Pour que soient mieux protégés médecins et soignants dans les zones de conflit, Médecins du Monde lance un appel d’urgence aux Nations Unies à travers une campagne intitulée « Targets of the World ». L’objectif ? Dénoncer les attaques ciblées des corps médicaux par des forces armées et sensibiliser aux risques particuliers que courent les femmes et les hommes sur le terrain en venant en aide aux victimes des conflits.

En principe, selon les réglementations internationales, les services de secours ne peuvent être pris pour cible en zone de conflit. Mais Médecins du Monde déplore que cette règle d’or ne soit pas vraiment respectée. Ainsi, dans plusieurs endroits du monde, « le droit humanitaire international est méprisé et bafoué : les soignants sont quotidiennement bombardés sur leur lieu de travail, ils sont dénoncés, arrêtés et torturés dans les prisons du régime. Ces médecins, ces soignants, ne sont pas des combattants, et pourtant leur courage s’exerce au combat pour sauver des vies dans des conditions d’horreur absolue. » La campagne « Targets of the worlds » expose cette réalité.

En dépit du droit international, médecins et soignants sont pris pour cible

Dans les zones de conflit, médecins et soignants interviennent souvent dans un environnement chaotique. Les soins et opérations de blessés se font régulièrement dans l’urgence, parfois à même le sol. Pourtant, il s’agit dans bon nombre de cas de faire des gestes médicaux particulièrement complexes, comme celui d’amputer certains blessés parfois sans anesthésie. Par manque de moyens, de personnels, et de de temps, les équipes sur place voient « mourir sous leurs yeux des patients qu’ils n’ont pas eu le temps de soigner, regardent impuissants des personnes en hémorragie sans pouvoir les transfuser ».

L’Organisation de solidarité internationale estime que les hôpitaux sont utilisés comme des cibles stratégiques. « Il est devenu courant de bombarder les hôpitaux. D’abattre les médecins, les aides-soignants, les brancardiers, les sages-femmes. Délibérément. Quelle que soit leur nationalité. Car les belligérants savent qu’avec une seule balle dans la tête d’un médecin, on tue des dizaines, des centaines de personnes. » Or, rappelle la structure, ces actions armées vont directement à l’encontre des médecins et des populations et contreviennent au droit international, puisque « en vertu du droit humanitaire, ils [les soigant.e.s] doivent être épargnés des conflits, les structures de santé doivent être protégées et en aucun cas ciblées de manière délibérée ».

Image de campagne « Targets of the worlds » par Médecins du Monde

Une situation qui s’aggrave

Médecins du monde pointe une situation « extrêmement préoccupante ». En Syrie par exemple, où le conflit a fait plus de 465 000 morts depuis le début de la guerre, « plus de la moitié des centres de santé et hôpitaux existant avant le début du conflit ne sont plus pleinement opérationnels ». Cette situation matérielle désastreuse qui rend le travail des équipes de secours encore plus compliqué aurait dû être empêchée. En effet, en Syrie, « les attaques délibérées contre les structures de santé ont atteint un niveau jamais égalé au cours de la dernière année du conflit, avec 338 rapports d’attaques rapportées pour la seule année 2016. En 2016, six unités médicales soutenues par Médecins du Monde ont été ciblées, causant la mort de 53 patients et de 15 travailleurs de la santé ».

Ailleurs, comme au Yemen, l’organisation observe également une dégradation de la situation. En 2015, après Médecins sans frontières, l’ONG avait décidé de quitter provisoirement le pays en proie à une intensification des violences. À noter que ces attaques contre le corps médical n’est pas uniquement le fruit de bandes armées ou de dictature. En 2015 également, un hôpital de MSF était bombardé en Afghanistan par les forces de l’OTAN sous commandement américain faisant une quarantaine de morts. Médecins du Monde réclame dans cette campagne le stricte respect du Droit International en trois plans d’action :

Appliquer la résolution 2286 pour la protection des soignants et des lieux de soins

♦ Imposer aux combattants le principe de protection des civils inscrit dans les conventions de Genève

♦ Agir pour mettre fin au ciblage des personnels et structures de santé

Pour soutenir la campagne, quatre visuels sont diffusés sur le web et en affichage dans le métro parisien depuis le 27 juin. La campagne s’affichera également partout en France durant toute la période estivale. Quatre spots radio seront également diffusés durant l’été. Mais nos responsables politiques sont-ils à l’écoute ?

Image de campagne « Targets of the worlds » par Médecins du Monde

Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation + medecinsdumonde.org

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