« Hommage aux grosses cochonnes » : chanter pour libérer l’agriculture de la folie industrielle

À la fois engagées et pétillantes de légèreté et de bienveillance, les chansons du jeune groupe français « Flavo Ligno » nous entraînent au cœur de la lutte pour une agriculture libérée de ses dérives industrielles. Rencontre avec l’une des chanteuses du groupe, Bénédicte Obri.

Mr Mondialisation : Bonjour Bénédicte, nous avons découvert vos chansons avec beaucoup de plaisir. D’où vient votre nom de groupe, Flavo Ligno ?

Bénédicte Obri : Flavo signifie en latin « jaune, doré » et ligno « bois, noyau, pépin ». C’est petit et plein de vie, d’énergie, de potentiel et d’optimisme ! Ce nom est aussi un clin d’œil aux plantes dont le nom scientifique est latin, et comme vous le constatez dans nos chansons, la nature a une grande importance pour nous.

Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter en quelques mots les membres du groupe et son histoire ?

Bénédicte Obri : J’ai rencontré Lydiane Stater-West, qui est chanteuse, au sein d’une Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne). Lydiane a initié des ateliers de créativité pendant lesquels j’ai présenté l’année dernière trois chansons que j’avais écrites en 2013 et que je souhaitais faire connaître. Elle m’a alors proposé de chanter avec moi une deuxième voix. Notre interprétation a plu à un musicien, Jacques-Alexis Marcon (bassiste et guitariste) qui nous a fait rencontrer un autre musicien, Yves Barto. Ce dernier a mis à notre disposition son studio d’enregistrement et a ajouté des touches de guitare, mandoline et percussions à nos chansons.

Mr Mondialisation : Quel regard portez-vous sur le monde « moderne » dans lequel nous vivons ?

Bénédicte Obri : Le regard que je porte sur le monde dépend de mon humeur du jour. On peut tout y voir, les aspects les plus sombres comme les plus lumineux. La peine et la tristesse m’envahissent parfois mais la joie et l’amour de la vie, des êtres vivants et de la nature restent plus forts. Les actes positifs et respectueux du vivant au quotidien semblent parfois infimes et dérisoires. Mais si tous ces gestes, pensées et actions peuvent aider, soulager quelques souffrances et éviter des désastres même à une échelle infinitésimale, alors autant les faire vivre dans la joie et s’associer aux autres pour nous diriger vers un monde plus respectueux du vivant, de la liberté et de l’esprit critique.

Mr Mondialisation : Ces thématiques sont particulièrement présentes dans vos textes…

Bénédicte Obri : Les textes me viennent spontanément quand quelque chose me tient à cœur. Ensuite, je travaille les sonorités, le rythme du texte puis une mélodie se forme.

La chanson « Nos maraîchers » exprime ma gratitude pour le travail qu’effectuent les maraîcher(e)s bio qui nous nourrissent en respectant la planète. J’éprouve un profond respect pour ces personnes qui exercent un métier éprouvant et gagnent bien peu par rapport au caractère primordial de leur travail : nous nourrir, contribuer à notre santé en nous permettant de manger des produits goûteux et de qualité, aider pour certains à conserver la variété des légumes à notre disposition et participer à la protection de la nature, ou en tout cas, ne pas la dégrader.

Un jour, je me suis rendu compte de l’ampleur de leur labeur en allant désherber de longues planches de persil pour aider un maraîcher bio. Ce qui représentait pour lui des heures voire des jours de travail, n’était qu’un passage rapide avec un herbicide pour son confrère ou sa consœur en agriculture conventionnelle. La même semaine, j’ai vu le documentaire « Les moissons du futur » de Marie-Monique Robin et j’ai mieux compris que le prix des produits issus de l’agriculture conventionnelle ne prenait pas en compte les coûts énormes engendrés par les conséquences nocives de cette agriculture. C’est ainsi que les paroles de « Nos maraîchers » sont nées.

« Fin de la ronde dupe » décrit les effets néfastes du Roundup et autres substances similaires d’une part, avec le cercle vicieux qui s’ensuit quand on détruit la chaîne alimentaire et, d’autre part, la possibilité de chacun d’agir à son niveau. La chanson s’inspire aussi du mouvement très enthousiasmant des « Incroyables Comestibles » qui a démarré dans la ville de Todmorden en Angleterre et qui se répand dans de nombreuses régions et pays. Pourquoi en effet ne pas planter partout dans les espaces publics et les haies, des arbres fruitiers, des plantes aromatiques et des légumes dont les récoltes seraient accessibles à tous ? C’est ce que font les Incroyables Comestibles.

« Hommage aux grosses cochonnes » est une chanson qui me tient particulièrement à cœur car la condition animale fait partie des sujets qui me touchent beaucoup. Cette chanson évoque la prise de conscience d’un consommateur des conditions de vie des truies en élevage intensif et son changement de regard sur ces animaux qui deviennent peu à peu à ses yeux des êtres sensibles.

Concernant les accompagnements, pour chacune de ces chansons, la deuxième voix a été improvisée par Lydiane lors de nos répétitions. Ensuite, durant l’enregistrement, elle a également improvisé les solos d' »Hommage aux grosses cochonnes » et les chœurs des deux autres chansons.

S’agissant de l’instrumentation, Jacques-Alexis a composé les parties de basse, de guitares électriques et acoustiques. Puis Yves, dans son studio d’enregistrement, a ajouté les parties de percussions, de mandoline et une autre partie de guitare sur « Hommage aux grosses cochonnes ». Nous avons donc composé la musique assez indépendamment les uns les autres, chacun créant sa partie librement en fonction de la mélodie.

Mr Mondialisation : Malgré la gravité des thèmes que vous abordez, vos textes et musiques conservent couleurs, poésie, joie et même de la légèreté. Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Bénédicte Obri : Les textes ont été écrits spontanément suite à des prises de conscience à la fois tristes et joyeuses sur des aspects de notre société. J’ai beaucoup écouté Georges Brassens qui a si bien su unir légèreté et gravité dans ses chansons. J’aime aussi particulièrement les chansons qui donnent envie de bouger et de danser même lorsqu’elles abordent des sujets graves. Dans cet esprit, j’ai envie de citer des chansons que j’aime beaucoup de Bernard Lavilliers: « L’exilé », « Angola », « Les mains d’or ».

Par ailleurs, je pense que l’humour, la caricature ou un côté décalé, peuvent permettre de faire passer des messages sur des sujets tristes sans être trop démoralisants, dans une société où l’on est abreuvé de nouvelles négatives et où chacun a ses soucis et son quotidien à gérer. Un ton catastrophique peut en décourager certains, la joie et les propositions d’alternatives peuvent aussi aider à des prises de conscience et donner envie d’aller dans une autre direction.

Concernant la musique, j’ai composé les mélodies et ce sont mes camarades qui ont contribué à accentuer le côté léger et parfois joyeux des chansons. Les illustrations des clips contribuent aussi beaucoup à orienter l’ambiance. Elles auraient pu accentuer le côté sombre, voire dramatique, des thèmes abordés alors qu’au contraire, nous avons choisi qu’elles l’atténuent. Les peintures et les photos ont été réalisées par des personnes participant aux ateliers de créativité que j’ai évoqués (Lydie Fièvre pour la peinture et Maggie pour les photos) et par une fille de notre entourage, Léonie, qui a 10 ans et à qui nous avons laissé carte blanche pour ses aquarelles.

Mr Mondialisation : Pour terminer, parlez-nous un peu de vos futurs projets !

Bénédicte Obri : Le groupe Flavo Ligno est, en fait, né après l’enregistrement des chansons et comprend actuellement Jacques-Alexis et moi-même. Jacques-Alexis est également contrebassiste et violiste. J’aimerais donc beaucoup que nous fassions des chansons avec viole de gambe et contrebasse à l’archet pour expérimenter d’autres sonorités.

J’espère que nous travaillerons à nouveau avec Lydiane et Yves qui ont leur propre univers et projets musicaux. Vous pouvez découvrir le nouveau clip « Merci » de Lydiane Stater-West sur You Tube ou sur notre site. Quant à Yves Barto, il prépare deux albums qui sortiront prochainement avec ses groupes Sweet Criminals (également présent sur You Tube, Facebook et sur notre site) et Bébé Canaille.

De mon côté, j’écris des chansons sur les animaux sauvages, d’élevage et domestiques, toujours à la fois pour dénoncer et célébrer. J’aborde aussi plus globalement les thèmes de la beauté et de la richesse de la nature. Je me réjouis également de continuer à proposer à des artistes et artistes en herbe d’illustrer les clips de nos chansons car partager des univers différents et montrer les talents et les potentiels qui nous entourent m’enthousiasme.

Découvrir le groupe et d’autres vidéos des artistes sur son site ou sur Facebook.

Le groupe Flavo Ligno est basé dans le Maine-et-Loire (49).

Les membres du groupe sont Bénédicte Obri (textes, mélodies, chant) et Jacques-Alexis Marcon (harmonisation, basse, guitares électrique et acoustique). Les chansons ont été enregistrées en collaboration avec Lydiane Stater-West (harmonisation, chant, solos) et Yves Barto (arrangements, percussions, guitare, mandoline)

Illustrations des clips : Léonie (Aquarelle), Lydie Fièvre (peintures), Maggie (photos).


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