La créatrice du fameux burkini met les pieds dans le plat et témoigne de son indignation face à cette polémique stérile. Avec l’affaire burkini, le monde politique français s’est ridiculisé à un niveau international. Mais derrière ce triste « fail » exposant leur manque de recul sur le phénomène marginal, ce sont des femmes qui en subissent aujourd’hui les conséquences concrètes. La créatrice du fameux burkini intervient donc dans ce « non-débat », pour exprimer son indignation, et tirer au clair les raisons qui l’ont poussée à l’invention.

Au départ, une volonté d’émancipation

On aura du mal à l’accuser de patriarcat, ou de vouloir soumettre ses sœurs de religion. L’inventrice du burkini, Aheda Zanetti, une Australienne d’origine libanaise, a eu l’idée de ce vêtement de baignade assez récemment, en 2003.

C’est alors que sa nièce, de confession musulmane, souhaitait intégrer une équipe de netball, que Aheda Zanetti a réalisé qu’il n’existait aucune tenue sportive adaptée au respect du culte pour les femmes musulmanes. Entendez, aucune tenue qui permette à ces femmes de porter le voile tout en bénéficiant de l’aisance de mouvement que requiert la pratique d’une activité sportive. Partant de ce constat, l’Australienne a décidé de remédier au problème, en désignant le tout premier burkini, auquel elle donnera son nom.

Le travail de mise au point a demandé réflexion et recherche. Comme elle le raconte dans une tribune publiée aujourd’hui sur le site du Guardian, Aheda Zanetti avait tout d’abord peur de créer un produit qui ne répondrait pas aux attentes de ses potentiels consommateurs. Elle a donc, comme tout bon marketeur, fait circuler des questionnaires. Le but était notamment de savoir si les femmes oseraient davantage pratiquer des activités extérieures avec ce genre de vêtement. Est ensuite venu le moment de la conception.

Lorsqu’elle relate la période de test, faite au départ dans l’intimité de sa salle de bain, puis dans le grand bain d’une piscine publique, Aheda Zanetti se rappelle du sentiment de victoire et de liberté éprouvés par les femmes. Ce sentiment peut être difficilement concevable pour un occidental, mais pour ces femmes, c’était une étape vers plus de liberté. Il s’agissait pour elles de la première fois où elles étaient libres de nager en public. En accord avec leur croyance, sans avoir à faire de compromis pour plaire à qui que ce soit, excepté elles-mêmes.

burkinii

Une polémique française insensée, menée par le bout du nez par le patriarcat

À la lecture de son histoire personnelle et de la genèse du burkini, on comprend mieux la perplexité et la peine ressentie par son inventrice face à la polémique qui sévit actuellement sur les plages françaises. L’Australienne, pour qui le voile n’est rien d’autre qu’un signe de modestie que chacun peut décider librement de porter ou pas, a inventé le burkini dans un esprit aux antipodes de celui vendu par les détracteurs de l’islam. D’ailleurs, elle le clame dans sa tribune : « La France a mal compris ». Il s’agissait d’offrir aux femmes musulmanes davantage de liberté et de confort qu’actuellement, non pas de les emprisonner davantage dans un dogme.

Attristée par cette pensée réactionnaire, cette musulmane et entrepreneuse ne comprend pas qu’un habit créé pour stimuler « les loisirs, le bonheur, et le plaisir » soit aujourd’hui si décrié. Elle ne comprend pas non plus qu’il puisse être interdit dans un pays qui revendique la liberté comme une de ses valeurs fondatrices. Quelle liberté y a-t-il dans l’interdiction des femmes à porter certaines tenues hors d’une norme ? Le débat semble toujours être habité par les mêmes démons. « [Le burkini] a permis aux femmes de se sentir plus libres, et ils veulent leur retirer cette liberté ? Du coup, qui vaut mieux que l’autre, les Talibans ou les hommes politiques français ? Ils sont aussi néfastes l’un que l’autre ».

Aheda Zanetti pense qu’aucun homme ne devrait pouvoir dire à une femme comment elle doit s’habiller. C’est pourtant ce qui se déroule ici. Elle s’inquiète aussi des causes, et des conséquences de la polémique engagée. « J’espère qu’il ne s’agit pas de racisme », écrit-elle. Dans la sanction, elle voit la possibilité de répercussions négatives pour la nation. « Si vous divisez le pays, que vous n’écoutez pas, et que vous ne travaillez pas à une résolution, il va forcément y avoir des gens en colère. Mettre les gens de côté, les isoler, ça n’est certainement pas une bonne chose à faire, pour quelque politicien que ce soit, dans n’importe quel pays. » Effectivement, on peut considérer que cette stigmatisation souffle sur les braises des frustrations communautaires. Espérons que son message, et que celui des femmes musulmanes, trop peu interrogées par les médias à ce sujet, saura faire écho à la raison des politiques. Ce matin, en France, on comptait déjà 26 communes ayant publié des arrêtés pour interdire le fameux vêtement sur nos plages.


Sources : TheGuardian.com / Burqini.com

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