Apparue en France au XXeme siècle avec la loi de 1906 inspirée par Simon Mannoury (créateur du concept) et concrétisée en 1962, la vente « au déballage » (autrement dit les soldes), n’a cessé d’obnubiler les masses depuis sa céation. À tort ou à raison ?

Des soldes profitables à tous ?

Aujourd’hui, de plus en plus de médias et d’observateurs contestent l’utilité réelle des soldes à l’échelle de la société. Celles-ci seraient devenues une simple incitation supplémentaire à la consommation de masse, sans avoir pour but réel d’être profitables aux consommateurs, bien que ceux-ci en aient la conviction. D’ailleurs, ce n’est pas une surprise d’apprendre que les entreprises du textile n’ont pas vraiment pour ambition de faire dans l’œuvre de bienfaisance… Tout est calcules et chiffres.

Fin Janvier 2014 l’association UFC-Que choisir révélait les résultats d’une enquête sur les soldes en France. Quelques anomalies apparaissaient au grand jour quant à l’application de la loi qui les encadre. On notera notamment cette pratique douteuse du « trompe-l’oeil » qui consiste à augmenter le prix de certains produits le mois qui précède celui des soldes afin que la réduction appliquée par la suite paraisse plus élevée. L’étude stipule, en effet, que début décembre, 20% des produits ont vu leur prix augmenter significativement. Dans une autre enquête, 64% des sondés déclarent avoir acheté un article soldé avant de le trouver moins cher ailleurs. Bien que cette pratique soit légale, elle n’avantage en rien le consommateur, au contraire, elle abuse de sa crédulité. Cependant, difficile de savoir exactement quelle enseigne l’utilise.

La période des soldes, c’est aussi cette fausse impression de faire une bonne affaire qui pousse un certain nombre de consommateurs à augmenter la quantité de leurs achats de manière inconsidérée. Le bilan global peut être parfois très négatif. Ainsi, quelques jours de soldes peuvent s’avérer plus couteux qu’une consommation raisonnée et de qualité toute l’année. Avons-nous vraiment besoin de cette 15eme paire de chaussures low-cost ? De 12 jeans et de 32 t-shirts made in Bangladesh ? Où est la frontière entre notre liberté d’assouvir nos désirs, nos simples besoins et les conséquences sociales et écologiques de nos choix ? Si des milliers de gens se perdent dans une folie consumériste à la période des soldes, d’autres en ont un besoin vital.

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Les soldes, pas trop le choix pour certains !

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Entre 2000 et 2014, le marché des soldes a tout simplement doublé dans le textile. Ce chiffre indique que la crise est probablement passée par ici. Les soldes attirent de plus en plus des consommateurs dont le salaire ne suit pas toujours l’évolution des prix. L’inflation des prix, le gel des salaires et le nombre trop élevé de personnes en difficulté, nous autorisent même à penser que les soldes ne sont plus un acte de bienfaisance ou de plaisir pour le consommateur, mais une véritable nécessité de vie pour beaucoup. Ceci n’est-il pas le signe d’une grande hypocrisie moderne ? Nous baissons les prix d’objets de faible qualité, le plus souvent fabriqués à l’autre bout du monde à quelques cents l’unité, vendus plusieurs centaines de fois leur prix de fabrication sur le dos d’ouvriers sous-payés, à l’impact écologique discutable et d’une qualité qui nous impose de recommencer cette boucle infernale l’année suivante. De quoi donner la nausée à ceux qui arrivent à visualiser l’ampleur de la mascarade.

Mais que faire quand 62% des consommateurs français estiment que les soldes sont une absolue nécessité pour pouvoir s’habiller ? Cette majorité inquiétante nous indique que les soldes, signes de surabondance autrefois, sont devenues le symbole d’une pauvreté rampante et institutionnalisée, et ce malgré un PIB qui n’a jamais été aussi élevé en France. Et pourtant, la masse d’objets est bien là, physiquement. Le monde n’a jamais été si productif et riche, par individu, de toute l’histoire de l’humanité. Alors, qui tire son épingle d’un telle richesse et d’une telle pauvreté ?

Si 62% de consommateurs estiment ne pas pouvoir s’habiller sans les soldes, c’est autant de consommateurs qui ont encore moins les moyens de s’habiller équitablement, à travers des marques éthiques, des produits biologiques et équitables, dont le prix est souvent (pas toujours) supérieur à la moyenne. Et c’est bien ici tout le nœud du problème. D’un coté, les revenus ne semblent pas en adéquation avec un mode de vie équitable qui puisse « sauver » la planète; de l’autre, augmenter les revenus risque d’entrainer l’augmentation d’une « mauvaise consommation » faute d’engagement dans la population. On peut se poser la question. Est-ce que les soldes existent toujours dans un monde cohérent, équitable et juste ? Le trop plein de tout doit-il seulement exister ?

Alors, on fait quoi ?

Malgré les questions que soulèvent les soldes et globalement les achats généraux, à défaut de changement structurel majeur, il y a plusieurs petites choses à faire pour ne pas se faire entièrement happer dans le cercle infernal de la consommation, corolaire de la production de masse. Les plus engagés boycotteront les soldes comme ils boycottent en tout temps les grandes enseignes de consommation. Rien ne change pour eux. Ceci implique de consommer moins et mieux, de mesurer ses besoins, d’orienter des achats ponctuels et ciblés (même pendant les soldes) dans des enseignes équitables tout au long de l’année. Orienter aussi souvent que possible nos choix vers des produits dont nous avons réellement besoin peut engendrer des économies conséquentes sur une année. Et de ces économies, il est possible de réorienter son budget vers des actes d’achats engagés, plus rares.

Certains suggéreront qu’il s’agit de privations. Mais favoriser la qualité est-il vraiment de la privation ? Par opposition, multiplier les gadgets « cheap » de faible qualité est-il vraiment signe de réussite et de bonheur ? Enfin, il y existe des pratiques qui se développent non sans raison : acheter ou vendre dans des vide-grenier, vide-dressing, donner ses vêtements, partager des objets utilitaires, s’ouvrir à la simplicité volontaire et l’objection de croissance. En plus d’être bénéfiques pour l’environnement, ces alternatives permettent à nouveau de faire concrètement des économies.

Pour finir, ce serait une erreur de réprimander ceux qui font les soldes faute de moyen, car l’évolution de la société enferme, comme nous l’avons vu, beaucoup d’individus dans une quasi obligation d’en bénéficier. Il est néanmoins nécessaire de conscientiser encore et toujours sur les limites, toujours plus perceptibles, de la consommation de masse à faible qualité. Savoir, c’est gagner la liberté de choisir, pour être en phase avec ce qui est juste, en toute liberté et simplicité.

En bonus, voici quelques sites qui invitent à consommer mieux :

http://www.mangeonslocal-en-idf.com
http://www.illicomesproduitslocaux.fr
http://www.toutallantvert.com
http://www.maison-ecolo.com
http://www.webecologie.com
http://lerelais.org/index.php
http://www.videdressing.com


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