Il n’est pas toujours forcé de partir à des milliers de kilomètres pour rapporter des images et des histoires qui font écho. Il suffit parfois même de descendre au bas de son immeuble pour oser aller à la rencontre de personnalités extraordinaires qui n’attendent qu’à nous surprendre. « Les gens d’ici » est un film documentaire indépendant, disponible gratuitement, qui nous immerge dans ce qui fait la vie d’un quartier dynamique, loin des immeubles-bureaux désertés la nuit venue et des chaînes de grands magasins. 

Descendre voir ce qui se trame au coin de sa rue 

C’est en observant le quotidien de sa tante et de son oncle, tous deux commerçants dans le 10ème arrondissement de Paris, que Sébastien Rattoix a eu l’idée de tourner sur ces petites mains de nos quotidiens. Car aujourd’hui encore, les commerces de proximité qui survivent à la mondialisation restent des lieux privilégiés d’échange. Ils continuent d’entretenir un lien social de plus en plus rare dans nos modes de vie eco-centrés où l’autre a de moins en moins sa place. Bien loin des clichés vaseux alimentés par une certaine « rue des allocs », ce reportage intimiste ne cherche pas à caricaturer, mais au contraire à faire l’écho rare du simple merveilleux, un peu à l’image d’une Amélie Poulain.

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« L’idée de ce film est venue à une période où je passais du temps dans le commerce de ma tante et de mon oncle (La librairie turque du film). Cela m’a permis de constater qu’il s’y passait beaucoup de choses en dehors de la vente de livres (les gens se rendent des services, ils viennent pour discuter et passer le temps, il y a de l’entraide). Voyant les commerces traditionnels du quartier Strasbourg-Saint-Denis laisser peu à peu la place à des bars de plus en plus branchés, j’ai eu envie d’immortaliser ces boutiques. »

Pour réaliser ce témoignage d’une réalité contemporaine, le jeune vidéaste est donc parti à la découverte de ces personnes qui tiennent un commerce « pas très rentable », mais qui trouvent un plaisir sain à entretenir une relation avec leur clientèle, à prendre le temps de connaître l’autre, bref, à vivre, tout simplement. Accompagné de William Denayre, Sébastien Rattoix nous dévoile ici le quotidien de Michel, Jeannine, Fanfan, Rustem et Eliane, tous propriétaires d’un petit commerce à Paris. « Chaque boutique nous est apparue comme un microcosme, une société miniature, avec ses règles, ses membres, dans lesquelles nous avons pris plaisir à nous intégrer. » Une forme de magie s’en dégage. Une atmosphère que l’auteur tente de nous faire partager.

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Les riverains, témoins immuables des changements de la vie de quartier

Des commerces qui « ne paient pas de mine », mais dont le rôle devient de plus en plus important face à l’uniformisation rampante de nos centres villes. Et il est vrai que ce genre de témoignages devient de plus en plus nécessaire à la compréhension des bouleversements subis par nos communes et nos quartiers. « Gentrification » (ou précarisation généralisée ?), enseignes mondialisées de plus en plus présentes, dialogues entre individus réduits à un échange d’informations pratiques ancrés dans la perspective du résultat… Autant de maux modernes contre lesquels les commerces de proximité sont encore les remparts.

Et pourtant, ces petits commerces qui font la vie d’un quartier, son originalité et son charme, sont en train de disparaître, petit à petit, dans l’indifférence générale. Victimes de la mondialisation et des économies d’échelle qui permettent aux grandes surfaces de s’étendre et de gagner toujours plus de terrain en limitant les coûts. Victimes d’un mode de vie qui se généralise, où l’on n’a plus le temps pour la discussion, et où entreprendre, se faire une clientèle, peut parfois sembler difficile. « Nous avons appris que ces commerces sont fragiles et qu’il ne suffit pas de grand chose pour qu’il disparaissent. Un vrai problème quand on sait le rôle social que jouent ces boutiques. C’est un peu l’âme d’un quartier. Du coup on tient à fréquenter les bars et les petits commerces autour de chez nous. »

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Sources : Chelmi Production

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