Le 8 avril dernier, à 06h00 du matin, Loïc, un jeune « Anonymous » français de 19 ans, était arrêté à son domicile. Son crime, être soupçonné d’avoir participé à des attaques informatiques contre des sites institutionnels dans le but de dénoncer la politique d’enfouissement des déchets nucléaires et le meurtre de Rémi Fraisse. Acculé, il nous dévoile sa personnalité cachée derrière le masque à travers un poème rédigé peu après son arrestation.

Connu sous le pseudonyme de journaliste liberty ou de Boby sur IRC, administrateur de la chaîne Youtube Anonymous France et auteur de nombreuses vidéos contre Monsanto, TAFTA, le génocide au Congo ou encore le barrage de Sivens, ce jeune garçon risque aujourd’hui 10 ans de prison et/ou 150 000 euros d’amende. Un jugement particulièrement attendu car la privation de liberté du jeune homme symboliserait une fois de plus la dérive sécuritaire observée en France, notamment par la criminalisation des mouvements sociaux alternatifs sur internet.

« C’était un mercredi matin, il devait être six heures. Ma petite sœur essaye de me réveiller pour m’avertir qu’on vient de sonner chez nous et que c’est certainement la police qui veut m’arrêter. Mais pas moyen de me réveiller… Les flics entrent dans la chambre, écartent ma petite sœur, et tentent de me réveiller à leur tour. Au même moment, j’entends un grand BOUM, c’est mon père qui, en bas, fait un malaise et tombe par terre. Moi je crois tellement être dans un rêve, un cauchemar plutôt, que… je trouve le moyen de me rendormir. Les flics croient que je fais un malaise aussi. » explique le jeune homme au journal CQFD. Loïc va alors subir neuf interrogatoires de deux et quatre heures chacun.

Hacktiviste dans l’âme (contraction des mots hacker et activiste), il voulait donner un sens positif et engagé à sa vie et à ses actes. Ne pas se limiter aux paroles mais passer à l’action concrète. À ses yeux, à tort ou à raison, quand Anonymous attaque un site internet d’une institution, c’est dans le but de revendiquer une volonté collective de justice écologique et/ou sociale. Alors que tant d’autres hackers bien plus organisés veulent nuire à autrui, voler des informations bancaires ou avoir accès à des données personnelles, eux cherchent à mobiliser et faire réagir les pouvoirs, par exemple, en rendant un site momentanément inaccessible.

Mais derrière le masque de cet Anonymous, que certains tentent d’assimiler grossièrement à de cyber-terroristes, il y a un jeune garçon sortant à peine de l’adolescence, plein de rêves et d’idéaux en tête, amoureux d’écriture et de poésie. Fidèle lecteur de Mr Mondialisation, Boby nous a fait livrer deux de ses poèmes qui révèlent son humanité et sa simplicité. Avec son accord, nous les partageons avec vous.

anonymous

La nuit de l’attente

Dans la nuit de l’attente, qui s’étend sur mes jours,
L’insomnie y enfante, la souffrance au séjour.
Ces minutes, ces semaines, où l’unique pensée,
Est la chute, et la peine, qui seront prononcées.

C’est peut-être la peur, qui effrite mon âme,
Cette crainte qu’en ma fleur, mes pétales ne se fanent.
Est-ce déjà le moment, de libérer mes graines,
Si prématurément, pour que d’autres les reprennent.

Qu’ils attisent ce combat, de garder allumé,
En chacun de nos pas, le flambeau des idées;
Pour éclairer nos ombres, d’où s’élèvent ces grands rois,
Tyrans de la pénombre, qui éteignent notre voix.

Oui, gardons le courage, même si quand on l’éclaire,
Le tyran met en cage, il faut voir la lumière.
Celle qui brille en chacun, à travers les barreaux,
Pour qu’envers son prochain, on ne soit un bourreau.

Je m’efface en l’attente

Sensation si étrange, je me vois disparaître,
Invisible comme l’ange, sans sa joie, sans mon être.
Il n’y a plus la vie, on m’enlève mon combat,
Le futur s’assombrit, oui je crève loin de moi.

Et l’on a pris mes armes, dois-je attendre jugement,
Qui condamnera l’âme, à s’éteindre pour longtemps ?
Restera-t-il des braises, en dessous de mes cendres,
C’est au bord des falaises, que l’on ose se descendre.

Car ici c’est l’argent, qui est roi des justices,
Je ne chante plus ce chant, qui attise les supplices;
Sur ces autres qu’on ignore, comme chacun d’entre nous,
Nous n’avons qu’un seul tort, celui d’être à genoux.

Consommant son prochain, se consume en nous même,
L’espérance d’un destin, sans l’enclume des peines.
Marteau de l’ignorance, vient enfoncer le clou,
De nos fausses connaissances, qui nous rendent aussi fous.

Fous de croire que l’on est, plus important que lui,
Lui qui marche à côté, que l’on croise dans la nuit.
Nuit qui gagne nos cœurs, sur l’ardoise de nos vies,
Où s’efface l’ardeur, d’y laisser notre écrit.


L’opération #OpGPII tourne mal

C’est son implication dans l’#OpGPII contre les Grands Projets Inutiles Imposés (vidéo ci-dessous) qui a motivé son arrestation par 7 agents de la DGSI ainsi que celle d’un autre Anonymous âgé de 40 ans et d’une autre personne à Nantes plus tard (source). L’opération d’Anonymous visait plusieurs projets industriels portés par le gouvernement français (Notre-Dame-Des-Landes, Sivens, Roybon, Bure…), largement contestés en raison de leurs déficits démocratiques, de l’utilisation massive de fonds publics, ainsi que pour leurs impacts environnementaux, souvent négligés ou tout simplement ignorés en dépit des rapports de spécialistes.

Mais les accusations contre le jeune garçon portent plus essentiellement sur les attaques informatiques réalisées pour protester contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure. Attaques qui ont touché plusieurs sites de L’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs), ainsi que le conseil général de la Meuse et le conseil régional de la Lorraine en décembre dernier.

La motivation des Anonymous à s’engager sur le sujet de Bure est avant tout citoyenne, à en juger par leurs communiqués et revendications postés avant et après leurs attaques. Ils mettent notamment en avant une initiative citoyenne des habitants meusiens qui demandaient, à travers une pétition en 2006 qui avait réuni près de 60 000 signatures (sortirdunucleaire.org), la réalisation d’un référendum local autour de ce projet. Pétition que Christian Namy (le président du conseil général de la Meuse) avait ignoré à l’époque.

La liberté d’expression sur internet, jusqu’où ?

Les attaques informatiques menées contre ce projet d’enfouissement de déchets nucléaires ont été réalisées sous la forme de DDOS  (Attaque par Déni de Service). Cette attaque consiste à envoyer un grand nombre de requêtes à un serveur internet pour le saturer temporairement (un peu comme une manifestation dans la rue, ou un blocus dans une université). Un moyen d’action relativement « soft » malgré tout réprimé par l’art 323-1 du code pénal.

Plus surprenant, l’Anonymous de 19 ans n’est pas accusé d’avoir réalisé ces attaques mais d’avoir participé à l’organisation de l’opération, fait réprimé par l’art 323-4 du code pénal. En outre, le parquet a retenu la circonstance aggravante car les faits auraient été commis en « bande organisée », ce qui double la peine encourue. Elle se totaliserait donc à 10 ans de prison et 150 000 € d’amende pour de la « simple » communication sur internet (et réalisation de vidéos). Dès lors une question se pose : les sites qui parlent des opérations d’Anonymous sont-ils sujets à des poursuites ? Par corolaire, doit-on s’auto-censurer en tant qu’utilisateurs, blogueurs et journalistes de soutenir ces actions ?

Le jugement initialement prévu le 9 juin à la cité judiciaire de Nancy a fait l’objet d’un renvoi par l’avocat du jeune anonyme. Pour le moment, la nouvelle date du jugement est inconnue. Le collectif BureStop organisera très probablement une manifestation de soutien devant la cité judiciaire. Nous vous tiendrons informé de toute information relative à cette mobilisation de soutien.

MAJ – 11 juin 2015 : Le jugement a été reporté au 9 novembre à 9 h à la cité judiciaire de Nancy. À 4 jours près, on manquait une date très symbolique… On s’attend à une forte mobilisation pour défendre le jeune homme.

MAJ – 3 octobre 2015 : Le réseau Anonymous lance un appel à la mobilisation en faveur des 3 anonymous : Seamymsg, ErCun et Loïc (Boby) : « Appel à la mobilisation générale. Ne laissons pas nos luttes mourir aux portes des banques et des palais d’injustice ! Soyons solidaires avec celles et ceux qui se battent pour un monde plus juste, en leur montrant qu’ils ne sont pas seuls. Le temps est venu de prendre nos responsabilités. Le temps est venu de penser librement sans se soucier du regard des autres. » exprime le communiqué qui précise : « Ceci est un appel à se rassembler devant le tribunal correctionnel de Nancy le 9 novembre à 9 heures. » (source)

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Crédit : Tangi Bertin


Sources : Interview de Boby réalisée par l’équipe Mr Mondialisation / reporterre.net / france3-regions.francetvinfo.fr / cqfd-journal.org

L’historique des revendications des Anonymous sur Pastebin

http://pastebin.com/stZPcx7Q

http://pastebin.com/9pZMdaG2

http://pastebin.com/ExMqFmsd

http://pastebin.com/xx9hfJGe

http://pastebin.com/cvpx2kP2

L’historique des articles de l’est républicain (depuis décembre) :

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/12/12/le-site-internet-de-la-meuse-pirate-par-anonymous

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/12/12/meuse-anonymous-repond-a-christian-namy

http://www.estrepublicain.fr/fil-info/2014/12/15/bure-le-defi-des-anonymous-aux-politiques

http://www.estrepublicain.fr/environnement/2014/12/24/meuse-nouvelle-cyberattaque-des-anonymous

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/12/18/le-conseil-general-a-porte-plainte

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/12/29/nouvelle-attaque-d-anonymous-sur-le-site-du-conseil-general-de-la-meuse

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2015/04/11/nancy-deux-anonymous-demasques-et-arretes

Interview de Boby par France 2

https://vimeo.com/130491271