On l’aurait presque oublié, le système immunitaire joue un rôle déterminant dans l’aptitude de notre organisme à se défendre contre les agressions extérieures, notamment les microbes à l’origine d’infections (virus, bactéries, champignons, parasites). Pourquoi certains individus développent des formes sévères d’une maladie donnée tandis que d’autres la surmontent sans encombre, parfois même sans symptômes ? Les défenses de l’organisme jouent ici un rôle primordial : en l’absence d’immunité, une coupure d’apparence anodine peut conduire à une infection fatale. De nombreux scientifiques se penchent sur la question des facteurs pouvant influencer la réponse immunitaire. Bien qu’il n’existe pas de solution miracle pour « booster » l’immunité – ni pour prévenir une contamination par un virus tel que le covid-19 – les scientifiques s’accordent pour dire que chaque partie de notre organisme, incluant le système immunitaire, fonctionne mieux dans le cadre d’un mode de vie sain et équilibré. Notre capacité à survivre et traverser une crise sanitaire dépend donc également de nos habitudes de vie.

Le système immunitaire correspond à l’ensemble des processus de défense de l’organisme contre les attaques extérieures. Mis en action par les organes lymphoïdes, ces mécanismes permettent de mobiliser plusieurs types de cellules et de substances afin de reconnaître et éliminer le « non-soi », c’est-à-dire les agents pathogènes, les cellules cancéreuses et les molécules étrangères au corps (comme certains poisons voire parfois, un organe greffé). Dès notre naissance, nous bénéficions d’une « immunité innée » : une réponse non spécifique qui, dénuée de mémoire, détecte les intrus sans tenir compte de leur nature. Se développe ensuite la réponse spécifique qui repose sur l’inscription d’antigènes (marqueurs d’agents infectieux) dans la mémoire immunitaire à partir du moment où ceux-ci ont été en contact avec l’organisme. Cela permet d’engendrer une réponse bien plus rapide en cas de seconde attaque par un même agent pathogène. C’est ici qu’interviennent des cellules appelées lymphocytes : il s’agit de l’immunité acquise (ou adaptative). Notons que la vaccination repose sur cette propriété du système immunitaire.

La stratégie mortifère de l’immunité de masse

La stratégie de l’immunité collective, adoptée ouvertement ou non par certains gouvernements, repose également sur l’immunité adaptative pour faire face à l’épidémie de covid-19. Cette stratégie consiste à laisser le virus se propager au point qu’une proportion suffisante de la population (au moins 60 %) soit infectée et développe une réponse immunitaire, le but étant que la reproduction du virus s’arrête d’elle-même. C’est pourtant une voie complètement incertaine qui ne peut qu’entraîner un bilan désastreux en matière de pertes en vies humaines et une saturation totale du système hospitalier avec mise en danger du personnel soignant. C’est pourquoi la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, qui avaient décidé d’opter pour cette stratégie, ont fini par se raviser au vu de l’accélération de l’épidémie.

La Suède en revanche, a décidé de continuer coûte que coûte sur cette voie, bien que la crise sanitaire s’aggrave et que le nombre de morts augmente dangereusement. C’est un pari d’autant plus risqué que l’on ne connaît pas encore le réel taux de mortalité du covid-19 ni les critères de l’immunité acquise à ce nouveau virus susceptible de muter à tout moment. En clair, on ne sait pas avec certitude si une personne qui a déjà été exposée au Sars-Cov-2 devient ensuite immunisée à vie contre celui-ci. Par ailleurs, plusieurs cas ont été recensés à travers le monde sans que l’on sache avec certitude s’il s’agissait-là de secondes infections ou de résurgence virale à la suite d’une guérison partielle (il est également possible que certains tests aient été de faux négatifs alors le virus était toujours présent dans l’organisme). Il faudra faire preuve de patience pour en apprendre davantage sur les critères de l’immunité acquise au covid-19. Pour le moment, beaucoup d’espoirs reposent sur l’élaboration d’un vaccin. En attendant, le confinement (éventuellement par intermittence comme le préconisent certains scientifiques), des dépistages massifs, le port généralisé du masque et les gestes barrières sont le meilleur moyen de diminuer au possible la létalité du covid-19 et de désengorger les hôpitaux.

Les nombreuses incohérences des propos d’Emmanuel Macron et des mesures tardives prises par le gouvernement dans le cadre de l’épidémie peuvent mener à se demander si le gouvernement français ne mise pas sur cette même stratégie de l’immunité de groupe pour la population française. En sachant que les enfants peuvent être porteurs du coronavirus et qu’il est difficile de leur faire respecter à la lettre les gestes barrières, la réouverture annoncée des écoles le 11 mai 2020 manque cruellement de sens et risque d’avoir des retombées catastrophiques sur les citoyens, avec de nouveaux pics épidémiques. La Fédération des Médecins de France et des syndicats de médecins ont d’ailleurs signifié leurs vives inquiétudes concernant cette décision qui relève plus de l’économie – le retour au travail – que de la santé.

D’autre part, dans son allocution du 13 avril 2020, le Président français a également soutenu que tester toute la population n’aurait aucun sens, ce qui est totalement faux. En sachant que 75 % des cas seraient asymptomatiques, c’est le fait de tester uniquement les personnes présentant des symptômes qui est insensé. L’exemple de l’Allemagne, de la Corée du Sud, ou encore de l’Islande montre bien que les dépistages de masse sont efficaces pour diminuer le taux de létalité. Il en va de même pour le port du masque généralisé, contrairement à ce que prétendait le gouvernement français il n’y a pas si longtemps. L’un des enjeux majeurs du gouvernement est ainsi celui des pénuries et la question du déconfinement ne devrait en aucun cas se poser avant la résolution du problème de manque de matériel.

Peut-on influencer l’action du système immunitaire ?

Avec l’âge, mais aussi en cas de maladie, le système immunitaire s’affaiblit et rend l’organisme plus vulnérable aux infections et aux complications de celles-ci. Le risque de développer des formes sévères de certaines pathologies se fait ainsi de plus en plus présent. C’est pourquoi dans certains cas, une simple grippe peut dégénérer en pneumonie mortelle. Dans le cas du covid-19, les personnes âgées ou malades mais aussi les personnes souffrant de surpoids ou d’obésité sont particulièrement exposées – la piste du système immunitaire défaillant chez les patients en réanimation est suivie de près par les scientifiques qui ont mis en évidence un lien entre un nombre élevé de cellules graisseuses et une sur-réaction inflammatoire. Dans certains cas graves de covid-19, ce n’est pas le virus en lui-même mais plutôt une réponse immunitaire et inflammatoire (« orage de cytokines ») excessive qui serait à l’origine du décès du patient.

Chez les personnes a priori en bonne santé, certains facteurs liés au mode de vie peuvent également influencer la résistance de l’organisme aux agressions extérieures. Il faut bien comprendre que l’idée de « booster » l’immunité est un non-sens scientifique, une élévation du nombre de cellules immunitaires, entre autres, n’est pas forcément synonyme de bonne santé et peut même s’avérer dangereuse (une réponse immunitaire hyperactive peut engendrer une panoplie de réactions allergiques et de maladies). Cependant de nombreuses études[1],[2],[3],[4],[5] établissent un lien entre les habitudes de vie et le bon fonctionnement du système immunitaire. Il ne s’agit pas de « booster » celui-ci mais plutôt de veiller à son bon équilibre.

Bien entendu, le tabagisme et une consommation d’alcool excessive sont les ennemis d’un système immunitaire pleinement fonctionnel. L’alimentation, quant à elle, joue un rôle déterminant : les personnes souffrant de malnutrition sont plus vulnérables aux maladies infectieuses. Lors d’une infection, l’activation des cellules immunitaires demande de l’énergie et des nutriments, plus particulièrement en cas de fièvre. Une nutrition adéquate est essentielle pour des réponses immunitaires rapides et efficaces face à des antigènes et peut permettre d’éviter la survenue d’une inflammation chronique sous-jacente. Plusieurs études ont établi un lien entre un faible taux de vitamine D (dont la carence est endémique dans de nombreux pays occidentaux) et un risque accru de développer des formes plus sévères d’infections respiratoires.

Il faut toutefois garder à l’esprit qu’une supplémentation n’est utile que chez les personnes carencées – chez les individus sains cela est inutile et peut même être dangereux. Les personnes âgées quant à elles, sont particulièrement exposées aux carences : des compléments peuvent alors se révéler utiles, sur les conseils d’un médecin. En cas de doute ou de symptômes pouvant être liés à une carence quelconque, il peut être judicieux d’effectuer un bilan sanguin afin de pouvoir bénéficier du traitement adéquat. Globalement, pour avoir un système immunitaire pleinement fonctionnel, il est conseillé de privilégier une alimentation riche en fruits et légumes.

Une activité physique régulière est également essentielle pour demeurer en bonne santé. En plus de veiller à la santé cardiovasculaire et neurologique, elle permet de prévenir de nombreuses maladies. Il est même possible que le sport agisse plus directement sur les défenses de l’organisme car il permet d’avoir une meilleure circulation, encourageant ainsi les mouvements des cellules et des substances immunitaires au sein du corps, favorisant donc leur efficacité. Le sommeil et les rythmes circadiens jouent aussi un rôle essentiel dans le fonctionnement du système immunitaire. Des études ont montré que le manque de sommeil est étroitement lié à l’inflammation chronique et engendre notamment des modifications au niveau de l’immunité innée.

Le stress, plus particulièrement lorsque celui-ci devient chronique, est particulièrement délétère pour le système immunitaire, mettant à mal à la fois l’immunité cellulaire et humorale. Une exposition permanente au stress augmente ainsi la probabilité de développer des maladies de tous types, tout en exacerbant les circonstances préexistantes. Ce n’est donc pas un problème à prendre à la légère mais heureusement, il existe de nombreuses manières d’en venir à bout. On retrouve par exemple des pratiques telles que le yoga ou la méditation dont les vertus sur le bien-être mental mais également les capacités cognitives sont étudiées depuis plusieurs décennies par les scientifiques[6],[7],[8]. Les activités artistiques sont également un excellent moyen de prévenir et de réduire le stress et donc potentiellement de mieux résister aux maladies. En cette période d’épidémie et de confinement, pour ne pas céder à la panique, il peut être judicieux d’éteindre sa télévision et d’utiliser son temps à bon escient : prendre soin de soi et de ses proches afin de faire face à cette situation anxiogène.

Microbiote intestinal et système immunitaire : une synergie étonnante  

Notre tube digestif n’a pas pour seul but le transit des aliments, des mécanismes bien plus complexes s’y déroulent et impactent de nombreuses fonctions de notre organisme. Le microbiote intestinal (également appelé flore intestinale) constitue l’écosystème de notre corps, composé de 100 000 milliards de micro-organismes. Chez un individu en bonne santé, il comporte 160 espèces de bactéries qui, non seulement jouent un rôle dans la fonction digestive mais régulent également le métabolisme, le système neurologique et le système immunitaire. En effet, la majorité des cellules immunitaires se situent dans l’intestin (tissu lymphoïde du tube digestif) et interagissent avec le microbiote intestinal qui empêche notamment la colonisation de cette zone de l’organisme par des agents pathogènes grâce à « l’effet barrière ».

Propre à chaque personne, le microbiote peut évoluer au fil du temps (surtout durant les premières années de vie) en fonction des divers facteurs environnementaux : alimentation, génétique, hygiène, prises médicamenteuses, fluctuations hormonales etc. Les traitements antibiotiques par exemple, sont des substances antibactériennes qui peuvent mettre à mal le microbiote. Une prise répétée de ces médicaments peut être synonyme de dégâts colossaux pour la flore intestinale et donc potentiellement, pour le système immunitaire. C’est pourquoi, les antibiotiques sont à prendre avec précaution et uniquement sous prescription d’un médecin, leur utilisation devant cibler les infections bactériennes (ils sont inefficaces contre les virus par exemple). Une cure de probiotiques (micro-organismes vivants, alias les « bonnes bactéries ») de souches spécifiques au microbiote et de prébiotiques (substance chimique qui s’apparente aux fibres alimentaires et permet de stimuler l’activité de la flore intestinale) peut être conseillée dans le but de retrouver un microbiote sain. D’autre part, une alimentation végétale permet de diversifier les nutriments qui atteignent le microbiote. Les aliments ultra-transformés, quant à eux, en plus de leurs autres effets délétères, favorisent sa perte de diversité.

La contagiosité du Covid-19 n’est pas à prendre à la légère

Précisons que toutes ces informations sont à prendre avec précaution, il n’existe pas de remède magique permettant de prévenir ou de guérir le Covid-19, contrairement aux informations qui peuvent circuler sur certains sites pseudo-médicaux. Adopter un mode de vie sain ne signifie pas que toutes les autres mesures de précaution face à l’épidémie sont à mettre de côté, bien au contraire ! Elles sont complémentaires. Être en bonne santé ne signifie pas que l’on ne peut pas être infecté par le virus et le transmettre à autrui, la très grande majorité des personnes contaminées ne savent même pas qu’elles le sont.

Selon des données récentes publiées par les autorités chinoises, 4 personnes sur 5 auraient des formes asymptomatiques de la maladie tout en étant contagieuses, ce qui rend le coronavirus d’autant plus dangereux. C’est pourquoi il est important de rester chez soi autant que possible et de proscrire les déplacements inutiles. Le lavage des mains, le port d’un masque et la distanciation sociale sont également des barrières essentielles à la maladie. Il ne faut surtout pas les négliger. Toutes les précautions possibles doivent être prises dans le but d’endiguer l’épidémie, d’éviter de surcharger les hôpitaux et de sauver des vies.

En cas de symptômes comme la toux ou la fièvre, la prise d’anti-inflammatoires tels que l’ibuprofène ou le kétoprofène est fortement déconseillée car ces médicaments peuvent causer de graves complications infectieuses. Si l’infection est avérée, il est préférable d’avoir recours au paracétamol afin de lutter contre la fièvre ou la douleur. Si vous pensez être contaminé, ne vous précipitez pas aux urgences qui sont un lieu de haute contamination et qui risquent déjà d’être surchargées. En France, appelez le 15 en cas de symptômes graves (comme des difficultés respiratoires) et en cas de doute, adressez-vous à votre médecin traitant pour lui demander conseil.

J.M.

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