Des documents vidéos tournés par une association de pêcheurs le 19 mars dernier révèle que Vinci aurait déversé pendant plusieurs mois du béton dans les eaux de la Seine. La multinationale est désormais visée par une plainte pour « abandon de déchet, rejet en eau douce de substance nuisible au poisson et destruction de frayère ». Alors que ce scandale éclate, le géant du BTP aspire, à demi-mots, pouvoir assurer la reconstruction de Notre-Dame de Paris, appelant à une union du secteur français du BTP.

Le groupe de BTP Vinci est une nouvelle fois acculé, cette fois-ci dans une affaire de pollution à Nanterre. Vinci a été contraint d’admettre ce mercredi 24 avril être à l’origine de déversements d’eaux chargées en béton dans la Seine. La multinationale, qui est visée par une enquête, plaide le caractère involontaire de ces rejets. Le groupe assure qu’il s’agit d’un « incident anormal et exceptionnel » et déclare avoir mis fin aux déversements et nettoyé la zone concernée. Le groupe précise également : « après enquête interne, si des responsabilités individuelles venaient à être établies, des sanctions seront prises ».

Le géant du BTP fait donc le choix d’accuser ses propres employés. Néanmoins, constate Europe 1, si « sur place, l’écoulement a bien cessé […] la végétation reste grillée sous le ciment ». Par ailleurs, impossible d’entièrement réparer les dégâts, puisque selon les garde-pêche, il reste au fond de la Seine des mètres cubes de cailloux, sable et résidus de béton accumulés depuis plusieurs mois. Ce sont des images filmées par une association de pêcheurs suivant les eaux polluées depuis le chantier jusqu’à la Seine qui ont permis de révéler ce nouveau scandale et de faire cesser les déversements.

Les rejets ont pour origine une centrale, propriété de Vinci, qui alimente le chantier d’extension du RER E vers l’ouest de la capitale. Selon des premiers éléments relevés par Europe 1, le système de recyclage des eaux de nettoyage aurait été hors service. À la place, une fosse aurait été creusée pour accueillir le ciment à même le sol, avec une rigole dissimulée pour charrier les eaux usées vers la Seine, causant les pollutions visées. La canalisation d’évacuation, qui semble avoir été installée précisément pour se débarrasser des eaux, fait douter certains observateurs du caractère involontaire de la pollution.

Interrogée par la même radio, Sandrine Armirail, directrice de la maison de la pêche et de la nature et présidente de l’AAPPMA 92, pointait que « des centaines de mètres sont pollués ». Elle estime que ces pollutions ont pu commencer en 2018. « Tout est dur, plus rien ne va pousser et plus rien ne va vivre à cet endroit », déplore-t-elle encore. L’AAPPMA 92 a d’ailleurs porté plainte pour « abandon de déchet, rejet en eau douce de substance nuisible au poisson et destruction de frayère ».

Dessin de Lucas Landais pour Mr Mondialisation

Notons que Vinci est régulièrement accusée de s’associer à des projets au mépris de toutes considérations environnementales (pour une liste de certaines des controverses qui concernent la multinationale, l’article de Reporterre ici). L’affaire de l’aéroport de Notre-Dame des Landes en est un cas emblématique. Cette nouvelle affaire pointe de graves dysfonctionnements dans les mécanismes de contrôle interne comme collectif, et de mise en œuvre du chantier en cause. L’enquête permettra-t-elle de mettre de la lumière sur ce qui s’est passé ?


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Sources : europe1.fr / lesechos.fr / francetvinfo.fr

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