On ne peut plus feindre de les ignorer, les changements climatiques frappent les populations partout dans le monde, et la France ne fait pas exception. Les littoraux de l’hexagone sont particulièrement sujets à des « aléas » bien plus fréquents…

Le réveil Xynthia

La tempête Xynthia, qui a touché la France en février 2010, a fait 47 morts. Sur la côte atlantique, la mer a submergé des zones urbanisées qui n’auraient pas dû l’être. Elles avaient été rendues constructibles dans la plupart des cas grâce à la mise en place de systèmes de protection contre la mer, comme des digues. Or, lors de la tempête, ces remparts ont cédé, laissant s’engouffrer l’océan dans les terres.

Au lendemain de Xynthia, afin d’empêcher une nouvelle catastrophe, l’État français a généralisé la mise en place des Plan de Prévention des Risques Littoraux (PPRL). Ces Plans sont des documents réalisés par l’État qui réglementent l’utilisation des sols dans les communes littorales susceptibles d’être submergées par la mer et/ou qui voient leur territoire diminuer à cause de l’érosion côtière.

Beaucoup de terrains sont ainsi devenus inconstructibles suite à la réalisation des cartes contenues dans le PPRL… et même trop. Par exemple, les PPRL respectifs des îles de Noirmoutier (i) et de Ré (ii) interdisaient toute nouvelle construction sur la quasi-totalité de leurs territoires. Les élus et les populations locales se sont opposés à l’État par rapport à cette décision, mettant en avant que limiter l’urbanisation freinerait le développement économique de ces îles. Que faire ?

Assureurs-Xynthia-couterait-1.5-milliard-d-eurosSource : parismatch.com

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Les digues, la solution ?

Dans le même temps, l’État a prévu nombre de projets de construction de défense afin de renforcer la protection des communautés littorales face aux assauts de l’océan. La population voit en ces digues l’opportunité de rendre constructibles des terrains qui ne le sont pas d’après le PPRL. En effet, des parcelles qui sont submersibles aujourd’hui ne le seront plus après la construction des digues. Or l’État considère que la construction des digues n’entrainera pas le changement du statut des zones aujourd’hui non constructibles, ce qui augmente l’incompréhension et l’indignation des populations locales.

En effet, les digues ne sont pas faites pour gagner du foncier sur la mer, car elles sont considérées comme « faillibles » (iii), il y a toujours un risque qu’elles cassent sous l’effet d’une tempête. Or c’est justement parce que les digues n’étaient pas considérées comme faillibles avant Xynthia que des maisons ont été construites derrière elles. Et effectivement, lors de la tempête, des digues ont cédé comme à Faute-sur-Mer. C’est précisément ce qui a entraîné la catastrophe.

Malgré ces constatations, il semble cependant que l’État recule face à la mobilisation des populations locales qui l’obligent à revenir sur sa décision. À Noirmoutier par exemple, le PPRL révisé est bien moins contraignant que sa première version, parue plusieurs mois auparavant. Beaucoup de parcelles redeviennent constructibles (iv). Cela a été possible du fait de l’abandon de certains critères dans l’analyse des risques, comme celui de l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique, ce qui conduit à ne pas envisager l’aménagement du littoral sur le long terme.

Le littoral artificialisé : un milieu mobile stabilisé

Il est important de rappeler sur quel milieu la plupart des zones urbaines littorales se trouvent. La moitié d’entre elles sont sur des dunes de sable (v). C’est un milieu instable à l’origine, car la morphologie des dunes est soumise aux courants marins et au vent qui déplacent de grandes quantités de sable. Par exemple, les dunes ont tendance en été à gagner du sable, elles grossissent ; tandis qu’en hiver elles perdent du sable, elles rétrécissent.

xynthia-spotimageSource : http://www.enjoyspace.com/fr/breves/les-effets-de-xynthia-par-spot-4

Lorsque les dunes ont commencé à être urbanisées, il a fallu fixer le trait de côte avec des digues afin que les habitations ne se retrouvent pas sur la plage après chaque tempête hivernale. Cependant, d’autres travaux ont été réalisés dans le même temps, sur les estrans et en mer (cale de mise à l’eau, épi rocheux, port, extraction de sable), et à l’embouchure des rivières. Ces travaux ont perturbé le trafic sédimentaire des plages, ce qui a amené à amasser beaucoup de sable à certains endroits, et à en retirer de grandes quantités à d’autres. La plage disparaît, la mer parvient au pied des digues même à marée basse et celles-ci s’affaissent. Par conséquent, elles nécessitent un entretien à des coûts considérables.

Le changement climatique va accélérer les phénomènes d’érosion et de submersion

Si on en croit les observations des experts, le changement climatique va venir aggraver l’érosion et augmentera les risques de submersion sur ces milieux déjà fragiles (vi). Or les politiques de l’État en matière d’aménagement des littoraux relèvent plus de l’ordre de la protection que de l’adaptation (construction de digues, assouplissement des PPRL). En cédant face aux populations locales, aux élus mais aussi aux promoteurs immobiliers, l’État ne prépare pas les générations futures à faire face aux effets du changement climatique. Bien au contraire, ne faudrait-il pas refuser de reproduire les erreurs passées et ne pas céder à une vision à court terme ?

Car il serait déplorable que ceux qui se mobilisent aujourd’hui pour que l’État et les mairies les laissent construire derrière les digues, crient au scandale demain, lorsqu’une tempête les mettra les pieds dans l’eau, peut-être pire… Ces mêmes personnes qui exigent de l’État qu’il fasse tout pour les protéger en construisant des digues, et qui scandent que c’est à lui seul de garantir la sécurité de ses concitoyens, ne prennent pas en compte le fait qu’il est risqué de s’installer si près de la mer, et qu’il est de la responsabilité de chacun de se prémunir contre le danger lié au caractère changeant du milieu littoral dans un contexte de perturbation du climat.

Changer de paradigme

Pour garder l’habitat en milieu littoral, l’État s’efforce de maintenir coûte que coûte le trait de côte en misant sur des ouvrages d’ingénierie lourde, toujours plus grands les uns que les autres et pour des coûts de plus en plus importants (350 millions d’euros rien qu’en Charente-Maritime, répartis sur une période de 15 à 20 ans) (vii).

Ces coûts importants, la dégradation des écosystèmes littoraux occasionnée, et l’aggravation des risques avec le changement climatique, sont autant de points négatifs à la fois financiers et environnementaux qui devraient encourager l’arrêt de cette politique non durable. N’est-il donc pas venu le temps de repenser notre façon d’aménager les littoraux ? N’est-il pas venu le temps d’arrêter d’élever des remparts contre la mer ? Un combat sans fin et extrêmement coûteux qui devient de plus en plus difficile à justifier en temps de crise et qui le deviendra encore plus avec l’augmentation du niveau de la mer. N’est-il pas temps de considérer une réelle considération des risques à long terme ?

en-gironde-le-5-janvier-ici-l-ecole-de-surf-de_1592863_1200x800Ecole de surf de Soulac-sur-Mer © Photo Theillet Laurent

S’adapter au changement climatique

S’il est facile de dire comment les choses devraient être, il est cependant beaucoup plus compliqué de mettre en place des mesures concrètes. En effet, il semble aujourd’hui difficile de faire marche arrière. Que faire de toutes ces zones urbaines déjà présentes sur le littoral et qui risquent demain de finir sous les eaux ? Laisser l’érosion grignoter les villes, les quartiers, les immeubles, comme à Soulac-sur-Mer ? (ix) Ne pas rehausser les murs de protection, au risque d’exposer les habitations aux assauts des vagues ? Ou encore plus ambitieux, délocaliser des villes entières ? Cela représenterait des coûts de compensation financière auprès des propriétaires extrêmement élevés, et à la charge de qui ? la collectivité.

Par ailleurs, il semble indispensable de favoriser les actions qui permettront de ne pas continuer dans la mauvaise direction. Par exemple, il est nécessaire de préserver et restaurer les zones naturelles qui font office de remparts naturels contre la mer (plage, dune) ou de rétention d’eau (marais maritime). De plus, cela nécessite d’imposer des contraintes sur les projets à venir, comme de ne pas installer de nouvelles activités dangereuses pour l’environnement et la santé humaine dans ces zones à risque (par exemple : station d’épuration, stockage de produits toxiques). Mais il faut aussi agir sur l’existant : adapter les habitations afin de les prémunir contre une montée des eaux (surélever les planchers, …). Enfin, il est primordial de tirer des leçons des catastrophes passées, comme, par exemple, ne pas reconstruire au même endroit un quartier qui vient de connaître un épisode de submersion.

Les enjeux de la COP21

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, la France accueillera à Paris la 21ème Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21). Elle aura pour principal enjeu d’aboutir à l’adoption d’un premier accord universel et contraignant sur le climat afin de limiter l’augmentation des températures à 2°C par rapport à la période pré-industrielle, limite considérée comme le seuil de danger par la communauté internationale. Elle devrait également permettre aux pays du monde entier de se mettre d’accord pour diminuer drastiquement les rejets de gaz à effets de serre dans l’atmosphère.

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En plus d’avoir pour enjeu crucial la réduction des émissions, cette conférence sera aussi l’occasion de favoriser les projets d’adaptation au changement climatique, comme ceux des sociétés littorales à l’augmentation du niveau de la mer, non seulement en France, mais aussi à l’international. À l’heure où de plus en plus de personnes s’installent près des côtes (il est prévu que 75% de la population mondiale vivra à moins de 100km des côtes en 2035, contre 50% aujourd’hui (x)), où l’augmentation du niveau de la mer commence à se faire ressentir dans les deltas et les petites îles du Pacifique, et où les aménagements déraisonnés et l’extraction du sable (xi) deviennent monnaie courante dans beaucoup de milieux littoraux du monde, il est temps de s’intéresser dès maintenant à changer notre façon de nous approprier les littoraux et de les aménager, si nous ne voulons pas mettre encore plus en péril les générations futures.

Car c’est bien le grand enjeu la COP21 et post-Paris 2015 : créer un modèle de société qui cherche à puiser dans les ressources du milieu naturel sans les épuiser. Un modèle plus étroitement lié aux contraintes et qui prend en compte les limites du milieu naturel. Espérons que cette énième rencontre internationale ne soit pas une nouvelle façade de l’écologie qui n’aboutirait pas à des décisions courageuses et applicables.


Sources :

i Martine Valo (20/03/2015): http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/03/20/a-noirmoutier-la-lutte-sans-fin-contre-l-ocean_4597882_3244.html?xtmc=submersion_littoral&xtcr=2

ii Guillaume de Dieuleveult (07/03/2014): http://immobilier.lefigaro.fr/article/l-immobilier-de-la-discorde-a-l-ile-de-re_04f423d4-a453-11e3-9f45-973bafb5cc35/

iii Nathalie Vauchez (10/11/2014): http://www.realahune.fr/les-avocats-les-juges-au-chevet-lile-re/

iv Martine Valo (20/03/2015): http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/03/20/a-noirmoutier-la-lutte-sans-fin-contre-l-ocean_4597882_3244.html?xtmc=submersion_littoral&xtcr=2

v Ifen (septembre 2006): http://www.onml.fr/uploads/media/un_quart_du_littoral_recule_du_fait_de_l_erosion_01.pdf

vi BRGM (Novembre 2014): http://www.brgm.fr/sites/default/brgm/publications/dossier-actu_littoral/files/assets/downloads/dossier-actu_littoral.pdf

vii Jean-Pierre Pichot (24/09/2014): http://www.realahune.fr/assurer-continuite-territoriale-lile-re/

viii Tonino Serafini (18/02/2011): http://www.liberation.fr/societe/2011/02/18/nkm-presente-son-plan-pour-eviter-un-nouveau-xynthia_715784

ix Mathias Kern (23/01/2014): http://www.francebleu.fr/infos/erosion-cotiere/ca-sent-la-fin-pour-le-signal-soulac-1211138

x Fondation GoodPlanet (n.c): http://www.goodplanet.org/ocean/comprendre-les-enjeux/vivre-sur-le-littoral/

xi Delestrac, D. (2013): Le sable : Enquête sur une disparition. InformAction, avec ARTE France, Rappi Productions, La Compagnie des Taxi-Brousse

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