Contre la mondialisation, construisons un puits pour les Himbas !

    Faisant partie des minorités indigènes au Nord-Ouest de la Namibie, le peuple des Himbas est particulièrement confronté aux mutations liées à la mondialisation et aux changements climatiques. Aujourd’hui, son territoire est menacé par la construction d’un large barrage. Une catastrophe pour ce peuple attaché à sa terre et à ses traditions. Afin de remédier à ce péril, l’association Kovahimba espère aujourd’hui financer la construction d’un puits, qui permettrait au village de s’approvisionner en eau, mais aussi de développer un véritable projet de développement local garantissant la survie de ce peuple.  

    L’exception culturelle des minorités hereros 

    C’est en 1993 que Solenn Bardet, alors étudiante en géographie, fait la rencontre des Himbas, une communauté locale de Namibie. De cette rencontre naîtra en 2006 l’association franco-namibienne de Kovahimba. Celle-ci associe aujourd’hui les différentes minorités hereros dans une perspective de développement et d’ouverture sur le monde. Depuis 2015, les différentes parties de l’organisme travaillent autour d’un projet de longue haleine, censé permettre la conservation à long terme de ce patrimoine culturel et traditionnel exceptionnel, pourtant menacé.

    « Elles sont les seules sociétés pastorales d’Afrique à posséder un double système de parenté à la fois patrilinéaire et matrilinéaire qui offre un vrai statut aux femmes. »

    Les Himbas sont décrits par l’association comme un peuple autosuffisant et intrinsèquement pacifique. Ils partagent au sein d’une grande communauté de près de 50 000 personnes des traditions avec les minorités Hakaonas, Tjimbas, Twas et Zambas. « Ces minorités sont considérées comme des sociétés exceptionnelles à plus d’un titre : en effet, elles sont les seules sociétés pastorales d’Afrique à posséder un double système de parenté à la fois patrilinéaire et matrilinéaire qui offre un vrai statut aux femmes. Éminemment démocratiques dans leur fonctionnement, ces communautés ont réussi à nouer des liens profonds entre elles et, par la création d’un clan particulier, offrent la possibilité d’intégrer sans condition un individu étranger dans leur organisation clanique, » relate Kovahimba.

    L’eau, au centre d’une résistance nécessaire

    Aujourd’hui, leur principal objectif est de parvenir à la construction d’un puits à Wakaparue, en Centre Kaokoland. Vital, celui-ci permettrait à plus de 300 personnes de s’alimenter en eau, mas aussi de développer leur agriculture en permettant aux troupeaux actuel de s’abreuver. Le forage de ce puits rentrera également dans la perspective de l’ouverture d’un centre qui permettra aux minorités de tout mettre en œuvre pour conserver et partager leur culture. Le « Centre du Rocher du Babouin » a en effet comme ambition de devenir un lieu d’échange tant entre les communautés qu’avec les curieux et les institutions du pays tout en garantissant une protection pour leur culture.

    Directement menacées par un projet de barrage hydroélectrique qui pourrait causer l’inondation de 6 000 hectares de terres et de pâturages, mais aussi de différents sites archéologiques, les minorités namibiennes espèrent qu’en mutualisant leurs efforts, elles sauront se faire entendre pour préserver leurs terres et leurs traditions. Car les mutations que subit le pays sont nécessairement liées à la mondialisation, les gens concernés ne peuvent laisser ces peuples dans l’indifférence.

    Également conscientes que les générations futures auront du mal à subvenir à leurs besoins uniquement au travers de l’élevage nomade, le centre a également pour but de permettre la diversification des activités Himbas. Il s’agira en effet pour eux de pouvoir mettre en place un camping qui pourrait accueillir quelques visiteurs. Pour cela, les Himbas doivent pouvoir bénéficier d’une eau potable, et être alimentés en eau courante. Il s’agit pour eux de reprendre en main leur destin en proposant une alternative unique au tourisme tel qu’ils le vivent actuellement : déshumanisé, peu ou pas rentable et au profit d’agences peu scrupuleuses surfant sur le mythe du bon sauvage. En proposant eux-mêmes un accueil et un échange humain aux visiteurs désireux de partager avec eux, les Himbas espèrent ainsi s’émanciper au côté des autres minorités.

    Le projet a rencontré un grand succès sur Ulule en récoltant 186% de la somme espérée. Si tout se passe bien, le centre ouvrira en 2019. En attendant, les Himbas investis dans ce projet ont communiqué leur gratitude à travers une vidéo qui donne le sourire. De son côté, l’association Kovahimba est toujours ouverte pour ceux qui souhaiteraient prêter main forte !


    Sources : Association-Kovahimba.net / Ulule.com / Toutes images à la discrétion de Kovahimba