Visiblement, même les zones protégés, et donc théoriquement préservées des exploitations industrielles, doivent faire profil bas devant l’avidité des pétroliers et le manque de courage de la part des dirigeants. Après le Congrès américain, qui autorisait l’exploration pétrolière et gazière au sein de l’Arctic National Wildlife Refuge » en décembre dernier, c’est au tour de la République démocratique du Congo d’envisager des activités extractives dans deux parcs naturels classés à l’Unesco, selon un document ayant fuité la semaine passée. 

Ce qui est fait peut être défait : trois espaces protégés légalement, l’un aux Etats-Unis et les deux autres en République démocratiques du Congo, pourraient voir arriver les pétroliers d’ici quelques mois. Dans chacun des deux pays, les représentants politiques ont manifesté leur volonté de prendre des décisions allant en ce sens. D’aucuns seraient tentés de dire que c’est un échec des politiques visant à protéger certains espaces des avidités industrielles par le droit.

Polar Bears

Une biodiversité unique menacée

En République démocratique du Congo, ce sont deux parcs naturels classés au patrimoine mondial de l’Unesco qui sont concernés. Le Virunga – dont 172 075 hectares soit 21,5% de sa surface totale du parc sont menacés – et le Solonga, pour lesquels les chiffres ne sont pas encore disponibles. Les réserves sont estimées à « 6,758 milliards de barils avec les recettes budgétaires additionnelles de sept milliards de dollars ». Difficile d’y résister. Le 3 mai dernier, l’ONG Global Witness avait révélé qu’une commission interministérielle chargée par le gouvernement étudiait le déclassement partiel de ces deux réserves. Ces espaces abritent pourtant une faune et une flore exceptionnelles, d’où leur classement parmi les parcs nationaux et les sites de l’Unesco. Selon l’ONG Global Witness, « le parc de la Salonga abrite près de 40 % de la population mondiale de bonobos, tandis que celui des Virunga constitue un habitat vital pour de nombreuses espèces protégées, les hippopotames, les éléphants et certains des derniers gorilles des montagnes au monde ».

Ce projet intervient quelques mois à peine après une décision de même type prise par les États-Unis le 20 décembre dernier. Le Congrès américain autorisait alors l’exploration pétrolière dans l’Arctic National Wildlife refuge, l’une des plus vastes réserves naturelles d’Alaska (78 000 km2), près de 40 après son classement en 1980. Ici aussi, c’est la promesse de l’or noir qui a guidé la chambre : on estime que le sous-sol de cette région recèlerait environ 7,7 milliards de barils de pétrole. Désormais se sont 6 070 km2 de la plaine côtière qui pourraient bien voir arrivés les immenses foreuses. Le ton est donné : pour perpétuer notre modèle économique global, il faudra sacrifier jusqu’au dernier espace naturel, officiellement protégé ou non.

Bakken Play

Pressions sur le marché du brut

La convoitise pour l’or noir s’explique par la raréfaction globale de la ressource (qui se matérialise notamment par la baisse du taux de retour énergétique) et les tensions nationales ou internationales dans certains pays ou régions producteurs, notamment au Venezuela et en Iran. Entre 2017 et 2018, les cours du brut ont augmenté de 45 %, passant de 45 à 80 dollars, faisant même planer les craintes d’une nouvelle crise économique globale, comme en témoigne une note de la banque Natixis. Rappelons que la consommation mondiale de pétrole représente 97,4 millions de barils de brut par jour.

Dans ce contexte, et alors que le pétrole est toujours le principal moteur de l’économie mondiale, il n’est pas étonnant de voir certains pays redoubler d’efforts pour assurer leur approvisionnement, oubliant la menace climatique au profit d’intérêts économiques de très court terme. En dépit des multiples alertes des scientifiques et bien que les énergies renouvelables se développent, non sans effets secondaires, les émissions de gaz à effet de serre continuent de progresser. Le dernier rapport de l’agence internationale de l’énergie est d’ailleurs bien sombre. D’ici 2040, les émissions de gaz à effet de serre devraient augmenter de 5 % et la demande en énergie devrait faire un bond en avant de 30 % sur la même période. Des perspectives particulièrement inquiétantes pour l’environnement. Mais, en dépit de la situation, il n’est pas l’heure de baisser les bras pour les militants écologistes.

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