Par rapport à ses voisins européens, la France est à la traîne en ce qui concerne l’intégration et l’accompagnement des personnes porteuses de handicap. Que ce soit au niveau de la scolarisation, de l’emploi ou de l’accessibilité, les politiques actuellement en vigueur dans l’Hexagone peinent à convaincre les associations qui représentent et défendent ces personnes. À l’occasion de la récente Conférence nationale du handicap, le président Emmanuel Macron a affirmé sa volonté d’améliorer la situation à plusieurs égards. Mais au niveau de l’accompagnement de ces publics dits fragiles, les politiques demeurent trop peu ambitieuses, et des projets citoyens voient le jour pour proposer des solutions concrètes.

Le 11 février dernier se tenait à l’Elysée la Conférence nationale du handicap (CNH). Quinze ans pile après la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, les associations du secteur attendaient beaucoup de ce rendez-vous présidé cette année par Emmanuel Macron. « Cette conférence n’arrive que tous les trois ans, et il est facile de faire des promesses en fin de mandat, expliquait Alain Rochon, président d’APF France Handicap, dans les colonnes du Point. Là, le président a bien conscience que ce qu’il va annoncer, il faudra le traduire en actes. »

Des droits non-respectés dans les faits

A la moitié de son mandat, il faut dire que le bilan du président et de son gouvernement est plutôt mitigé. Si les associations concèdent certaines avancées, comme le droit à vie à l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) dans certains cas, elles pointent également les manquements de la politique gouvernementale actuelle. Votée en 2018, la loi Elan a par exemple fait passer la part obligatoire de logements accessibles de 100% à 20% dans les nouvelles constructions.

A l’approche de la conférence, 47 associations, parmi lesquelles l’Unapei, Autisme France et APF France Handicap, se sont rassemblées en un collectif pour publier une tribune dans le Journal du dimanche. Elles y dénonçaient le non-respect des droits de nombreuses personnes handicapées, même ceux qui sont acquis depuis de nombreuses années. D’après le collectif, celles-ci sont trop souvent considérées « non pas comme des citoyens à part entière mais comme une charge financière pour la société ». La secrétaire d’Etat en charge des Personnes handicapées Sophie Cluzel reconnaissait elle-même dans le même journal qu’il restait encore du chemin à faire.

La France à la traîne

Et en effet, dans des domaines comme l’emploi, de nombreuses avancées sont encore nécessaires. A l’heure actuelle, seul un tiers des personnes en situation de handicap disposent d’un emploi. En matière d’accessibilité aussi, la France se classe clairement parmi les mauvais élèves européens, même en ce qui concerne les services publics qui devraient pourtant montrer l’exemple. Dans un rapport récemment publié, Le Conseil national du numérique dénonçait par exemple le manque d’accessibilité des sites internet des services publics, notamment pour les malvoyants, alors même que les démarches administratives se font de plus en plus en ligne.

Du côté des bonnes nouvelles, les différentes associations se félicitent d’une victoire suite au combat collectif qu’elles ont mené : la non intégration de l’Allocation Adultes Handicapés au revenu universel d’activité. Emmanuel Macron a en effet assuré que cette allocation, versée à 1,2 million de personnes, ne sera ni transformée, ni diluée dans le revenu universel d’activité. Le président de la République a également annoncé vouloir accélérer le déploiement de solutions adaptées aux personnes ayant les besoins les plus soutenus. Il souhaite ainsi stopper l’exil vers la Belgique, qui bénéficie de politiques plus actives à l’égard de l’intégration et du suivi des personnes en situation de handicap. Un plan devrait permettre la création de plusieurs milliers de place.

Des milliers d’enfants sans solution de scolarisation

Concernant l’école aussi, la situation en France reste particulièrement problématique. Chaque année, au mois de septembre, des milliers d’enfants en situation de handicap se retrouvent en effet sans aucune solution de scolarisation. Beaucoup des jeunes présentant des troubles autistiques ne sont par exemple pas pris en charge, par manque de moyens et à cause de l’engorgement des structures d’accueil, comme le révélait un rapport de la Cour des Comptes en 2017 qui insistait sur l’inclusion difficile des autistes dans le système éducatif.

Les associations du secteur attendaient beaucoup de la Conférence Nationale du Handicap.

Lors de la conférence, Luc Gateau, président de l’Unapei a tenu à interpeller les membres du gouvernement sur l’urgence de développer des nouvelles solutions d’accompagnement pour ces enfants. Il a ainsi rappelé l’importance de prendre en considération ces milliers de personnes toujours laissées à la charge de leur famille sans aucun accompagnement et sans aucune solution qui s’offre à elles. Emmanuel Macron a indiqué vouloir pallier à ce problème majeur en créant de nombreux postes d’accompagnants supplémentaires. Mais les modes de financement de ces mesures n’ont pas été détaillés, et il faudra suivre attentivement l’évolution de la situation.

Accompania, une initiative citoyenne

Au final, un bilan mitigé s’est dégagé de cette conférence, malgré les effets d’annonce politiques. Les associations comme l’Unapei ont donc indiqué qu’elles resteront vigilantes quant à la mise en œuvre des accords et aux moyens qui seront donnés par les pouvoirs publics pour respecter ces engagements.

Certains n’ont pas attendu la réalisation des promesses du gouvernement pour améliorer l’accompagnement des publics dits fragiles. Constatant le manque de prise en charge des autistes dans le système éducatif, un petit groupe de parents et de professionnels a fondé Accompania. Cette importante initiative se repose sur des techniques de pointe pour mieux soutenir les personnes porteuses de handicap ou présentant des troubles autistiques (TSA, TED, TDAH…). « La France a des décennies de retard en matière d’accompagnement pour les personnes extraordinaires », déplore Gabriel, l’un des membres fondateurs de l’organisation.

Un accompagnement global et personnalisé

Les professionnels d’Accompania ont développé un accompagnateur virtuel conçu pour aider et suivre au quotidien les personnes extraordinaires, les familles et les professionnels concernés par le handicap et l’autisme. Les objectifs principaux de ce logiciel sont de mieux appréhender les approches comportementalistes au quotidien, de favoriser le suivi, l’aide et l’accompagnement des jeunes, adolescents ou adultes présentant des Troubles du Spectre Autistique. Un site web complet est déjà fonctionnel, et une application mobile sortira dans le courant du mois d’avril.

Concrètement, ces programmes appelés Leo et Evo Progress permettent d’aider les personnes extraordinaires à accéder aux apprentissages fondamentaux, à leur rythme et en fonction de leurs capacités. Mais ces plateformes se destinent aussi aux aidants, parents, familles ou professionnels, qui peuvent y trouver des aides utiles. Les nouvelles méthodes sur lesquelles se basent les outils d’Accompania offrent ainsi un suivi d’accompagnement global et personnalisé, qui vise également à renforcer les liens entre intervenants et à rendre le bénéficiaire acteur de sa prise en charge.

« Plus tu comprends son monde, plus tu perçois de possibilités »

À l’heure ou la pandémie liée au Covid-19 limite les rapports sociaux, ce genre d’outils virtuels offre des solutions concrètes pour continuer d’accompagner les personnes porteuses de handicap qui se voient isolées comme le reste de la population. Face à l’individualisme qui caractérise de plus en plus nos sociétés modernes, il est en outre toujours rassurant de constater que certains continuent à se mobiliser pour améliorer le quotidien de ces publics trop souvent oubliés.

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