Alors que les scandales secouant la chasse à courre ne cessent de se multiplier, la vénerie sous terre demeure encore peu connue du grand public, bien qu’elle soit aussi baignée de barbarie. Afin d’exposer le sadisme qui domine ce milieu, One Voice diffuse aujourd’hui le compte rendu de son infiltration chez les chasseurs de blaireaux à l’ouverture de la saison passée. Face à des images qui suscitent la nausée, l’association de protection animale lance également une campagne afin de faire interdire cette pratique inutile et cruelle qui n’a aucunement sa place dans une société se voulant évoluée (pour signer la pétition, rendez-vous sur cette page). Le blaireau – cet être discret et essentiel à la biodiversité – est une espèce protégée dans la majorité des pays européens. À l’heure où l’humain a d’ores et déjà ôté quasiment tout droit à la vie sauvage, il est plus que temps de mettre un frein à l’omnipotence du lobby des chasseurs qui continue de défendre éhontément ces pratiques abjectes.

La chasse et son manque d’encadrement n’ont pas fini de secouer l’opinion publique qui  semble devenir chaque jour plus défavorable, voire hostile aux pratiques dites « traditionnelles » de ce milieu. Pourtant, de nombreuses méthodes frôlant le summum du sadisme continuent de subsister. Parmi elles, la vénerie sous terre qui consiste à traquer des animaux jusque dans leurs terriers et les abattre après leur avoir fait subir d’épouvantables souffrances, aussi bien physiques que psychologiques. Une partie de chasse qui dure plusieurs heures et qui inflige un stress inqualifiable à l’animal alors que celui-ci tente par tous les moyens de survivre et de protéger les siens.

Crédit : One Voice

Ce type de chasse, dont la saison commence mi-mai (juste après la période de reproduction, précisons-le) et dure huit mois, vise notamment les blaireaux et les renards. En mai 2019, des membres de l’association One Voice ont fait preuve de bravoure en s’infiltrant discrètement dans le milieu très fermé du déterrage des blaireaux afin de pouvoir enquêter sur cette pratique et rendre publics les résultats de leur enquête (voir l’article publié par One Voice « Chasse des blaireaux : l’enfer sous terre ») : des images insoutenables, symboles d’une cruauté inqualifiable, pourtant parfaitement admissible dans le domaine de la chasse.

La vénerie sous terre est tout fait légale sur le territoire français, bien que ses opposants se multiplient, à raison. « Nous sommes révoltés de ce qui va s’abattre sur les terriers en pleine nature. » déclare Muriel Arnal, présidente et fondatrice de One Voice, ajoutant que « cette pratique sadique – n’ayons pas peur des mots – doit être abolie et les blaireaux protégés comme c’est le cas dans la plupart des pays d’Europe. Ces animaux discrets sont des architectes et bâtisseurs hors pair, très loin de l’image que donne leur nom dans le langage populaire, qui doit évoluer avec les connaissances scientifiques au sujet des animaux. »

Qui plus est, ces images qui font froid dans le dos exposent qu’en France, en 2020, n’importe quel imbécile alcoolique et sanguinaire peut aisément accéder au permis de tuer des animaux sauvages. N’y a-t-il pas là un réel problème sociétal ?

Une cruauté sans nom

Face à une famille (dont des membres viennent à peine de naître) dormant paisiblement dans son terrier, des chasseurs alcoolisés se munissent de tous types d’outils, d’armes et de chiens pour procéder à la pire des abominations. Il s’agit de creuser, de boucher les issues (pour ôter aux animaux toute possibilité de s’échapper), de traquer, de déterrer et de tuer sans une once de pitié. Pendant plusieurs heures, les blaireaux sont poursuivis par les chiens, subissant un stress monstrueux et des morsures à répétition (pourtant, l’article 3 de l’arrêté du 18 mars 1982 relatif à l’exercice de la vénerie interdit « d’exposer un animal pris aux abois ou à la morsure des chiens avant sa mise à mort. »). Les blaireautins, en raison de leur fragilité, sont parfois même déchiquetés vivants. Les chiens eux mêmes sont souvent blessés en retour par des morsures.

Crédit : One Voice

S’en suit une extraction des animaux par le biais de pinces en métal et une mise à mort – s’ils n’ont pas été achevés pas les chiens – à l’aide d’une arme blanche ou d’un fusil. Les éventuels survivants finiront éventuellement asphyxiés dans leur propre terrier, n’ayant aucun moyen de s’enfuir. Les pratiquants de ce type de chasse, non contents de faire subir une torture atroce aux animaux chassés, ne semblent pas non plus sourciller quand il s’agit de maltraiter leurs propres chiens dans le but de satisfaire leur apparente soif de sang. Sur les vidéos, les chasseurs sont en effet déchaînés et surexcités à l’idée de tuer un maximum de bêtes, une bière à la main pour certains.

Un chien a été blessé à l’oreille. Crédit : One Voice

Bien qu’il s’agisse d’une espèce protégée dans la plupart des pays européens, en France, 22 000 blaireaux sont tués chaque année alors qu’ils ne sont même pas classés comme étant nuisibles. Le territoire français compte environ 40 000 pratiquants de la vénerie sous terre, accompagnés de 70 000 chiens. Selon la charte de l’Association française des équipages de vénerie sous terre (AFEVST), les objectifs des chasseurs sous terre incluraient de « veiller à ce que le prélèvement des animaux déterrés soit respectueux des équilibres naturels » mais aussi de « participer aux travaux et aux recherches relatifs aux mustélidés ». Mais quand on voit l’allure que prennent ces pratiques sur le terrain, il semble impensable que le mot « respect » puisse les qualifier d’une quelconque façon. D’autre part, la vénerie sous terre n’a jamais conduit à une quelconque étude sur les blaireaux.

Pourtant, si l’on prend le temps de s’intéresser à ces mustélidés, on se rend compte qu’ils sont bien loin de satisfaire les stéréotypes qu’on peut leur faire porter. Animaux nocturnes et crépusculaires, ils se font généralement très discrets et leur alimentation se constitue principalement d’insectes, d’amphibiens, de rongeurs, de vers de terre, de champignons et de tubercules. Organisés en clans familiaux, les blaireaux entretiennent des liens sociaux riches et complexes. Privilégiant les endroits à l’abri des activités humaines, ils creusent eux-mêmes leurs terriers en établissant des structures sophistiquées et soucieuses du confort et de l’hygiène des occupants, qui pourront ensuite être utilisées sur de nombreuses générations et réaménagées selon les besoins. Les cavités inhabitées par les blaireaux sont souvent un refuge pour d’autres animaux sauvages.

« Premiers écologistes de France », vraiment ?

L’Aspas, (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) demande également depuis longtemps l’interdiction de la pratique cruelle qu’est le déterrage. Selon l’ONG, la vénerie sous terre n’impacte pas seulement les populations d’animaux chassés mais également des espèces protégées telles que le chat forestier, la chauve-souris ou la loutre qui établissent souvent résidence dans les terriers aux nombreuses cavités construits par les blaireaux. Lors de ces parties de chasse, les chiens sont ainsi « susceptibles de déranger, blesser et tuer ces animaux sans aucun contrôle par les chasseurs qui n’en ont même pas connaissance. » D’autre part, les dégâts dont sont accusés les blaireaux seraient loin d’être aussi colossaux que l’on croit (souvent imputables aux sangliers) et il existe des mesures faciles à mettre en place afin de protéger les cultures. En sachant que c’est l’humain qui empiète toujours plus sur la vie sauvage, ne serait-il pas plus logique qu’il tente de s’adapter à son environnement plutôt que de chercher à détruire tout ce qui le dérange ? Apogée de l’aberration : les dégâts provoqués par les chasseurs déterreurs, aussi bien sur la faune que sur la flore, sont largement plus conséquents que ceux causés par les blaireaux.

Selon l’Aspas, en pratiquant la chasse des blaireaux sans connaître au préalable leurs effectifs, la France transgresse la convention de Berne. Il en va de même pour le Code de l’environnement dont l’article L. 424-10 stipule qu’il est « interdit de détruire, d’enlever, de vendre, d’acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d’occasionner des dégâts. » En sachant tout cela, il est difficile de trouver une quelconque logique à la vénerie sous terre si ce n’est de satisfaire une soif de domination et de violence.

De manière générale, les fervents défenseurs de la chasse sous toutes ses formes mettent en avant l’argument fallacieux de la régulation pour leurs pratiques plus que douteuses. Pourtant, ce prétexte est loin de tenir la route quand on sait que la nature a la faculté de se réguler toute seule, si l’être humain n’y met pas son grain de sel par la destruction des espaces verts et des prédateurs qui régulent les espèces dites « invasives ».

Rappelons ici qu’en dépit de son désir de dompter son environnement et de le modifier à sa guise, l’homme n’est pas un prédateur à proprement parler. L’être humain est un primate qui, par son « intelligence supérieure », parvient à causer des dommages, souvent irréversibles, aux écosystèmes sur lesquels il décide d’apposer son empreinte. Par ailleurs, le motif fallacieux de la régulation est d’autant moins crédible que l’on sait qu’en France, une pratique courante du monde de la chasse consiste à importer et/ou élever des animaux tels que les sangliers ou les perdrix puis, les relâcher dans la nature dans le simple but de les abattre. De quel degré de malhonnêteté faut-il faire preuve pour pouvoir parler d’une quelconque régulation ?

Mettre fin à cette abomination

L’exemple du canton de Genève, où la chasse est interdite depuis 44 ans, montre qu’il est plus facile de se passer de ce « loisir » sans perturber le biotope, que du contraire. Cette interdiction, à laquelle l’opinion publique est toujours favorable, est un souffle d’air frais pour la biodiversité et permet évidemment à la faune et à la flore de prospérer. En France, la chasse telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne représente pas seulement un désastre écologique mais également un danger pour les citoyens face à la récurrence effrayante d’accidents qui font des victimes humaines chaque année (sans même parler des nombreuses intimidations perpétrées dans le simple but d’étendre toujours plus les territoires de chasse). Des citoyens terrorisés, craignant pour leur vie et celle de leurs animaux domestiques, face à un lobby des chasseurs qui ne cesse de gagner en puissance au vu de décisions politiques toujours plus complaisantes à leur sujet.

Selon un sondage d’Ipsos datant de 2018, la chasse telle qu’elle est aujourd’hui n’a plus sa place auprès de la population française. La chasse à courre est particulièrement rejetée et 83 % des citoyens sont favorables à l’interdiction de la vénerie sous terre en sachant que 73 % d’entre eux n’imaginaient même pas que celle-ci pouvait encore exister. Persécuter des êtres innocents dans le but de « s’amuser » et terroriser la population font, semble-t-il, partie intégrante des doctrines régissant le monde de la chasse.

D’aucuns diront que les vidéos présentées par One Voice constituent un cas isolé et qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, que la chasse ne se résume pas à de telles pratiques sadiques. Cependant, les chasseurs eux-mêmes ne se bousculent pas pour dénoncer ces méthodes abjectes et faire évoluer le milieu. La multiplication de révélations choquantes sur les méthodes employées dans le milieu de la chasse semble les laisser indifférents. On peut ainsi comprendre d’où viendrait une telle généralisation face à un domaine qui ne veut pas évoluer et fait front commun pour se maintenir. Le manque d’encadrement de ces pratiques emplies d’une cruauté sans limite fait froid dans le dos et a de quoi révolter toute personne ayant un minimum de conscience. Alors, que peut-on faire aujourd’hui face à un système qui ne cesse d’encourager la destruction organisée du vivant ?

J.M.

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