Aux abords de Paris, un jeune homme a décidé de redonner une autre dimension au titre d’artiste en invitant la conscience artistique dans chaque moment de la vie. Fasto voit l’existence humaine comme l’opportunité d’une création perpétuelle, de faire de sa vie une toile que l’on recouvre au gré de l’inspiration et des intuitions. Aujourd’hui, au travers d’une association et de son action individuelle, Fasto tente de partager sa passion pour les arts graphiques — et de remettre un peu de couleurs dans certains instants du quotidien francilien. Sa dernière action coup de poing, remplacer les affiches publicitaires du RER par des œuvres.

Réinvestir l’espace commun

S’il vous est déjà arrivé de voyager à bord d’un RER qui sillonne la capitale française et ses alentours, alors il est probable que vous soyez d’ores et déjà familier avec l’art de Fasto, alias Stéphane. Le jeune homme de 24 ans pratique depuis quelques années maintenant une création qui prend plusieurs formes : peinture, dessin, graff, photographie et lightpainting font partie des disciplines auxquelles il s’adonne. Au gré de ses déplacements en transports en commun, il lui arrive de réaliser une œuvre, spontanément, durant le déplacement. Le jeune homme se saisit alors dans ces moments-là dans et de l’espace public à sa portée : à l’aide d’un simple tournevis, il s’empare des publicités affichées sous plexiglas dans les rames du RER, s’amuse à peindre sur ce support papier, et remplace la réclame par ses propres créations, ni vu, ni connu (ou presque).

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Pour le garçon, qui se considère comme timide, ces instants de vie dans l’espace collectif sont autant d’occasions de partager avec les autres autre chose qu’un morne déplacement d’un point à un autre encadré de publicités. Il s’agit, en quelque sorte, non seulement de se réapproprier l’espace en commun, mais aussi de garder la main mise sur ses propres émotions. « Mes trajets de RER se transforment en performance, mes conversations deviennent passionnantes. Je ne danse plus pour le regard de l’autre mais bien pour les sensations intérieures, je ne subis plus mes sentiments mais les dirige. » nous confie-t-il.

Créer une vie qui nous ressemble

Cette volonté d’être conscient à soi-même est une première clé dans la compréhension de la démarche philosophique revendiquée par l’artiste, qui voit l’art non pas comme une activité ou un simple mode d’expression, mais comme une façon de vivre à part entière. L’existence en elle-même est conçue comme le premier espace de son expression artistique. « Ma démarche est avant tout une démarche de vie, je la veux unique et extraordinaire. Je suis le seul créateur de ma vie et je veux en prendre de plus en plus conscience et l’appliquer. Puisque l’on ne sait pas où l’on sera dans 10 ans ou même deux jours, l’essentiel est de se focaliser sur l’instant et toutes les possibilités qu’il offre, et de se diriger vers celle qui apporte le plus de joie, d’amour et de justesse. En tant qu’être vivant, je ne peux que créer. Chaque pensée, chaque respiration est une création en soi.»

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Concernant ses « happenings » dans le métro, Fasto ajoute : « J’ai décidé que ma vie serait palpitante et que j’étais le seul acteur, caméraman et spectateur de ce film incroyable. » Une décision qui influence la vie de l’artiste au quotidien, et l’a amené à développer une certaine intuitivité, dans son art comme dans son rapport au temps et aux événements. « Quand je crée de manière intuitive, j’apprends. J’apprends a me connaitre, mais j’apprends également à appréhender des schémas qui se retrouvent à tous les niveaux dans la vie : si j’ai l’impression d’avoir raté un trait, je décide de le continuer jusqu’à ce que cette erreur ait pris son sens. ».

Permettre aux autres de se saisir des idées et des outils

De ce besoin de créer en toute circonstance, de sentir l’art battre dans ses veines, sont nés plusieurs projets. Fasto travaille actuellement avec des amis artistes comme lui au sein d’une association qui se donne pour but de rendre la créativité accessible à tous. Des ateliers créatifs, des initiations ou encore la confection de fresques participatives sont proposés par l’association de La Goutte d’Art. Au gré de ses trajets urbains, il lui arrive aussi de faire participer les personnes qui l’entourent à un croquis, qu’il conserve ensuite dans des carnets prévus à cet effet. L’idée étant de pouvoir permettre à chaque instant aux individus rencontrés de se rendre compte que les outils pour créer sont là, accessibles à chacun d’entre nous.

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Enfin, l’artiste utilise également parfois d’anciennes publicités municipales pour interpeller les passants sur un sujet qui lui tient à cœur. Son projet « Urban Nature » s’inscrit dans cette optique, en utilisant les panneaux publicitaires comme des toiles qui accueillent des peintures représentant divers animaux. Le but étant ici de « [rappeler] une présence animale trop absente dans nos quotidiens citadins. » Les œuvres de Fasto s’emparent donc souvent d’espaces où l’impersonnel et le commercial ont souvent davantage leur place que l’expression personnelle. Une fois n’est pas coutume, l’artiste exposera en intérieur, le 4 novembre prochain, au 23, rue de Château Landon à Paris.

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Sources : Fastoart.com / Vidéo : Yohann Grignou