Ah, le plaisir de devenir une figure publique mondiale… Du haut de ses 16 ans, Greta Thunberg, une très jeune « militante climatique » récemment propulsée dans les médias, a dû rapidement faire face aux critiques les plus virulentes comme n’importe quelle personnalité. Avec un certain sang-froid, elle remet à leur place trolls, polémistes et autres conspirationnistes.

Elle ne s’y attendait pas. En plein forum de Davos, alors qu’elle prend la parole publiquement pour remettre les géants de ce monde à leur place, la jeune Suédoise devient soudainement la star des médias. Il faut l’avouer, la situation a tout pour faire le buzz : une enfant militante, une grande intelligence, un discours éclairant, l’inspiration nordique et surtout un grand courage hors norme pour son âge. Partout, son visage fait la une des médias traditionnels. Il n’en faudra pas moins pour qu’elle devienne instantanément la cible des critiques aux extrêmes. Dans une vision manichéenne de la réalité, « si les médias en parlent, c’est qu’il y a forcément anguille sous roche »…

À droite, chez les climato-sceptiques, elle est perçue comme une agaçante trouble-fête qui, en plus de perturber l’ordre scolaire avec son appel aux étudiants à manifester, servira d’alibi pour instaurer de nouvelles taxes écologiques… À l’autre bord, on l’accuse par voie de procuration d’être un produit marketing au service du capitalisme et par conséquent une égérie du greenwashing. Dans les deux cas, la polémique suggère que Greta Thunberg n’est pas un être libre, qu’elle est nécessairement soudoyée par des forces de l’ombre au profit de quelconques intérêts politico-économiques.

Pour ses critiques, l’idée qu’elle puisse être simplement libre et remarquée pour son intelligence et sa singularité est irrecevable. Il y existerait forcément des adultes malfaisants – globalisto-capitalistes ou bobo-gauchistes (histoire d’appuyer la caricature) – derrière sa réussite. Fond de vérité ou effet de réactance face aux injonctions médiatiques à l’aimer ? Greta Thunberg semble se laver les mains des avis des uns et des autres.

Face à ces polémiques séduisantes qui gagnent en popularité, la jeune fille a voulu répondre aux mauvaises langues par le verbe, comme elle sait si bien le faire. Voici une traduction de son message publié sur Facebook :

Récemment, j’ai observé de nombreuses rumeurs qui circulent sur moi ainsi qu’énormément de haine. Rien de surprenant pour moi. Je comprends que, étant donné que la plupart des gens n’ont pas pleinement conscience de l’ampleur de la crise climatique (ce qui est compréhensible puisque le sujet n’a jamais été traité telle une crise), une grève scolaire pour le climat puisse être une chose étrange pour les gens en général. Laissez-moi éclaircir certaines choses à propos de ma grève scolaire.

j’ai gagné un concours d’écriture sur l’environnement

En mai 2018, j’ai gagné un concours d’écriture sur l’environnement lancé par le Svenska Dagbladet, un journal suédois. Mon article fut publié dans la presse et certaines personnes ont pris contact avec moi. L’une d’entre elles était Bo Thorén de Fossil Free Dalsland. Il animait un genre de groupe avec les gens, en particulier des jeunes, qui voulaient faire quelque chose concernant la crise climatique.

J’ai également eu quelques réunions téléphoniques avec les autres activistes. L’objectif était de proposer de nouveaux projets qui permettraient d’attirer l’attention sur la crise climatique. Bo avait quelques idées en tête sur des actions à mener. Plusieurs idées, des marches jusqu’à l’idée vague d’organiser une sorte de protestation scolaire (que les enfants puissent agir dans les cours des écoles ou dans leurs salles de classe). Une idée inspirée par les étudiants de Parkland qui avaient refusé d’aller à l’école après la fusillade.

J’ai bien aimé cette idée d’une grève scolaire. Donc j’ai développé cette idée en essayant d’encourager les autres jeunes à me rejoindre. Mais personne n’était vraiment intéressé. Ils pensaient qu’une version suédoise de la marche pour le climat « Zero Hour » allait avoir un impact plus important. J’ai donc décidé de planifier cette grève de l’école toute seule et je n’ai participé à aucune autre de leurs réunions.

Quand j’ai parlé de mes plans à mes parents, ils n’en étaient pas vraiment fans. Ils n’ont pas soutenu mon idée de faire une grève de l’école et ils m’ont dit que si je devais vraiment le faire, ce serait par moi-même et sans aucun soutien de leur part.

des journalistes et des journaux ont commencé à venir me voir

Le 20 août, je me suis assise à l’extérieur du parlement suédois. J’ai distribué des prospectus avec une longue liste de faits scientifiques sur la crise climatique avec des explications sur les raisons qui me poussaient à manifester. La première chose que j’ai faite, c’est de publier sur Twitter et Instagram mon action qui est rapidement devenue virale. Ensuite, des journalistes et des journaux ont commencé à venir me voir. Un entrepreneur suédois et homme d’affaires actif dans la mouvance climatique, Ingmar Rentzhog, fut parmi les premiers à me rencontrer. Il a discuté avec moi et a pris quelques photos pour les publier sur Facebook. C’était la première fois que je le rencontrais ou parlais avec lui. Je n’avais jamais parlé ou vu cet homme avant.

Beaucoup de gens aiment répandre des rumeurs en affirmant que j’ai forcément des gens « derrière moi  » ou bien que je suis « payée » ou « utilisée » pour faire ce que je fais. Mais il n’y a personne derrière moi à l’exception de moi-même. Mes parents étaient éloignés autant que possible de l’activisme climatique avant que je ne les ouvre à ce sujet. Je ne fais partie d’aucune organisation. Parfois, je soutiens et coopère avec des ONG qui travaillent avec sur le climat et l’environnement. Mais je reste totalement indépendante et je ne me représente que moi-même. Et ceci, je le fais complètement gratuitement. Je n’ai reçu aucune somme d’argent ni aucune promesse de paiements futurs sous quelque forme que ce soit. Enfin, personne n’est en lien avec moi ou ma famille. Naturellement, ça restera comme ça. Je n’ai rencontré aucun militant pour le climat qui lutte pour l’argent. Cette idée est complètement absurde. De plus, je ne voyage qu’avec l’autorisation de mon école et mes parents paient pour les billets et mes logements.

les bénéfices possibles de notre livre ”Scener ur hjärtat” devraient aller à 8 organismes de bienfaisance

Ma famille et moi avons écrit un livre sur l’histoire de notre famille, comment moi et ma sœur Beata avons influencé nos parents, leur façon de penser et de voir le monde, surtout concernant la question du climat. Mais aussi à propos de notre diagnostique (Asperger). Ce livre devait être initialement publié en mai. Mais comme il y a eu un désaccord majeur avec l’éditeur, nous avons fini par en changer, reportant la publication en août. Avant que le livre n’ait été publié, mes parents avaient indiqué clairement que les bénéfices possibles de notre livre ”Scener ur hjärtat” devraient aller à 8 organismes de bienfaisance différents, travaillant sur l’environnement, avec les enfants atteints de diagnostics et les droits des animaux.

Et, oui, j’écris mes propres discours ! Mais comme je sais que ce que je dis va toucher beaucoup, beaucoup de monde, je demande souvent des conseils. Je connais aussi quelques scientifiques à qui je demande souvent de l’aide sur la manière d’exprimer certaines questions complexes. Je tiens à ce que tout soit parfaitement correct afin de ne pas propager des contre-vérités, ou des choses qui pourraient être mal comprises.

Parfois, un murmure est plus puissant qu’un cri.

Il y a des gens qui se moquent de moi pour ma maladie. Mais asperger n’est pas une maladie, c’est un cadeau. Des gens affirment aussi que depuis que je suis asperger, je n’aurais pas pu réaliser ce projet. Mais c’est exactement pour cette raison que j’ai fait ça ! Parce que si j’avais été « normale » et « sociable », je me serais investie dans une organisation, ou j’aurais commencé une organisation par moi-même. Mais comme je ne suis pas douée pour socialiser, j’ai entrepris ce projet à la place (grève de l’école). J’étais tellement frustrée que rien n’était fait pour endiguer la crise climatique et j’ai eu le sentiment que je devais faire quelque chose, n’importe quoi. Et parfois, ne PAS faire certaines choses – comme s’asseoir simplement à l’extérieur du parlement – parle beaucoup plus fort que de faire des choses. Parfois, un murmure est plus puissant qu’un cri.

Ne pensez-vous pas qu’une enfant de 16 ans soit libre de parler pour elle-même ?

Certains m’accusent de « parler et écrire comme un adulte ». À ça, je ne peux que répondre : ne pensez-vous pas qu’une enfant de 16 ans soit libre de parler pour elle-même ? Il y a aussi des gens qui disent que je simplifie de trop les choses. Par exemple, quand j’affirme que « la crise climatique est un problème en noir et blanc , « nous devons arrêter les émissions de gaz à effet de serre » ou encore « je veux que vous paniquiez! ». Mais si je le dis, c’est parce que c’est vrai. Oui, la crise climatique est le problème le plus complexe que nous ayons jamais rencontré et il faudra donner tout ce que nous avons pour l’arrêter. Mais la solution est noire ou blanche : nous devons arrêter les émissions de gaz à effet de serre.

Soit nous limitons le réchauffement à 1,5 degré par rapport aux niveaux pré-Industriels, soit on ne le fait pas… Soit nous atteignons le point de basculement, et nous démarrons une réaction en chaîne avec une série d’événements incontrôlables, ou nous ne le faisons pas… Soit nous maintenons notre civilisation, soit pas… Il n’y a pas de zones grises quand il est question de survie. Et quand je dis que je veux que « vous paniquiez », je veux dire par là que nous devons traiter la crise comme une vraie crise. Quand votre maison est en feu, vous ne vous asseyez pas pour parler de la façon dont vous pouvez la reconstruire une fois qu’elle sera brûlée. Si votre maison est en feu, vous courez dehors et vous assurez que tout le monde est sain et sauf pendant que vous appelez les pompiers. Cela nécessite un certain niveau de panique.

si tout le monde écoutait les scientifiques et les faits auxquels je me réfère constamment, alors personne n’aurait à m’écouter

Il y a un autre argument contre lequel je ne peux rien faire. C’est le fait que je sois « juste un enfant et qu’on ne devrait pas trop écouter les enfants. » La solution est simple : commençons par écouter la science solide comme la roche à la place ! Car si tout le monde écoutait les scientifiques et les faits auxquels je me réfère constamment, alors personne n’aurait à m’écouter ou à écouter l’un des centaines de milliers d’enfants en grève pour le climat à travers le monde. Dans ce cas, nous pourrions tous retourner à l’école.

Je ne suis qu’un Messager, et pourtant, je reçois toute cette haine. Ce que je dis n’a rien de nouveau, je dis juste ce que les scientifiques ont exprimé à maintes reprises depuis des décennies. Et je suis d’accord avec vous, je suis trop jeune pour faire ça. Nous, les enfants, ne devrions pas avoir à faire ça. Mais comme pratiquement personne ne fait quoi que ce soit, et que notre avenir est en danger, nous avons la conviction que nous devons continuer à le faire.

Et si vous avez d’autres préoccupations ou des doutes sur moi, vous pouvez écouter mon Ted Talk, dans lequel je parle de la façon dont mon intérêt pour le climat et l’environnement a commencé.

Merci à tous pour votre aimable soutien ! Ça m’apporte beaucoup d’espoir.

– Greta


Ps : j’ai été brièvement conseillère pour la jeunesse au service du conseil de la fondation sans but lucratif “We don’t have time”. Il est apparu que la fondation a utilisé mon nom pour identifier une branche de leur organisation qui est en réalité une Start-Up. Ils ont admis depuis qu’ils ont agi sans que moi ou ma famille n’en soyons informés. Je n’ai plus de lien avec “We don’t have time” ni personne dans ma famille. Ils se sont profondément excusés et j’ai accepté leurs excuses.


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