Voici comment venir en aide à la ZAD de Notre-Dame des Landes

Face à l’offensive générale lancée par l’État français contre les résidents de la ZAD de Notre-Dame des Landes, qui se perpétue en dépit de la fin des opérations annoncée, des citoyens et des citoyennes s’organisent pour se rendre sur les lieux et apporter leur soutien aux personnes sur place, mais aussi pour marquer leur opposition à la violence déployée par le gouvernement. 

Depuis bientôt 3 jours, les forces de l’ordre française interviennent sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes dans une opération d’expulsion impliquant 2 500 gendarmes, en restreignant l’accès aux médias. Dans une rare violence, ces forces délogent ceux qui, pendant de nombreuses années, ont finalement empêché avec succès la construction d’un nouvel aéroport. Durant tout ce temps, le plus souvent avec l’aval des agriculteurs expropriés, ces individus y ont construit des alternatives concrètes au système dominant, axées sur la résilience locale et l’autonomie. Plusieurs dizaines de bâtiments, boulangerie, fromagerie, habitations, cantine, sont d’ores et déjà rasé.

Les militants et militantes ont ainsi construit sur cet espace une nouvelle vie, un autre modèle de société voulu plus équilibré, éco-responsable et à taille humaine. Aujourd’hui, c’est bien cette tentative de construire « un nouveau monde » qui est la principale cible des autorités, estiment nombre d’observateurs qui dénoncent cette violence gratuite et évitable. L’expulsion en cours à Notre-Dame-Des-Landes brise non seulement les rêves des personnes qui s’y étaient établies, c’est aussi une attaque directe contre les « utopistes » en tout genre, écolos, décroissants, altermondialistes avec un message clair : l’État français ne laissera pas se développer d’alternative au capitalisme et au productivisme. Un modèle trop souvent camouflé derrière le nom générique d’État de Droit.

« Nous vivons une véritable opération militaire »

Nous publions le dernier communiqué en date en provenance de la Zad de #NDDL, que nous trouvons particulièrement…

Publiée par Radio Debout Lannion sur mercredi 11 avril 2018

 

Selon « Camille », une des membres de zad.nadir, « nous vivons une opération complètement délirante avec un déchaînement de violence inouïe ». « Hier, nous avons eu 80 blessés à la grenade, avec des plaies allant des pieds à la gorge » témoigne t-elle encore. « Des grenades lacrymogènes sont tirées en tir tendu et des grenades du type de celles qui ont tué Rémy Fraise utilisées par les forces de l’ordre » affirme t-elle. Selon elle, la principale raison de cette violence déployée par le gouvernement est le refus de signer les conventions d’occupation précaires individuelles : les zadistes défendent « la possibilité d’un projet collectif » sur les 160 hectares de terrain. Le message est clair, les autorités préfèrent la violence à la concertation avec le peuple.

Appel à soutien : Comment aider les zadistes ?

Sur place, les citoyens et les citoyennes mobilisées continuent de résister à la déferlante policière. Ils en appellent à l’aide de tous et toutes « pour montrer que le gouvernement ne peut pas tout faire » explique Camille. La page Facebook Direction la ZAd de Notre Dame des Landes permet, par exemple, à celles et ceux qui le souhaitent de rejoindre le mouvement, de s’associer à des cars ou des co-voiturages qui partent vers Nantes ou de proposer une place dans son propre véhicule. Des centaines de personnes y participent.

À noter que l’aide à apporter sur place consiste à protéger les propriétés et la nature contre le saccage, repousser les forces d’intervention sans chercher à blesser ou à nuire (les policiers répondent aux injonctions politiques), collecter les grenades usagées, bloquer les routes stratégiques de manière pacifique, participer aux banquets et festoyer quand c’est rendu possible car, malgré le sang et les larmes, les autorités ne semblent pas pouvoir entamer la joie de vivre des habitants de la ZAD.

Selon la description de la page Facebook : « Ce groupe a été crée afin d’organiser des départ en covoiturage, ou en groupe pour soutenir nos ami(e)s de la ZAD sur le point d’être expulsées… ça urge, alors soyons unis et organisés !
– postez vos covoiturage
– postez vos départ des gares, pour ceux qui déicide de prendre le train
– postez vos départ a pied  ou en stop s’il faut !

Entretenez le lien entre vous pour organiser des départs ! »

La ZAD a également besoin de « ravitaillement solidaire » en nourriture mais également en matériel utilitaire. Liste du matériel demandé disponible sur Zad.Nadir :
https://zad.nadir.org/article515. Par ailleurs, l’association donne rendez-vous dimanche 15 avril 2018, 15h, le long du chemin de Suez à tous les curieux ou personnes désireuses de préserver les lieux.

À noter que la Confédération paysanne s’est également exprimée de manière défavorable à l’action en cour, considérant que « le fait que la préfète de Loire-Atlantique refuse de prendre en compte les projets collectifs qui avaient commencé à s’engager dans un processus de reconnaissance et exige qu’ils soient portés nominativement est inacceptable. Il sert surtout à justifier les destructions en cours. » Dans un communiqué de presse publié le 11.04, le syndicat agricole « appelle les paysannes et paysans à converger aujourd’hui massivement en tracteur vers Notre-Dame-des-Landes. »

Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, des rassemblements locaux sont également prévus. Enfin, une pétition en ligne dénonce les agissements du gouvernement.

Ce qu’il faut retenir à propos de la ZAD et des 72 dernières heures


1. Les terrains « occupés » sont avant tout le fruit d’expropriations.

Familles entières et fermiers, présents depuis des générations, ont été expulsés par ordonnances gouvernementales et leurs terres remises à l’époque au géant du BTP Vinci (Vinci SA, Qatar Holding LLC,…). Les zadistes ont reçu, pour la plupart des parcelles occupées, l’autorisation formelle des paysans et agriculteurs concernés ( = dialogue social ). À Noter que l’occupation reste très locale et ne gène en rien le travail des agriculteurs à l’exception de la route bloquée. Enfin, il est courant qu’un État propriétaire puisse céder des parcelles à un projet écologique porteur de sens dans un intérêt collectif : https://bit.ly/2qozFyW

2. Il n’y a pas d’arrêt des opérations contrairement à ce qui a été annoncé.

Le 12 avril au soir, le gouvernement annonçait l’arrêt des opérations de police. Mais sur place, grenades et gaz continuent de traverser les airs. La violence est toujours d’application. L’information ne semble plus seulement contrôlée par les autorités, elle est aussi montées de toute pièce à travers la parole politique, probablement pour bloquer l’élan de solidarité observé à travers tout le pays pour soutenir et protéger la ZAD : https://bit.ly/2EJ24Vw

3. Les autorités n’ont JAMAIS mis un pied sur la ZAD. Leur jugement est strictement technocratique, économique et politique. Avec l’aval des agriculteurs propriétaires, un dialogue avec les zadistes serait infiniment plus efficace qu’une crispation guerrière. Il était et il reste possible de créer sur place une expérimentation collective écologique légale à l’image de Findhorn en Écosse.

4. Le gouvernement filtre l’information et fournit lui même ses propres images aux médias mainstreams depuis le début de la semaine pendant qu’une dizaine de gendarmes portent des dossards « presse » et filment les évacuations. De nombreux journalistes dénoncent cette situation impensable dans un pays comme la France : https://bit.ly/2Hnn0Eu

5. Le gouvernement a opéré une vaste campagne de propagande contre les zadistes depuis janvier dernier, les dépeignant comme de dangereux individus armés à coup de rapports et de communiqués bidons. Une propagande déconstruite depuis par plusieurs médias indépendants. On en ressent pourtant toujours les effets dans les commentaires. Beaucoup pensent ainsi que tous les zadistes sont des « jeunes violents anarchistes » voire même des « terroristes » : https://bit.ly/2IJEnP8

6. L’intervention armée du gouvernement pourrait être parfaitement illégale. Selon plusieurs avocats, l’État commet sur la  ce que le droit appelle une « voie de fait », ce terme juridique désignant une action de l’administration menée sans appui sur le droit, et portant atteinte à une liberté fondamentale : https://bit.ly/2Hp5L5y


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