Adrien Vinet, qui officie sous le pseudo de Vortex Récupart, crée depuis dix ans des œuvres d’art à partir de déchets du quotidien. Au-delà de l’aspect ludique et créatif de son travail, l’artiste cherche à interpeller sur notre rapport aux objets et les dérives de nos sociétés ultra-consuméristes.

Une canette vide, les bras d’une poupée cassée, un vieux tuyau d’évacuation de lave-vaisselle, des fils de fer abandonnés… et hop, Vortex Récupart crée un hippocampe. Avec peu d’outils, beaucoup de malice et une dose d’imagination, Adrien Vinet, artiste breton amateur, aime offrir une nouvelle vie à nos objets du quotidien. Ceux que l’on casse, dont on se débarrasse ou que l’on oublie au fond d’un tiroir.

À partir de déchets récupérés au sol ou dans un tiroir naissent l'inspiration... ©Vortex Récupart
À partir de déchets récupérés au sol ou dans un tiroir naissent l’inspiration… ©Vortex Récupart

Depuis son domicile breton, Adrien Vinet distille un peu de poésie à l’aide de quelques vis, et redonne une esthétique certaine aux rebuts matériels de nos sociétés. Discrètement, il nous rappelle que nous consommons beaucoup, et jetons trop. Et que nous pourrions peut-être apprendre à voir au-delà de l’usage premier d’objets et accessoires jetés au quotidien.

Un hippocampe entièrement conçu à partir de déchets du quotidien ©Vortex Récupart
Un hippocampe entièrement conçu à partir de déchets du quotidien ©Vortex Récupart

Mr Mondialisation : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Adrien Vinet : « J’habite en Bretagne depuis trois ans, avec ma famille. Je possède un doctorat en immunologie que j’ai passé au Canada, puis j’ai travaillé pendant dix ans comme chercheur fondamental en laboratoire. Je me suis lancé plus tard dans l’entreprenariat. En somme, ma vie professionnelle n’a rien à voir avec mon art ! Mais c’est quelque chose qui m’a toujours attiré. Je n’en vis pas et ne le souhaite pas car c’est ce qui m’apporte ma liberté. Je fais ce que je veux et suis libre de mes choix. »

Mr Mondialisation : Comment votre projet Vortex Récupart est-il né ? 

Adrien Vinet : « L’idée a germé très tôt, finalement. Enfant, j’adorais créer de petites choses avec ce que je récupérais dans les fonds de tiroir, au sol… J’inventais des robots, des personnages… Quand mes enfants sont nés, j’ai voulu leur montrer ce qu’on peut faire avec peu : juste quelques matériaux glanés, et de la créativité. Vortex a donc pris de l’ampleur en 2016.

Petit à petit, je me suis pris au jeu, ai commencé à créer des choses plus complexes, et à renvoyer un message qui interpelle. Vortex Récupart s’est donc développé petit à petit sur différents styles et matières, autour d’animaux, de personnages, etc. »

« Ma famille et mes amis pensent à moi en me gardant ce qui est destiné à la benne… »

Mr Mondialisation : Et ce matériel, où est-il récupéré ?

Adrien Vinet : « Surtout à la maison ! Ma famille et mes amis pensent aussi à moi en me gardant ce qui est destiné à la benne… Je me rends également dans les recycleries du coin pour prendre ce qui n’est pas réparable ou vendable. Enfin, je récupère simplement ce que je trouve par terre. Au début, je travaillais beaucoup sur l’assemblage de métaux, puis je me suis intéressé au plastique. J’aime les objets cassées car j’y vois des formes, des choses qui peuvent se révéler derrière. »

Avant son esthétique steampunk, l'hippocampe d'Adrien était juste un assemblage de déchets... ©Vortex Récupart
Avant son esthétique steampunk, l’hippocampe d’Adrien était juste un assemblage de déchets… ©Vortex Récupart

Mr Mondialisation : Où et comment travaillez-vous ?

Adrien Vinet : « Chez moi, dans une petite pièce… Mais je vais bientôt déménager et aurai une plus grande pièce ! Concrètement, il n’y a rien de très technique : je ne soude pas, c’est juste de l’assemblage et du vissage. Même sur le métal, je n’ai pas besoin de soudure. C’est un exercice qui reste donc accessible à tout un chacun !

J’anime d’ailleurs des ateliers durant lesquels tout le monde peut expérimenter, enfants comme adultes. Récemment, j’ai adoré celui où j’ai passé deux jours en centre de loisirs : avec les enfants, nous avons créé une grande fresque sous-marine, uniquement avec du matériel de récup’ et des bombes de peinture. C’était très sympa, les enfants ont pas mal de créativité ! » 

« Cet univers reste inspiré de la science-fiction et du fantastique, avec des créatures issues d’Alien ou de Lovecraft… » 

Mr Mondialisation : Comment naît votre inspiration lorsque vous vous lancez dans une nouvelle pièce ?

Adrien Vinet : « C’est dur à dire… Je peux anticiper, ou cela vient au fur et à mesure. Parfois, je vais avoir une créature en tête et composer avec la contrainte du matériel. Mais la plupart du temps, je vois un objet qui va devenir la pièce maîtresse pour tel style de créature, et je brode ensuite.

Je crée souvent des pièces animales, et notamment marines, plus ou moins calquées sur des animaux existants mais également animées d’un peu de folie. Cet univers reste inspiré de la science-fiction et du fantastique, avec des créatures issues d’Alien ou de Lovecraft… J’y mêle un côté steampunk, avec les engrenages issus du matériel électronique. J’aime tout réutiliser. D’ailleurs, je peins à la bombe et aime également réutiliser les bombes vides en créant des personnages qui en sortent, en créant du mouvement. »

Les animaux marins font partie des pièces les plus créées par Adrien ©Vortex Récupart
Les animaux marins font partie des pièces les plus créées par Adrien ©Vortex Récupart

Mr Mondialisation : Et chacun peut voir ce qu’il veut dans le résultat ?

Adrien Vinet : « Oui. D’une façon générale, je n’aime pas imposer de visions. Par exemple, j’ai exposé des anges en fil de fer, d’apparence assez lugubre, dans lesquels des enfants ont vu des papillons ! »

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« En terme de recyclage, nous faisons des efforts mais sommes très loin de tout gérer. »

Mr Mondialisation : Que deviennent les œuvres une fois créées ?

Adrien Vinet : « Je fais le choix d’en vendre très peu. Je préfère faire des expositions et des ateliers… Je n’ai pas pour but d’en vivre, ni de faire ce que les gens attendent que je fasse. Mon plaisir, c’est de les partager, d’en parler avec les gens curieux. Donc, mes pièces sont stockées chez moi. » 

Un Megalodon tout en objets cassés ! ©Vortex Récupart
Un Megalodon tout en objets cassés ! ©Vortex Récupart

Mr Mondialisation : Derrière l’esthétique, il y a un message. Celui que nous produisons, jetons, consommons trop ? 

Adrien Vinet : « J’essaie de ne pas être dans un combat écologiste ou moralisateur, ce n’est pas ce que je souhaite nécessairement. Mais je tiens à insister sur le fait que je n’achète pas de matière première et que je travaille uniquement avec ce qui est destiné à être jeté. Il y a donc naturellement un côté écolo et éthique, mais aussi et surtout le fait que ces objets qui n’ont plus de valeur peuvent en retrouver, ainsi qu’un peu de poésie.

J’essaie plutôt de faire réfléchir doucement les gens sur ce qu’ils ont, et ce qu’ils jettent. Notre société est évidemment consumériste, nous avons trop d’objets. Regardez donc ce que vous avez chez vous, et ce que ça pourrait représenter ! J’aime aussi raconter que telle œuvre représente tant de grammes ou de kilos de matière. En terme de recyclage, nous faisons des efforts mais sommes très loin de tout gérer. On pense notamment que certaines choses se recyclent, alors que ce n’est pas toujours le cas… » 

Mr Mondialisation : Comment envisagez-vous la suite de Vortex Récupart ?

Adrien Vinet : « Nous allons déménager prochainement : j’aurai donc endroit plus grand pour travailler, et pourquoi pas y proposer des expositions. Je souhaite également développer des partenariats locaux, par exemple avec des organismes privés, comme je l’ai fait dans le sud pour une usine de traitement des déchets. Même si je ne peux pas m’y consacrer à temps plein, je souhaite multiplier ce genre d’actions. Et profiter d’expositions et d’ateliers pour mêler un message écologique tout en valorisant l’art et la poésie qui peut s’en dégager. » 

« Filament de Lune », une pièce constituée de déchets du quotidien... pleine de poésie ©Vortex Récupart
« Filament de Lune », une pièce constituée de déchets du quotidien… pleine de poésie ©Vortex Récupart

Pour en savoir plus sur les œuvres d’Adrien, rendez-vous sur son site, sa page Instagram ou encore Facebook.

Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©Vortex Récupart, avec toutes autorisations.

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