« Vendredi noir » importé des US, le mot semble dans toutes les bouches depuis quelques jours, alors que de nombreux consommateurs s’apprêtent ce 24 novembre à se ruer dans les magasins et sur les sites de ventes en ligne. Tous ? Non, certains résistent à la frénésie collective. Magasins, associations, et citoyen.ne.s proposent désormais une conduite alternative, pour s’opposer à ce qui ressemble de plus en plus à une orgie matérialiste collective incohérente avec la crise écologique globale : la résistance s’organise.

Ne vous inquiétez pas, les grandes enseignes de ventes vont bien ! À l’occasion de l’édition 2017 du Vendredi Noir, la Fédération du e-commerce et de la vente à distance s’attend même à de nouveaux records historiques de ventes. Alors qu’il y a à peine quelques jours, les médias relayaient en cœur l’appel des 15 000 scientifiques à protéger notre planète au bord de l’effondrement, il semblerait que cette réalité là ait été vite oubliée, obnubilée par les « juteuses affaires » que nous pouvons faire ce week-end, même si nous n’avons pas vraiment de besoin immédiat. Dissonance cognitive, quand tu nous tiens…

Une phénomène nouveau en France

Toujours plus de quantité, toujours moins cher : à entendre les commentaires et observer les comportements de certains, ce serait le Graal du bonheur sur terre. Pourtant, alors que les consommateurs peuvent avoir le sentiment de faire de bonnes affaires sur l’étiquette, en achetant des produits à « prix cassés », le « Vendredi noir » n’est en réalité qu’une face d’une même médaille : les enseignes surfent en effet sur le buzz pour réaliser des bénéfices records et faire tourner la machine à produire mondialisée. En 2016, les Français ont dépensé 735 millions d’euros en ligne et 4,3 milliards d’euros en magasin en quelques heures à l’occasion du Black Friday et du Cyber-Monday. Pendant ce temps, les Américains dépensaient l’équivalent de 41 milliards d’euros, près de dix fois plus. En France, alors que les commerces sont de plus en plus nombreux à suivre la mode américaine, c’est bien le consommateur qui se fait avoir, poussé à acheter toujours plus de biens matériels, bien en delà de ses besoins et même de ses véritables envies.

Ce n’est pourtant que récemment que le phénomène a traversé l’Atlantique pour se transformer en rituel en France, où il ne fait sa première apparition qu’en 2013. Aux États-Unis, le Black Friday existe depuis plus 50 ans déjà et marque, après Thanksgiving, le début de la saison des achats de fin d’année. La première utilisation de l’expression remonte à 1960. La culture du « toujours plus » traversant aisément les frontières, c’est désormais ici en France que les commerces multiplient les artifices commerciaux et les incitations psychologiques pour convaincre les consommateurs. Particulièrement paradoxal, dans un pays réputé pour son conservatisme, de voir une population s’aligner si facilement avec une culture de la consommation qui n’est pas la sienne, participant volontiers non seulement au désastre écologique lié à nos modes de vie occidentaux, mais également au dépérissement des commerces locaux au profit du tout industriel…

Peinture de Patrick McGrath

Quand une enseigne française décide de fermer ses portes au Black Friday

Si les scientifiques nous disent depuis longtemps que « stop, la fête est finie », le consommateur, avec l’aide des grandes enseignes, est bien décidé à continuer de danser jusqu’au petit jour, quoi qu’il en coute pour les générations futures. Tous ? Pas tous. Vecteurs d’une pensée alternative qui ne fait pas des besoins matériels le centre de nos vies, d’autres s’organisent pour résister au phénomène aliénant.

Par exemple, La Camif, site de vente en ligne de meubles fabriqués en France, lance l’opération #ondonnetout pour promouvoir les modes de consommation alternatifs et plus respectueux. Pour l’enseigne, qui a décidé de manière très symbolique de fermer ses ventes ce vendredi 24 novembre, l’objectif de cette action est de « sensibiliser les consommateurs aux limites de la consommation de masse, les guider vers des voies plus respectueuses des Hommes et de l’environnement en leur montrant par l’exemple, les alternatives existantes ». C’est également l’occasion de promouvoir une économie circulaire, autour de la « règle des 5R » : refuser, réduire, réutiliser, réparer, recycler.

Ce vendredi, la Camif propose ainsi à ses salariés de s’engager de manière utile : à la Maison du Zéro Déchet à Paris, pour lutter contre le gaspillage, chez Emmaüs Défi, pour aider à la réinsertion et donner une seconde vie aux meubles, dans une ressourcerie pour développer l’économie circulaire ; chez ENVIE à Angers, association d’insertion spécialisée sur la collecte, le traitement, la réparation et le recyclage d’appareils électroménager. Histoire de rappeler qu’on manque pas d’alternatives, mais bien de courage et de volonté, sans doute d’organisation aussi…

Même son de cloche à la Maison du zéro déchet à Paris, où une journée « de résistance à la surconsommation » est organisée. Ici, il s’agit non seulement de mieux consommer mais aussi de moins consommer en fonction de ses besoins réels et de prendre conscience des conséquences sociales et environnementales de nos comportements individuels et collectifs. C’est aussi entrer en résistance contre les techniques marketing qui nous incitent à nous sentir dans l’insatisfaction perpétuelle afin de générer de l’envie là où nous pourrions diriger nos forces et moyens vers de l’utilité à bonheur ajouté. Au programme, plusieurs séances pendant lesquelles les participant.e.s apprendront à réduire leurs emballages en cuisine et à fabriquer leurs propres produits ménagers. Dans le même temps, une action de sensibilisation était organisée sur internet : « Le Black Friday, ce sera sans moi » et, forcément, sans nous aussi. Et on en mourra pas !


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Source : lamaisonduzerodechet.org / camif.fr

Image d’entête : extrait du manga « Puella Magi Madoka Magica«