Les pesticides : une véritable nécessité pour nourrir la planète ? Pas tant que ça, révèle un récent rapport de l’ONU. Mis en ligne mercredi dernier, le rapport pointe du doigt l’utilisation excessive de pesticides et les conséquences, ainsi que le marketing agressif utilisé par les industriels pour imposer leur modèle. En parallèle, les nombreux effets négatifs de ces produits chimiques sur les hommes et sur l’environnement sont une fois de plus mis en exergue. Approcherions-nous de la fin d’un mythe destructeur ?

Les industriels inculpés

Présenté mercredi dernier au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, un nouveau rapport accablant pointe du doigt les pratiques quasi-mafieuses des grands industriels producteurs de pesticides. Dénonçant les effets majoritairement néfastes des pesticides sur la santé humaine et l’équilibre environnemental, le rapport revient sur les arguments commerciaux des producteurs de pesticides ainsi que sur les pressions exercées par ceux-ci sur les gouvernements. Ainsi, le rapport accuse ces multinationales de « déni systématique des effets négatifs » , d’employer des « tactiques de marketing agressives et non éthiques » et d’appliquer un lobbying intensif qui « entrave les réformes et paralyse les restrictions mondiales en matière de pesticides. »

Pourtant, les preuves scientifiques de la toxicité de ces produits ne manquent pas, et les chiffres restent sans appel. Chaque année, ce serait pas moins de 200 000 personnes qui succomberaient des suites d’un empoisonnement aux pesticides. Les conséquences de leur usage sur l’environnement n’ont également plus à être démontrées : les pesticides ont été reconnus comme participant activement à la décimation des colonies d’abeilles et insectes pollinisateurs mais aussi la contamination des sols et des nappes phréatiques. Aujourd’hui, les pesticides s’immiscent partout, jusqu’à atterrir dans nos assiettes et dans les organismes d’animaux qui n’étaient pas visés au départ par cet épandage intensif.

Comme le note le rapport, « L’exposition chronique aux pesticides a été liée au cancer, à la maladie d’Alzheimer et à la maladie de Parkinson, aux dérèglements hormonaux, à des troubles du développement et à la stérilité. » La contamination des plus jeunes au travers de la nourriture fait aussi partie des préoccupations citées dans l’étude. De plus, selon le rapport, des études récentes menées par le gouvernement chinois indiquent que la contamination par les pesticides est à l’origine d’une perte d’environ 20% des terres arables. Pour cause, les méthodes industrielles sont productives à court terme et détruisent les sols à long terme, alimentant le mythe d’une abondance sans limite.

Photo : US Mission to the United Nations Agencies in Rome / Flickr

Un argumentaire fallacieux

Face à ces accusations, l’industrie des pesticides a souvent avancé des arguments fallacieux, parmi lesquels le plus fameux concerne la nécessité de protéger les cultures et d’augmenter les rendements afin de pouvoir nourrir les 9 milliards d’êtres humains qui peupleront prochainement la planète. Si l’on en croit ce rapport, il s’agit semble-t-il d’un mythe qui s’apprête à tomber. En effet, les vendeurs de pesticides ne s’adresseraient pas tant à une agriculture dédiée à la nutrition humaine qu’à une agriculture intensive destinée à la production industrielle ou au bétail.

« L’utilisation toujours plus massive de pesticides n’a rien à voir avec l’éradication de la faim dans le monde. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), nous avons d’ores et déjà les moyens de nourrir 9 milliards de personnes. La production est indubitablement en augmentation, mais le problème reste celui de la pauvreté, des inégalités et d’une mauvaise répartition » , a confié au Guardian Hilal Elver, rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Les cultures d’huile de palme ou de soja sont ainsi majoritairement concernées.

Afin de mettre fin à l’empoisonnement généralisé, le rapport préconise en conclusion la mise en place de mesures radicales vouées notamment à encourager une agriculture plus résiliente. La nécessité d’adoption d’un traité mondial afin de limiter l’utilisation des pesticides est également évoquée.


Sources : Rapport de l’ONU / TheGuardian.com