, a déposé mercredi dernier une plainte au pénal contre X dans l’affaire Lactalis afin d’établir la responsabilité des différentes entités impliquées, à savoir Lactalis, les acteurs de la grande distribution, les laboratoires eurofins et les autorités publiques. Alors qu’il semble incompréhensible que des produits contaminés aient pu être mis sur le marché en dépit des contrôles et systèmes d’alerte qui découlent d’obligations réglementaires, les juges devront établir les manquements qui ont conduit à une situation ubuesque.


« C’est le scandale de trop », martèle Ingrid Kragl, directrice de l’information chez Foodwatch. « Depuis le début de l’affaire Lactalis, qui a éclaté début décembre, tous les acteurs se renvoient la balle » et c’est « inacceptable », renchérit-t-elle. Désormais, en portant plainte contre X, il s’agit d’établir la responsabilité respective des différentes structures impliquées. Alors que 38 nourrissons sont tombés malades après avoir consommé du lait en poudre contaminée par la bactérie salmonelle, c’est la vie d’autrui qui a été mise en danger.

Des manquements à tous les échelons

Selon la plainte, dont l’objet est d’établir 12 infractions, il y a eu des manquements à tous les échelons. Ceux de Lactalis, alors que la présence de salmonelle à Craon était connue depuis 2005, ceux des laboratoires, qui n’auraient pas communiqué les résultats de leurs analyses, ceux de la grande distribution, alors que certains supermarchés ont mis en vente des produits qui avaient été rappelés, et ceux des autorités publiques qui ne se seraient pas dotés de moyens suffisants pour prévenir les risques et gérer le scandale.

L’affaire est « teintée d’opacité » selon Ingrid Kragl et « il a fallu qu’on hausse le ton ». En effet, déplore-t-elle pour Foodwatch, il y a « trop de zone de flou, alors que la réglementation est claire ». En d’autres termes, si les procédures, textes et obligations existants avaient été respectés, le scandale aurait pu être évité (et surtout les risques sanitaires). Une dizaine de parents se sont déjà associés à la plaine, qu’il est toujours possible de rejoindre.

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« Tout le système est défaillant »

Après l’affaire de la viande de cheval en 2013 et les œufs contaminés au fipronil pendant l’été 2017, le sentiment est fort qu’un scandale en efface un autre. Cette fois, « ça suffit » assène Ingrid Kragl, qui affirme que, dans cette affaire, Foodwatch sera « tenace » et « ira jusqu’au bout ». La directrice de l’information chez Foodwatch ne cache pourtant pas certaines de ses inquiétudes : « on craint l’impunité dans cette histoire ». Et pour cause :  « scandale après scandale les supermarchés s’en tirent toujours à bon compte, or ils portent une lourde responsabilité ».

« comment se fait il qu’on ne sache toujours pas dans quels supermarchés ces produits ont été vendus ? »

En sera-t-il de même dans l’affaire Lactalis ? Le travail des juges doit permettre d’éclairer les zones d’ombre qui subsistent et les questions qui vont avec : « comment se fait il qu’on ne sache toujours pas dans quels supermarchés ces produits ont été vendus ? » interroge notamment l’ONG. Mais les regards se portent également vers l’Etat : est-ce ainsi qu’un scandale sanitaire doit être géré ? Selon le communiqué de presse de l’ONG, « les acteurs de cette affaire se sont montrés irresponsables en ne prenant pas leurs obligations plus au sérieux ». Pour y mettre fin, il faudrait donc des sanctions « dissuasives » et « exemplaires » afin d’éviter des cas similaires à l’avenir.

Image : Dubuisson pour Foodwatch

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