Le débardage à cheval, ce métier qui disparaît au profit des machines (Vidéo)

Déjà primé pour son sublime court-métrage « Une passion d’or et de feu » consacré au métier d’apiculteur, Sébastien Pins nous fait découvrir dans sa nouvelle réalisation, Traces, le métier de débardeur, aujourd’hui en voie de disparition. L’œuvre indépendante sera diffusée dans les prochains mois lors de festivals. Le réalisateur nous explique sa démarche.

Mr Mondialisation : La nature est au cœur de votre travail. Comment est née cette passion pour l’environnement que vous évoquez dans toutes vos réalisations ?

Sébastien Pins : Depuis mon enfance, la nature m’a toujours impressionné et, très vite, j’ai pris plaisir à photographier ce que j’y trouvais de plus beau. Ainsi j’ai pu découvrir que, par la photographie, j’arrivais à partager mes émotions les plus intimes à tous mes amis.
Au moment du choix de mes études supérieures, c’était pour moi devenu une évidence que je devais me spécialiser dans l’audiovisuel, car j’avais pris conscience que la photographie avait ses limites et n’était pas capable de transmettre à un public plus large tout ce que je voulais exprimer. Une fois diplômé de l’Institut des Arts et Diffusions, j’ai vite été attiré par les films de fiction-nature.

À l’avenir, j’espère avoir les soutiens nécessaires pour me permettre de réaliser des longs-métrages et imprégner davantage mon public de l’idéal que je poursuis.

Crédit image : Sébastien Pins

Mr Mondialisation : Qu’est-ce qui distingue votre travail ?

Sébastien Pins : Lors du tournage d’un film de fiction sur la « nature », on est particulièrement tributaire des contraintes naturelles. De plus, le domaine est vaste.  Ce qui m’anime, c’est de filmer la forêt sous toutes ses formes. Ainsi mon objectif est d’apporter avec ma caméra ce que l’on appelle un véritable point de vue. Un autre défi dans mon travail est d’arriver à montrer que ceux qui œuvrent pour la nature aujourd’hui sont de véritables passeurs. C’est ce que j’ai voulu faire dans Traces où une jeune fille découvre le métier de débardeuse au cheval de trait auprès d’un « ancien ».

Si j’ai choisi la fiction plutôt qu’un simple documentaire, c’est que la fiction atteint davantage un large public. Même les personnes qui ne se sentent pas forcément touchées par les problématiques environnementales peuvent se sentir concernées. La fiction laisse des empreintes, des traces qui, un jour ou l’autre, passeront à l’action.

Crédit image : Sébastien Pins

Mr Mondialisation : Pourquoi vous êtes-vous intéressé au métier peu connu de débardeur ?

Sébastien Pins : Je m’intéresse aux métiers qui peu à peu disparaissent. Je veux laisser un témoignage de ces professions et modes de vie que notre société a tendance à éclipser progressivement. Avant de m’y intéresser, je ne connaissais pas vraiment le métier de débardeur au cheval de trait.  J’ai voulu en apprendre plus. Au début, je voulais faire un simple reportage et j’ai suivi pendant plusieurs jours un professionnel. Quand j’ai découvert la symbiose entre le débardeur et son cheval, j’ai estimé que cette relation pouvait être mise au cœur d’un court-métrage de fiction.

C’est un métier qui mérite d’être redécouvert alors que l’avenir de nos forêts est aujourd’hui en question. Le travail de débardage des arbres est désormais essentiellement fait à l’aide de machines. La débardeuse tasse le sol pour les dix années à venir, elle le laisse mort et menace la biodiversité. Le débardage au cheval de trait permet d’aller chercher les arbres où les machines ne peuvent aller sans porter préjudice à la forêt. Je pense que l’avenir de l’exploitation forestière réside en une étroite collaboration entre la mécanisation et la traction chevaline. À mes yeux, le cheval est trop souvent perçu comme un recul en matière de technologie alors qu’il est la source d’une complémentarité parfaite alliant les fonctions économiques, sociales et environnementales.

Mr Mondialisation : Quel est le message que vous souhaitez faire passer avec votre travail ?

Sébastien Pins : Faire savoir qu’il n’est jamais trop tard. Il faut encourager le passage à l’action de manière positive. La nouvelle génération doit être l’acteur du monde de demain. Je voudrais qu’elle se sente concernée par les développements contemporains. Après mon court-métrage sur l’apiculture « Une passion d’or et de feu », j’ai appris que certaines personnes s’étaient tournées vers cette profession. Peut-être en sera-t-il de même avec Traces ?

Crédit image : Sébastien Pins
Crédit image : Sébastien Pins
Crédit image : Sébastien Pins

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