Ce n’est sans doute pas grâce au sommet de la COP21, réunissant en fin d’année à Paris l’ensemble des dirigeants de la planète, que naîtra un véritable changement de cap pour notre climat. Marqué par 20 ans d’échecs de grandes négociations internationales, le mouvement Alternatiba préfère partir à la rencontre des villages dans l’intention d’évoquer les nombreuses solutions alternatives « par le bas » accessibles dans nos pratiques quotidiennes.

alternatiba-caroUn message fort et concret face à l’urgence du changement climatique

Le scepticisme qui entoure la prise d’engagement des grands dirigeants internationaux lors de la COP21 est grandissant au fur et à mesure qu’approche cette fin d’année 2015. Et pour cause, le sommet devrait déboucher, comme bon nombre de traités internationaux, sur un accord juridique non contraignant. Les états pourront en effet choisir ne pas en tenir compte si les efforts demandés divergent avec leurs stratégies économiques, à l’image du congrès américain qui menace clairement d’écarter les promesses réalisées. Un suspens de courte durée par rapport à des engagements qui, de surcroit, s’annoncent insuffisants. Les objectifs volontaires de réduction de gaz à effet de serre annoncés par 40 états sur les 195 présents à la conférence laissent craindre une trajectoire plus proche des 4 degrés, bien loin de l’objectif crucial des 2 degrés préconisé par le GIEC. Probablement pas de quoi répondre à l’urgence de notre dernière décennie, identifiée comme la plus chaude jamais enregistrée. D’autant plus que l’accord ne s’appliquerait qu’à compter de 2020 !

Une question centrale à une sortie par le haut de ces négociations n’est pas non plus sur la table : il nous faudrait renoncer aux deux tiers des extractions des énergies fossiles pour rester dans les seuils prévus par les experts du GIEC. « C’est pourtant 60 milliards de subventions qui sont claqués chaque année dans les énergies fossiles par les décisionnaires du G20 », rappelle Txetx Etcheverry, co-organisateur du tour Alternatiba.

Dans l’espoir de faire bouger ces lignes, l’initiative est parvenue à rassembler en 2013 près de 12 000 personnes autour de la création du premier village Alternatiba à Bayonne. Aujourd’hui, le mouvement a permis l’éclosion de 80 villages et profite d’une dynamique favorable grâce à ce tour de France sur des vélos trois ou quatre places.

Par une série de conférences, de stands, ateliers ou démonstrations, Alternatiba veut montrer qu’à travers des solutions concrètes apportées au dérèglement climatique peut naître un rapport de force en faveur d’une société plus humaine et plus juste.

Le tour Alternatiba s'est élancé de Bayonne le 05 juin dernier.Le tour Alternatiba s’est élancé de Bayonne le 05 juin dernier.

Reprendre la main sur notre modèle

Car il s’agit bien de transformer l’urgence de la catastrophe climatique en une précieuse opportunité de se ressaisir du projet collectif, comme le présente le livre de la journaliste canadienne Naomi Klein « Tout peut changer ».

« S’inscrivant directement dans cette logique, la bataille Alternatiba veut pousser le citoyen à adopter des solutions qui s’expriment déjà pour que « ces alternatives de niches se transforment en échelle de masse », Txetx Etcheverry,  co-organisateur du Tour Alternatiba ».

Ces alternatives visent, non pas à colmater les brèches du réchauffement climatique, mais bien à aborder en profondeur un changement de modèle : « agriculture paysanne, relocalisation de l’économie, aménagement maîtrisé du territoire et développement des alternatives au tout routier, sobriété énergétique, éco-habitat, mise au pas de la finance, reconversion sociale et écologique de la production, consommation responsable, partage du travail et des richesses, entraide, réduction et recyclage des déchets, préservation des biens communs comme l’eau, la terre ou les forêts etc. » Des initiatives présentées sous forme de stands dans des villages transformés pour l’occasion en laboratoires du développement durable. L’objectif « est autant d’interpeller les dirigeants sur les conséquences dramatiques de l’absence d’accord international ambitieux, contraignant et juste sur le climat, que d’appeler les populations à mettre en route sans plus attendre la transition sociale, énergétique et écologique nécessaire pour éviter le dérèglement profond et irréversible des mécanismes du climat », indique le kit méthodologique Alternatiba, crée afin d’aider tous les citoyens désireux d’organiser cette expérience sur leur territoire.

 « Le village Alternatiba est une opportunité formidable, le projet mobilisateur et enthousiasmant qui manquait à nos sociétés en perte de sens, dont la mise en route est urgente. » Kit méthodologique, Alternatiba.

Ce besoin de changer de voie jette les bases d’un mouvement global pour une véritable transition écologique qui pèsera dans les années à venir sur le rapport de force. Impacter les dirigeants de la COP21, comme à l’arrivée du tour Alternatiba prévue à Paris le 26 septembre, telle est l’ambition à court terme des courageux cyclistes. L’étape à Marseille ne peut que les conforter dans cette voie : censuré par la ville qui a refusé les autorisations, le rassemblement a eu lieu malgré la présence de la police. Un succès méritoire qui démontre l’immobilisme des élus face à une initiative soutenant une cause qui les concerne directement, lors de cette année de conférence sur le climat.

Cette joute citoyenne incite à nous en sortir par le haut et fuir le climat dépressif, cette « peste émotionnelle » comme le qualifie Christiane Hessel, marraine d’Alternatiba, rappelant qu’ « être heureux, c’est faire acte de résistance ». Un combat essentiel : sortir du défi climatique par des alternatives déjà en route qui sont plus que jamais à notre portée.

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Retrouvez toutes les dates et les actualités sur le site d’Alternatiba.


Article partenaire partagé à la discrétion du site « Les Hiboux » – Source : les-hiboux.fr

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