À Belfast, le chantier naval qui a vu naître le Titanic à la sueur de milliers d’ouvriers est menacé de fermeture. En effet, celui-ci est au bord de la faillite. Une décision qui n’est pas au goût des dockers et travailleurs de la zone qui se mobilisent en ce moment contre cette fin programmée de leur outil de travail. Pour sauvegarder ce site historique, ils réclament au gouvernement la nationalisation du lieu et sa modernisation notamment pour produire des structures pour les énergies renouvelables.

Harland and Wolff, c’est le tout dernier chantier naval de Belfast et aussi l’un des plus anciens. Il appartient à une société norvégienne la Dolphin Drilling. En proie à de lourdes difficultés financières, le chantier naval n’a pas réussi à trouver un racheteur et envisage la fermeture définitive. Pas du goût des ouvriers qui refusent de voir fermer un pan de la culture industrielle nationale. Ils réclament donc la nationalisation et un ambitieux plan d’adaptation pour répondre aux grands enjeux écologiques d’aujourd’hui.

Non seulement il s’agit du dernier chantier naval de la ville, témoin de la puissance industrielle britannique passée qui a employé plus de 30 000 travailleurs, mais c’est aussi celui qui a fait naître en 1909 le mythique paquebot Titanic et ses deux frères, l’Olympic et le Britannic. Le paquebot le plus grand de son époque – peut-être trop – qui a tragiquement sombré lors de sa traversée inaugurale en 1912 et dont l’histoire a été immortalisée au cinéma par James Cameron en 1998. Sur la surface, un musée est d’ailleurs dédié à l’histoire du navire et de son chantier.

Le musée du Titanic près du chantier. Source : commonswikimedia

Un chantier né en 1861 qui a en outre à son actif presque deux siècles d’expérience dans la construction naval et dont la fermeture signerait la fin d’un patrimoine industriel unique, une perte et soudaine d’emplois directs et indirectes (en sous-traitance) et aurait des répercussions négatives sur l’économie nord-irlandaise. Une situation à laquelle ne veulent pas se résoudre près de 130 travailleurs éclectiques (ouvriers métallurgistes et riveteurs, constructeurs de navires, soudeurs…) réunis dans un but commun : sauver les lieux.

Leur action a débuté fin juillet avec l’occupation du chantier dont les deux immenses grues jaunes nommées « Samson » (106m) et « Goliath » (96m), des repères dans le paysage urbain de Belfast. Depuis , ces grues, construites dans les années 60 et 70, sont d’ailleurs inscrites aux monuments classés d’Irlande du Nord. L’occupation du chantier, qui perdure toujours à la mi-août, montre l’indéfectible détermination des travailleurs qui bloquent son accès à toute personne extérieure en se relayant par groupe.

Les travailleurs ont déclaré qu’ils ne quitteraient pas le chantier tant que leurs demandes n’auront pas abouties. Ils réclament la renationalisation du chantier auprès du Royaume-Uni (nationalisé en 1977 puis privatisé en 1989) pour le sauver de la destruction et en sauvegarder la mémoire. Mais leur démarche va plus loin. Plus important encore, ils veulent que les infrastructures du site soient reconverties pour participer à l’effort de transition écologique et produire de l’énergie renouvelable avec des éoliennes. Ils aspirent également à tirer parti de l’énorme potentiel de l’énergie marémotrice. Une reconversion qui, si elle a lieu, aura comme autre effet bénéfique de créer potentiellement des centaines d’emplois utiles bénéficiant des compétences déjà acquises par les ouvriers actuels.

Dans leur combat, les travailleurs de Harland and Wolff peuvent compter sur le soutien de Gerry Carroll, membre du parlement d’Irlande du Nord, qui a lancé un appel aux syndicats locaux pour soutenir cette transition vers la production d’énergie verte. À la mi-août, le gouvernement écossais a annoncé qu’il était « prêt et disposé » à nationaliser un chantier naval près de Glasgow où 350 emplois étaient menacés. Un exemple qui sera suivi, on l’espère, par des actes concrets et la reconversion du chantier Harland and Wolff. En dépit de la portée d’un symbole comme le Titanic, leur combat n’a pratiquement pas été médiatisé en dehors de l’Irlande.

S. Barret


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