À 21 ans, Enzo a tourné le dos à des études qui ne l’épanouissaient pas pour prendre son destin en main et partir à la conquête du monde. Cette décision risquée va changer sa vie dans le bon sens. Son objectif : visiter 31 pays sans aucune limite de temps pré-définie. Après six premiers mois de voyage à traverser Madagascar, le Sri Lanka et l’Inde, une transformation physique et psychologique inattendue va s’opérer. Récit d’une épopée intime et ouverte sur le monde agrémenté de photographies prises par le jeune homme.

Une aventure à la portée de tous 

Si l’histoire d’Enzo est touchante, c’est qu’elle n’est pas celle d’un garçon à qui la vie aurait tout offert sur un plateau d’argent, et qui n’aurait eu qu’à claquer des doigts pour réaliser son rêve d’aventure. Suivant un BTS « Commerce International » à la suite de son bac, le jeune garçon raconte avec lucidité son décrochage, motivé par des soucis familiaux qui vont se répercuter sur toute sa sphère relationnelle. Perdant presque du jour au lendemain sa petite amie et ses amis, les résultats scolaires du jeune homme vont se dégrader, à tel point qu’il décidera de couper court à cette voie dans laquelle il s’était engagé sans réelle vocation. Son monde s’écroule alors autour de lui mais plutôt que de sombrer davantage, il va prendre une grande décision.

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Réalisant qu’il ne suivra pas le chemin que la société lui avait tracé, Enzo va alors dédier son temps et son énergie à la mise en place d’un projet qui lui tient réellement à cœur : partir faire le tour du monde, seul et sans aide. Il se renseigne alors sur le budget minimum à prévoir, et se fixe comme objectif d’économiser aux alentours de 15 000€. Assez pour couvrir les trajets et quelques dépenses sur place. Son rêve devient un vrai projet de vie qui va le « booster » dans ses choix. Afin de mettre assez d’argent de côté, il cumule alors plusieurs petits jobs qui le « confrontent à la misère sociale », comme il nous l’explique. N’abdiquant pas devant la difficulté, Enzo prendra un emploi de serveur qui lui vaudra une belle quantité d’heures supplémentaires qu’il ne comptera plus, obnubilé par ce projet qui le tient en haleine. Au bout de quelques mois, ses efforts payent : Enzo est prêt à s’envoler vers sa première destination. Car le jeune vise l’immersion et non le tourisme, son choix se porte sur Madagascar, cinquième pays le plus pauvre au monde.

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Sur place : la prise de conscience brutale

À Madagascar, c’est une tableau sauvage et diverse qui a été donnée à découvrir au jeune homme. Un peu déboussolé au départ par ce grand saut dans le vide et cette confrontation avec la réalité froide, il raconte avoir vu des individus extrêmement pauvres, à tel point qu’on a du mal à l’imaginer qu’une telle chose puisse encore exister. La prise de conscience opère, entre nature foisonnante à protéger, et misère profonde dans un pays où il n’est pas rare d’habiter dans des huttes de fortune. Enzo rencontre sur sa route des lémuriens en liberté, des poissons de toutes les couleurs et de toutes les formes dans les rivières qu’il traverse, et s’extasie devant la beauté des couchers de soleil qui s’offrent à lui tous les soirs. De cette connexion avec la nature et les animaux va découler une première prise de conscience par rapport aux habitudes alimentaires occidentales. « Comment peut-on consommer autant de viande lorsque l’on sent la vie animale si proche de la nôtre ? » se demande-t-il candide, lui qui adore tant la viande.

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La seconde escale se fera en Inde, un pays où s’agglutinent pas moins de 1,3 milliard d’habitants et où la viande bovine est tout simplement bannie des traditions alimentaires. Ce pays où la vache est épargnée et sacrée parce qu’elle « fournit le lait [aux hommes]. Et [que] celle qui donne son lait est notre mère, peu importe sa forme physique. » Une certaine philosophie en lien avec l’amour de l’animal, son respect, et un régime alimentaire qui en tient compte commence à faire son chemin : Enzo continue de réduire naturellement sa consommation en viande, et s’enthousiasme de découvrir mille et une façon de cuisiner les légumes sur le chemin du hasard. « Je ne veux, désormais, plus me dire, que je fais partie de ce système que l’on m’a imposé et dont j’ai réussi à m’extraire. On a « désanimalisé » toutes les viandes que l’on mange on en parle comme des produits. » nous confie-t-il.

Sa rencontre avec la communauté pacifique des Jaïns finira de lui faire entrevoir l’aberration occidentale qui existe dans le rapport du consommateur à la viande, aux animaux, et à la consommation à outrance en général. Comme il le relate, « Ça m’a d’abord sauté aux yeux le jour où j’ai discuté avec un Malgache sur la plage, et qu’il m’a demandé : ‘Comment achetez vous la viande en Europe ? ‘ ; j’ai du lui expliquer que nous achetions des morceaux de viande qui reposaient sur des boites en polystyrène et emballées sous du film plastique. Je me suis senti tellement stupide que c’est à ce moment que je me suis rendu compte que nous sommes aveuglés par toute cette opulence. » Les Jaïns, quant à eux, sont un groupe religieux qui prône l’universelle non-violence. « Ils ne tuent même pas les moustiques qui les piquent. »

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Une transformation en bonne voie

Aujourd’hui, Enzo s’apprête à s’envoler vers de nouvelles aventures et aimerait bien « se poser en Australie » pour perpétuer sa transformation. S’il avoue avoir toujours un penchant pour les aliments sucrés, il souhaite également continuer d’adopter un régime moins riche en viande, et affiche la volonté de relever le défi de « 100 jours sans sucre », le tout étape par étape, en étant tolérant avec lui-même. En six mois de voyage, cependant, le garçon s’est vu transformer tant physiquement que mentalement. Il raconte ainsi avoir perdu une vingtaine de kilos, passant d’un état d’obésité à un poids normal, le résultat de visites chevronnées réalisées essentiellement à pied à travers tous ces pays.

Mais le voyage et ses bénéfices ne transparaissent pas qu’au niveau de son corps. Aujourd’hui, le jeune homme admet avoir une meilleure image de lui-même, et surtout, être parvenu à se défaire du regard de l’autre. Comme il le dit, « Traverser des pays aussi pauvres permet de se dire : OK, il y a vraiment d’autres problèmes que les trois crétins qui me disent que je suis gros à longueur de journées. » La vie, c’est tellement plus que ça…

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