La mise en place d’un système d’un système de reconnaissance faciale « intelligent » en Chine avait fait l’objet de nombreuses critiques et inquiétudes l’année passée partout dans le monde. Selon « TV5 Monde », l’État français envisage de déployer à son tour des caméras de surveillance dotées d’une technologie similaire. Les intelligences artificielles (IA) qui disposent d’un système de reconnaissance faciale automatisé peuvent repérer, localiser et suivre bien plus rapidement des individus dans la rue que si la recherche avait été effectuée par des humains. Moins de liberté pour plus de sécurité ? Le ton est donné.

Un nouveau pas sera-t-il bientôt franchi en matière de surveillance des citoyens et des citoyennes au sein de l’espace public ? C’est en tout cas ce que suggère un article publié par « TV5 Monde » ce 9 juin. D’après la chaîne d’informations, « le modèle chinois de contrôle et surveillance de la population par des caméras et des algorithmes d’identification des personnes semble inspirer le gouvernement et l’administration française qui lance des expérimentations et des partenariats. »

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Gérard Collomb annonce la couleur

Et pour cause, les propos récents du Ministre de l’intérieur Gérard Collomb ne laissent que peu de place au doute : la France souhaite développer un peu plus son réseau de caméras de surveillance et exploiter les possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Ces derniers mois, comme le rapporte « TV5 Monde », le Ministre de l’intérieur a multiplié les déclarations en ce sens. Il indiquait ainsi récemment que « les services de l’Etat vont analyser les données avec de l’intelligence artificielle pour être encore plus efficaces, avec une expérimentation déjà lancée dans onze départements. » Il y a quelques jours, c’est dans le journal La Croix qu’il réaffirmait cette volonté : « en matière d’exploitation des images et d’identification des personnes, on a encore une grande marge de progression. L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre« .

Par ailleurs, le CNRS vient de signer une convention avec la Direction du renseignement militaire concernant l’IA. Officiellement, à ce jour, les recherches sur la reconnaissance automatique d’image concernent les opérations militaires. Pourtant, « il n’est pas interdit de penser que ces recherches publiques seront utilisées aussi pour du renseignement intérieur ou de l’investigation policière » note « TV5 Monde ».

Faut-il s’inquiéter de ces évolutions ? Pour y répondre, on constatera que, comme en ce qui concerne les libertés sur internet, le Gouvernement utilise l’argument de la sécurité de la population pour justifier l’usage de technologies de plus en plus intrusives dans la vie privée et qui permettent de cibler de manière croissante les individus. Malheureusement, si la technologie elle même peut sembler inoffensive, elle l’est moins à travers le prisme des différentes idéologies politiques qui en ont (ou auront demain) le contrôle.

Surveillance

En Chine, le plus vaste système de vidéo-surveillance au monde

Dans le monde, les systèmes de surveillance intelligents ne sont plus de l’ordre du roman de science-fiction. La Chine, pays pionnier en la matière, dispose aujourd’hui de 176 millions de caméra, un chiffre qui pourrait atteindre les 626 millions d’unités d’ici 2020 !  20 000 des caméras en place sont d’ores et déjà capables d’analyser les visages des passants. Ces intelligences artificielles de reconnaissance d’image servent notamment à payer « automatiquement » dans des magasins, mais associées aux bases de données que le Ministère de la sécurité publique est en train de monter, elles permettent de suivre, presque en temps réel, les mouvements de plusieurs dizaines de millions d’individus, qu’ils soient criminels, activistes ou simples citoyens. Ces dispositifs ne concernent pas seulement les grandes villes, mais aussi des endroits plus reculés du pays dans lesquels vivent des communautés minoritaires comme les Tibétains ou les Ouïghours et contre lesquelles l’État mène des politiques répressives.

Bien évidemment, nous n’en sommes pas encore à ce stade en France. Mais la boite de pandore pourrait prochainement être ouverte. Les gouvernements successifs ont déjà manifesté leur volonté de contrôler de près les mouvements sociaux localisés dans le but de les empêcher de grossir (derniers exemples en date, la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes ou encore les assignations à résidence d’écologistes pendant la Cop21 de 2015). Gérard Collomb ne s’en cache d’ailleurs pas, il espère pouvoir mettre à disposition de la police de nouveaux moyens pour agir en amont des manifestations : « Les services ont identifié certains meneurs, il y a aussi sûrement de petits groupes assez structurés derrière eux, et il faudrait pouvoir agir en prévention ». Des propos qui, associés aux technologies de plus en plus puissantes, laissent entrevoir un inquiétant mélange entre Minority Report et 1984. Une dérive sécuritaire qu’associations et citoyens devront, à leur tour, surveiller de très près…

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