Les Invisibles de Belgrade : une misère innommable aux portes de l’Europe

Aux abords de la capitale Serbe, ce sont environ 1 400 individus qui vivent dans des abris de fortune, sans eau ni électricité. Victime de la fermeture des frontières européennes, la Serbie a vu les flux de migrants s’intensifier, et se condenser sous l’effet d’un enclavement nouveau. Le photographe italien Fausto Romano Maniglia a documenté la vie dans ces camps, révélant « Les Invisibles de Belgrade ».

À l’arrière de l’ancienne gare, aujourd’hui abandonnée, de Belgrade, capitale de la Serbie, ce sont plusieurs centaines de réfugiés qui vivent désormais depuis plusieurs mois dans des conditions extrêmement précaires. Suite à la fermeture de ses frontières avec la Hongrie, puis de celles de la Croatie, la Serbie s’est mutée en impasse pour les plusieurs milliers de migrants qui tentent de fuir vers l’Europe. Profitant d’abris de fortune offerts par d’anciens hangars abandonnés, les réfugiés venant pour la plupart d’Afghanistan, du Pakistan, d’Iran ou d’Irak tentent tant bien que mal de s’organiser un quotidien, entre toilette rudimentaire à l’extérieur par -10°C et distribution de nourriture par des ONG sur place. Environ 1 400 réfugiés résident dans ces vieux bâtiments abandonnés, sans eau ni électricité. La situation, déjà très critique, a empiré avec l’arrivée des vagues de froid jusqu’à prendre une tournure pour le moins dramatique. En tout, on dénombre environ 7 000 réfugiés répartis sur le territoire serbe.

Photographe indépendant originaire d’Italie, Fausto Romano Maniglia a pris le parti de se rendre sur place afin de documenter la vie de ces hommes, de ces femmes, et de leurs enfants, dans cette capitale serbe où ils n’ont d’autre choix que de rester. Parti seul, il a passé quatre jours en immersion avec ceux qui ont tout laissé derrière eux pour fuir la guerre, la répression et la misère.

L’empathie par la photographie

De son expérience, il a rapporté une série de photographies bouleversantes intitulée « Les Invisibles de Belgrade ». Et les conditions de vie dont il témoigne laissent songeur : « La nourriture leur est offerte une fois par jour par une organisation humanitaire locale qui distribue des soupes et trois tranches de pain à chacun. En raison du froid, ils sont obligés d’allumer des feux avec du bois récupéré de vieilles traverses de chemins de fer, imprégnées de matières toxique et de plomb. C’est la raison pour laquelle beaucoup ont contracté une pneumonie ou une bronchite. La plupart des réfugiés présents sont des jeunes entre 16 et 30 ans, mais il y a aussi des enfants, comme Aziz, qui est actuellement seul après que son père ait été arrêté par la police croate dans une tentative de franchir la frontière » confie le photographe dans une interview à un média italien.

Alors que la situation des réfugiés ne s’améliore pas depuis maintenant deux ans, ceux-ci doivent faire face à l’hostilité des pouvoirs publics dans un contexte de montée des politiques réactionnaires. En Serbie aussi, le gouvernement a décidé de limiter ce flux migratoire jugé indésirable. Ainsi, en 2016, a été fixé un nombre maximum de réfugiés pouvant être hébergé sur le territoire. Les autres finissent sous les ponts, faute de droits et de passage vers une autre destination. Conscient de cette injustice, Fausto Romano Maniglia réclame, comme tant d’autres, la réouverture de ces frontières désormais incontestablement meurtrières. « Nous avons le devoir moral d’effacer les frontières et d’aider à la reconstruction de ces vies détruites tant d’un point de vue matériel que psychique. Mon plus grand souhait est d’aider tous ces gens à trouver le plus rapidement possible un endroit qu’ils pourront appeler « leur maison » . En attendant, je voudrais les remercier pour la gentillesse avec laquelle ils m’ont aidé à comprendre, ouvrant patiemment les portes de leur vie privée à un étranger. »

Documenter pour faire réagir

Photographe engagé et conscient des défis de son temps, Fausto Romano Maniglia planche actuellement sur un nouveau projet, qui devrait l’envoyer enquêter sur la décharge électronique de Agbogbloshie, au Ghana. Sur place, enfants et miséreux prennent le risque de démontrer les déjections électroniques de l’occident, au péril de leur vie. Pour ce faire, l’italien a lancé un crowdfunding qui devrait lui permettre de se rendre sur place, mais aussi de poursuivre son entreprise documentaire au-delà de la simple exposition. Il souhaite en effet provoquer au travers de son travail une véritable prise de conscience auprès des consommateurs du monde entier. Pour ce faire, le photographe organisera une exposition itinérante à travers l’Europe afin de sensibiliser les populations à la mise en place de normes environnementales plus rigides. Dans une vision holistique, l’artiste alarme l’occident : nos comportements engendrent des malheurs ailleurs sur terre qui eux mêmes poussent des populations à fuir dans l’espoir d’un monde meilleur. Nous ne pouvons décemment pas fermer les yeux sur nos responsabilités en cédant aux sirènes grégaires des frustrations identitaires.

  


Sources : Facebook.com / Clientonews.com / Amnesty.fr