Face au tourisme de masse débridé qui touche la Thaïlande, Manuel Hubert, un belge, a décidé de faire le pari de la lenteur. Au nord du pays, où il s’est installé avec sa compagne, il construit une ferme qui propose également des chambres d’hôte. L’objectif ? Montrer qu’il est possible de voyager en se libérant des logiques de consommation effrénée et inscrire son projet dans l’économie locale.

Rien ne prédestinait véritablement Manuel Hubert, 38 ans, à s’installer un jour en Thaïlande. Né à Aywaille, en Province de Liège, l’homme a multiplié les expériences professionnelles. D’abord, en tant que salarié dans des entreprises d’électricité, en Belgique puis à Saint-Martin dans les Caraïbes, avant de devenir moniteur de plongée à Phuket – où il rencontre sa compagne, Suwan Misee avec laquelle il continue de vivre – et Bali. Suite à un problème au poumon, il devient soudeur en Australie, mais ne se plaît pas dans le métier. Avec Suwan Misee, qui travaille alors dans une exploitation bio, ils décident de retourner en Thaïlande où ils débutent leur nouveau projet de vie.

Crédit image : Suwan Organic Farmstay
Crédit image : Suwan Organic Farmstay

Une ferme-auberge ouverte sur l’économie locale

C’est au nord de la Thaïlande, entre les villes Udon Thani et Nong khai que le couple s’installe fait construire une ferme, qu’ils nomment « Suwan Organique Farmstay » le tout sur les économies d’une vie. « Nous voulions sortir du système et éviter toute forme d’emprunt », confie Manuel, heureux de pouvoir s’engager dans un projet qui lui permettra, espère-t-il, de gagner en liberté et en autonomie, tout en ayant du sens.

Sur plusieurs hectares de terrain, les deux nouveaux exploitants s’engagent dans la mise en place d’une « ferme-organique » diversifiée. Depuis cinq ans, ils y font pousser du riz, des légumes, des fruits, des herbes et élèvent quelques petits animaux et des poissons. Cette première dimension du projet s’articule avec la mise en place de trois bungalows qui permettent d’accueillir une dizaine d’hôtes en vue de leur faire découvrir les richesses locales mais en mode « slow-tourism » (tourisme lent). Manuel Hubert et Suwan Misee défendent un « projet de proximité hors des sentiers battus et loin des sites touristiques offrant aux amoureux de la Thaïlande un hébergement à la rencontre des locaux et de leur culture ». Inévitablement, le projet se distingue déjà, mais Manuel nous explique qu’il aimerait aller plus loin : aujourd’hui, aidé par sa belle famille, il a engagé un premier salarié et espère créer deux nouveaux emplois dans les prochains mois. Surtout, il espère pouvoir approvisionner prochainement gratuitement l’école locale en nourriture, « pour offrir une nourriture saine aux enfants ».

Crédit image : Suwan Organic Farmstay

La Thaïlande face aux paradoxes du tourisme de masse

Autrefois tristement connue pour le tourisme sexuel qui y est toujours pratiqué, la Thaïlande s’ouvre également à un tourisme de masse étouffant, notamment avec le développement des vols low-cost. Le pays est véritablement submergé par le flot de touristes attirés par la promesse de plages luxuriantes, d’une culture mal-connue et d’une nourriture exotique unique, mais aussi des prix bas particulièrement séduisants des grands hôtels. Bien évidemment, les locaux y voient, du moins en partie, une opportunité pour le développement économique de leur pays. Mais dans une région qui n’est pas prête à accueillir les hordes d’occidentaux et de chinois, les problèmes se multiplient, notamment environnementaux. Sur place, les habitants se voient confrontés à des pollutions importantes : désormais, les plages du pays sont réputées, non pour leur beauté, mais pour les foules qui s’y pressent et les plastiques qui les jonchent. Dans certains lieux, comme la baie Maya, le succès touristique est devenu synonyme d’un désastre écologique.

Bien évidemment, les personnes qui séjournent à la « Suwan Organique Farmstay » sont libres de découvrir certains des joyaux locaux. Parmi eux, nous précise Manuel Hubert, les temples, les montagnes qui offrent des vues uniques sur les paysages alentour, ou encore les lacs. Mais auprès de Manuel Hubert et Suwan Misee, ils peuvent surtout apprendre les métiers de la ferme dans les rizières. Surtout, ils sont invités à prendre leur temps, à ne pas céder à la frénésie de la consommation et à véritablement s’intéresser au mode de vie des habitants sans laisser de trace derrière eux. Face à la demande, le couple accepte d’ailleurs également d’accueillir un ou deux woofers. Manuel Hubert et Suwan Misee y croient fermement, « offrir une véritable alternative au tourisme de masse » est possible.

Crédit image : Suwan Organic Farmstay
Crédit image : Suwan Organic Farmstay

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