Issu de matière fossile, en l’occurrence du pétrole, le plastique a envahi notre quotidien depuis les années 1950. Emballages, cuisine, mobiliers, transports, bâtiments, loisirs… Le plastique est partout et près de 300 millions de tonnes s’y ajoutent chaque année dans le monde. Il est tellement répandu qu’il pose aujourd’hui des problèmes à tous les niveaux. Face à l’urgence, plusieurs sociétés se penchent sur ce qui pourrait être le futur du plastique : le bio-plastique, ou plastique bio-sourcé, venant de la nature, pour le meilleur et pour le pire ?

Difficile à recycler à cause de ses composants, le plastique d’origine pétrochimique contient notamment des métaux lourds (mercure) et d’autres additifs toxiques présentant des risques avérés pour la santé. De plus, la fabrication de ce type de résine nécessite la combustion de matières fossiles libérant des gaz à effet de serre. Sans oublier les millions de tonnes de plastiques naviguant à travers les océans de la planète qui mettront des millions d’années à disparaître. À n’en pas douter, le plastique tel que nous le connaissons aujourd’hui participe activement à la crise écologique et il devient urgent de trouver des alternatives viables. C’est pourquoi plusieurs entreprises (notamment françaises ou européennes) ont déjà mis en place des programmes de recherche autour d’un plastique d’origine végétale (biosourcé) et/ou biodégradable. Même robustesse, même souplesse d’utilisation, ce plastique « vert » offrirait des possibilités proches de celui que nous connaissons aujourd’hui, les problématiques en moins.

Différents processus sont à l’essai pour réussir à créer une résine plastique d’origine végétale viable, souvent à base d’amidon et de fibres végétales : maïs, blé, patate douce, amidon de pomme de terre (voir vidéo ci-dessous) mais aussi plus original comme la canne à sucre, l’eucalyptus ou les déchets verts. Autant de matériaux durables qui permettraient de se détourner peu à peu des ressources fossiles limitées et polluantes. Ces processus ont abouti à la création de deux nouveaux types de plastiques : le PE, PET ou PVC dont les structures sont identiques à celles du plastique pétrochimique, et le PA et PHA dont les structures innovantes présentent de meilleurs intérêts environnementaux, technologiques et économiques.

Image : Fred Tanneau – AFP via rmc.bfmtv.com

Cependant, le plastique « vert » reste pour l’instant 20 à 30% plus cher que son homologue issu de l’industrie pétrochimique. En cause, le prix des matières et de leur transformation mais aussi le coût de l’investissement et de l’adaptation des outils industriels nécessaires. Une petite différence économique qui empêche un basculement des modes de production. Il pourrait pourtant s’avérer plus attractif sur le long terme grâce aux économies d’échelle engendrées, si on considère l’amenuisement constant des ressources pétrolières, ou si les États se décident à faire supporter le coût des externalités négatives à ceux qui les produisent.

Comme l’explique ce reportage d’Euronews, certains producteurs prennent le risque de se tourner vers le bioplastique dès aujourd’hui. Concrètement, il est question, dans les laboratoires de recherche de l’Université de Pise, en Italie, de créer un bioplastique à partir d’extraits de pomme de terre, de polymères biodégradables et de protéines issues du petit lait (obtenues lors de la fabrication du fromage ou déchet d’autres processus agricoles). Ce mélange permet d’obtenir des granules qui, une fois assimilées, sont coulées en fines pellicules. Ces pellicules de plastique sont ensuite combinées à d’autres matériaux (carton, aluminium…) pour fabriquer un emballage alimentaire traditionnel.

À Mimizan, dans les Landes, des chercheurs ont également réussi à mettre au point un film plastique à base de papiers, de protéines et de déchets agricoles. Ils ont ainsi obtenu un plastique durable et renouvelable qui, à terme, pourrait offrir les mêmes propriétés protectrices et résistantes que le plastique issu de l’industrie pétrochimique. Ces recherches ont aussi permis de mettre au point un processus de recyclage plus simple : les différentes couches de matériaux sont plus faciles à séparer et à transformer. D’autres vont encore plus loin, à l’image d’Algopack, le plastique 100% biodégradable issu d’algues et fabriqué en France. Parlons aussi du Shrillk, ce plastique biologique inventé par des chercheurs de l’Université d’Harvard à base de déchets de crevettes. À n’en pas douter, les solutions existent et se développent rapidement.

Bien que prometteurs, toutes les conséquences de la production de ces nouveaux plastiques ne sont pas encore connues. Il est notamment difficile d’évaluer l’impact environnemental de l’agriculture qu’elle engendre si une telle production se généralise. Par ailleurs, le terme même de « bioplastique » est par définition trompeur. Il suggère un caractère de propreté pour l’environnement. Pourtant, tous les bioplastiques ne sont pas biodégradables. La confusion entre les deux ouvre une porte grand ouverte aux amalgames et à l’écoblanchiment pour les entreprises. Si de nombreuses questions restent encore en suspens, il faudra vraisemblablement faire un compromis avec ce bioplastique pour sortir de la crise écologique, clarifier les différents types existants et surtout modérer sa consommation.

Shrilk


Sources : Ademe / Euronews / Helen Macarthur Foundation / wikipedia.org

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