Fin septembre, pour la première fois d’Histoire d’Homme, le monde observait la photographie d’un martin-chasseur à moustaches des Îles Salomon. Un animal extrêmement rare aperçu pour la dernière fois en 1920. Un émerveillement qui aura tourné court alors que le chercheur à l’origine de la capture de l’animal vient tout simplement de le tuer, évoquant les impératifs de la recherche scientifique.

Albert Einstein disait : « Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine, et je n’ai pas de certitude concernant l’univers. » On serait curieux de savoir ce que le scientifique aurait pensé de la situation écologique au 21eme siècle et des décisions curieuses de certains chercheurs. Chris Filardi, l’homme à l’origine des premières photographies mondiales d’une espèce d’oiseau extrêmement rare, n’échappera pas à la polémique. En septembre dernier, après 20 ans de recherche, Filardi arrivait à capturer un martin-chasseur mâle à moustaches des Îles Salomon. Un animal qui n’avait pas été observé depuis 100 ans et dont on estime la population entre 250 et 1000 têtes (sans pour autant pouvoir les observer).

Avec sa robe bleutée, l’animal fait partie de ces espèces « fantômes » que les chercheurs rêvent d’apercevoir durant leur carrière. C’était chose faite pour Chris Filardi, directeur d’une programme de recherche du Musée d’Histoire Naturelle Américain pour la Biodiversité et la Conservation. C’est depuis les hautes terres éloignées de Guadalcanal aux îles Salomon, où il observait la biodiversité endémique en vue de créer une zone protégée, qu’il a annoncé la capture de cet animal rare : « Lorsque je suis tombé sur l’oiseau dans la pénombre fraîche de la forêt, j’ai dis, haletant : « Oh mon dieu, le martin-pêcheur à moustaches. Un des oiseaux les plus méconnus dans le monde était là, devant moi, comme une créature mythique venant de prendre vie. » déclarait-il. Un animal pas encore assez mythique.

Alors que l’information positive et porteuse d’espoir faisait le tour du monde, une seconde annonce va créer un vent de polémique parmi les chercheurs. Chris Filardi a décidé de tuer l’animal pour l’analyser. Le chercheur défend son choix d’abattre l’oiseau qu’il considère comme un spécimen utile à des études supplémentaires. Plusieurs scientifiques du monde entier ont vivement réagi à cette décision, note le journal The Do Do. Tuer un spécimen d’une espèce très rare en prétendant participer à sa préservation n’aurait aucun sens selon ces chercheurs qui réclament un débat moral sur cette pratique.

Chris Filardi se défend en estimant qu’il ne s’agissait pas d’un trophée de chasse ni d’une espèce en danger, malgré son caractère rare. « Nous avons maintenant un ensemble complet de matériel biologique pour réaliser : des études toxicologiques, morphologiques, moléculaires et du plumage, qui ne sont pas possibles à partir d’échantillons de sang, de plumes ou des photographies. » se justifie-t-il. Marc Bekoff, professeur émérite (écologie et biologie évolutive) à l’Université du Colorado, a fait savoir un avis contraire dans le The Huffington Post. « Quand le meurtre d’autres animaux va-t-il s’arrêter ? Nous devons questionner sérieusement cette pratique. (…) Tuer au nom de la conservation, au nom de l’éducation, ou au nom de n’importe quoi, doit simplement s’arrêter. C’est mal et cela crée un précédent terrible pour la recherche future et pour nos enfants.« 

La question éthique vient bousculer le monde des biologistes. Dans quelle mesure faudrait-il limiter ou interdire l’abatage de spécimens dans le cadre scientifique ? Une question persiste : Quand allons-nous cesser de nous comporter comme des enfants colériques qui considèrent la nature comme leur jouet ?


Source : fr.metrotime.be / amnh.org / huffingtonpost.com / dailymail.co.uk

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