Il avait pourtant reçu les félicitations « en grande pompe » du ministre de l’Éducation nationale il y a quelques semaines : Aluisio Cunda Quindai, jeune angolais scolarisé en France depuis deux ans, est une nouvelle fois menacé d’expulsion vers son pays d’origine au motif, selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, qu’il « ne justifie pas d’une intégration notable ». Le jeune homme craint pourtant pour sa vie s’il retourne en Angola.


C’est la troisième obligation de quitter le territoire (OQTF) émise à son encontre en à peine trois ans. Aluisio Cunda Quindai est une énième victime des errances de l’administration française en matière de droits à l’immigration. Au cœur de cette péripétie judiciaire et administrative qui ne semble pas vouloir prendre fin, l’âge du jeune homme, qui affirme être né le 15 novembre 2000 en Angola, acte de naissance à l’appui. Il était mineur au moment d’arriver en France et vient seulement de fêter ses 18 ans le mois dernier. Le problème : pour pouvoir quitter l’Angola – le jeune homme craint des représailles, alors que son frère et sa sœur ont été assassinés, parce que leur père a accidentellement renversé la fille d’un général, selon son témoignage – il utilise un faux passeport, afin de faire croire qu’il est majeur et ainsi sauver sa vie.

Trois obligations de quitter le territoire en trois ans

En 2015, Aluisio Cunda Quindai quitte l’Angola pour la France avec l’aide de sa mère : arrivé dans l’Hexagone, il se présente immédiatement à la police ; son acte de naissance permet de justifier qu’il est mineur. D’abord transféré à Marseille puis à Arles en 2015, où il visite une classe de 4e, il est arrêté par la police des frontières en 2016. Il subit alors un test osseux au terme duquel son âge est estimé entre 17 et 20 ans.

En dépit de toutes les incertitudes liées à ce test souvent décrit comme peu fiable, il est jugé majeur en comparution immédiate et se voit délivrer une OQTF. Mis à la rue, il est accueilli par deux familles arlésiennes. Cette première OQTF prend fin un an plus tard sans que l’administration française ne l’exécute. Mais Aluisio Cunda Quindai est arrêté une nouvelle fois par la police fin août 2018. Une deuxième OQTF est émise par le tribunal et le jeune homme est placé en détention provisoire. Une pétition pour lui venir en aide circule alors et l’histoire émeut une partie de l’opinion publique. D’abord relâché par le juge des libertés, mais assigné à résidence, Aluisio Cunda Quindai voit ensuite l’OQTF levée par le tribunal administratif de Marseille.

Entre temps, Aluisio, qui vient tout juste de fêter ses 18 ans, a été scolarisé, il apprend le Français, visite d’abord le collège puis un lycée professionnel où il suit une formation de géomètre-topographe.

Aluisio félicité par le Ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer

Un élève jugé « exemplaire »

Commence alors une course contre la montre pour demander un titre de séjour. L’entourage récolte plusieurs dizaines de témoignages de personnes ayant côtoyé le jeune homme pour prouver son intégration, notamment ceux de ses enseignants de collège et de lycée. « Tous notent son excellente intégration et ses énormes capacités tant scolaires qu’humaines », nous indique Lucile Luc-Venet, mère de l’une des familles d’accueil. Le dossier est accompagné d’un nouvel acte de naissance. Rien n’y fait, même les images d’Aluisio Cunda Quindaien en compagnie du ministre de l’Éducation nationale qui le félicite pour son engagement auprès de la Croix-Rouge : une nouvelle OQTF est délivrée à son encontre fin novembre. Dans son dossier, la préfecture des Bouches-du-Rhône note que « son intégration dans la société française n’est pas notable ».

Un nouveau recours devrait être déposé sous peu devant le tribunal administratif, levant un temps la possibilité d’expulser le jeune homme, qui pourra tout de même être placé en centre de rétention en dépit de sa formation en cours. « Aluisio ne va pas bien du tout, la situation l’inquiète énormément », nous précise Lucile Luc-Venet qui, comme les autres soutiens, est gagnée par l’incompréhension. « On remplit toujours les mêmes papiers, c’est la troisième fois », commente-t-elle avec l’espoir que l’identité et l’âge d’Aluisio Cunda Quindaien puissent enfin être reconnus. Une nouvelle pétition réclame que des papiers officiels soient remis au jeune homme.


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