Le marché des extensions de cheveux « naturels » s’emballe, et semble particulièrement intéresser les clientes occidentales qui peuvent y mettre le prix. Mais d’où proviennent ces cheveux et surtout, à qui appartiennent-ils ?

Durant la semaine du 28 novembre au 5 décembre, la chaîne Arte a diffusé une série de 10 courts-métrages, plutôt déroutants, sous le nom de « Product ». Le concept est novateur. Il plonge le spectateur en immersion totale dans la chaîne de production de divers produits de consommation de masse. En se plongeant dans les yeux d’un produit, ces films retracent le parcours invisible des biens que nous consommons. À travers le carnet de route de bonbons, crevettes, textiles ou même des extensions de cheveux, ces images insistent particulièrement sur la distance, et donc pollution, des trajets parfois absurdes effectués par une même cargaison. Sans autre commentaire qu’un compteur kilométrique, Arte nous dévoile ainsi la face cachée de la mondialisation.

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L’étonnante origine des extensions de cheveux

Si les femmes occidentales ont tendance à céder à nombre de caprices pour modifier artificiellement leur chevelure, il n’en va pas de même en Asie, où le cheveu est considéré par certaines communautés comme une offrande religieuse. En Inde des croyances poussent les hommes et les femmes à se raser les cheveux au moins une fois dans leur vie pour offrir ceux-ci aux dieux qu’ils vénèrent, tels que Shiva, Vishnou ou Murugan. Les donateurs viennent se faire raser dans les temples et ne reçoivent rien en échange, si ce n’est l’espoir d’une vie meilleure à la suite de cette offrande. Malheureusement, ce n’est pas un dieu qui héritera des cheveux mais un consommateur occidental.

Ainsi, ce sont plus de 1400 kilos de cheveux qui sont récoltés chaque jour en Inde (soit 500 tonnes par an) puis exportés à travers le monde afin d’en faire des extensions ou des pastiches. Le traitement de ces cheveux est incroyable. Ceux-ci passent par une dizaine de bacs de produits chimiques différents, sont brossés à maintes reprises, teints et même « tissés » par des petites mains pour recréer des mèches naturelles qui seront ensuite vendues à prix d’or dans les salons de coiffure.

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Une activité d’autant plus lucrative pour les entreprises que la matière première est entièrement gratuite ! Cependant, il est important de rappeler que, si ces centaines de tonnes de cheveux ont pendant longtemps été brulées ou dispersées dans les ordures, le gouvernement Indien a interdit de les bruler dans le courant des années 1990, achevant d’inclure officiellement le « black diamond business » dans le culture d’entreprise indienne. Un mal pour un bien ?

L’impact de cette pratique à l’échelle locale est réel : créations d’emplois, investissements des temples dans des projets locaux grâce à l’argent récolté, évacuation des cheveux qui encombrent les ordures de la ville… Cependant, elle encourage en parallèle d’autres excès, comme l’idée que tout est désormais « mondialisable » même des parties du corps humain. Si tout le monde semble pourtant avoir trouvé son compte dans l’histoire (le religieux se contentant d’espoir), ce court-métrage met en avant l’absurdité de la monétisation d’une pratique religieuse courante.

sultat de ce parcours faramineux : 8000 km pour quelques mèches indiennes posées de façon éphémère sur le crâne d’une femme française, moyennant la somme de 600 euros (dans le cas sélectionné par les producteurs). L’argent peut-il donc satisfaire nos caprices les plus insensés ? La connaissance suffira-t-elle pour nous en éloigner ?

La vidéo


Sources : lefigaro.fr / arte.tv

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