« Les rues de Lyon » : quand un collectif fait de la BD autrement

Crédit image : L'épicerie séquentielle

« La monstrueuse de Lyon », « La morgue flottante », « Le Merdoduc », ça vous dit quelque chose ? Rien ? Vous le saurez après avoir lu Les Rues de Lyon. Ce mensuel de bande dessinée documentaire, publié en auto-édition collective, équitable et locale, raconte dans chaque numéro un épisode de l’histoire de Lyon et de sa région de manière très originale et non sans talent !

Les rues de Lyon est une petite revue qui propose chaque mois « un récit complet en bande dessinée sur une histoire vraie, ancienne ou récente, de la ville ». Il s’agit d’une production entièrement locale, puisque le travail est réalisé par des auteurs Lyonnais, que les cahiers sont imprimés localement et diffusés chez une soixantaine de libraires de la région ou disponibles sur abonnement. Tous les numéros font douze pages, ont une mise en page soignée et traitent d’un sujet différent.

Crédit Image : Matthieu Ferrand / Sandrine Boucher

Une autre manière d’aborder l’Histoire

L’objectif, explique la journaliste Sandrine Boucher, qui a participé à deux numéros, est d’« exposer des problématiques qui se posent à la ville de Lyon, mais qui se retrouvent également ailleurs ». Par exemple, ajoute Matthieu Ferrand, dessinateur, également co-auteur de deux numéros, il s’agit de relever certaines des particularités de l’histoire locale, comme le rôle qu’a joué la région dans la création de variétés de fruits et légumes ou l’invention d’un système alternatif au tout à l’égout permettant de valoriser le « fumier humain » dans les sols agricoles.

D’abord destiné à un public Lyonnais, le mensuel plaît à une audience plus vaste et la diversité des sujets abordés permet de découvrir les oublié.e.s des manuels scolaires, des anecdotes peu connues, des tournants cruciaux de l’histoire ou encore des personnages ayant joué un rôle important pour la ville. Pour Sandrine Boucher, bien que Lyon soit associée à une image bourgeoise, « la ville a toujours été présente dans les luttes sociales et politiques ». Matthieu Ferrand précise cependant « qu’il ne s’agit pas d’une revue engagée politiquement ».

Un modèle de rémunération respectueux des auteurs

À l’origine de la revue : une association d’auteurs, L’épicerie séquentielle, qui a voulu produire un mensuel de bande dessinée documentaire en se réappropriant de manière collective la chaîne du livre, depuis la gestion de la ligne éditoriale jusqu’à la distribution, le tout « en travaillant de manière moins verticale ». Le projet se construit au fur et à mesure, selon les envies de chacune des personnes engagées. Tous les auteurs de l’association qui compte 70 membres s’impliquent bénévolement et volontairement dans les différentes activités : comptabilité, diffusion, maquette, communication, etc.

Au cœur du projet, il y a le désir de mieux payer les auteurs : en effet, dans le monde de la BD, hormis quelques exceptions, difficile de vivre grâce à sa profession. Mais L’épicerie séquentielle est convaincue que ce n’est pas là une fatalité. Ainsi, sur les 3 euros du prix du magazine, 1 euro est reversé aux auteurs, un pourcentage bien plus élevé que la moyenne (33 % contre 8 à 10 % habituellement). Il s’agissait de « montrer que les choses peuvent fonctionner autrement dans le milieu de l’édition » se souvient Matthieu Ferrand, qui constate que désormais, leur expérience est observée de près par d’autres collectifs locaux qui voudraient s’inspirer de leur modèle. Il faut dire, l’affaire marche pour un projet ayant une dimension locale. Ainsi, L’épicerie séquentielle se félicite de ses 700 abonnés et de vendre entre 3000 et 6 000 exemplaires chaque numéro, alors qu’un album publié par une maison d’édition « classique » se vend en moyenne 2 500 exemplaires en France.

Et pour la suite ? Les Rues de Lyon viennent de sortir leur 35e numéro et fêterons en janvier leur troisième année d’existence. Sandrine Boucher et Matthieu Ferrand publieront prochainement un nouveau numéro des Rues de Lyon et prévoient, dans les mois à venir, la parution d’une série de vulgarisation de l’économie en bande dessinée, « avec une approche non soumise au spectre libéral ». Ca promet !

Tous les numéros des Rues de Lyon sont lisibles gratuitement et en intégralité sur Calaméo.

Crédit Image : Matthieu Ferrand / Sandrine Boucher

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Source : epiceriesequentielle.com