Vilcabamba, Équateur. Une petite ville de 4800 habitants, nichée à 1700 mètres d’altitude, entre les montagnes luxuriantes de la Cordillère des Andes. Ici règne un « demi-mystère » : pourquoi les habitants vivent plus longtemps qu’ailleurs, dit-on. Pourquoi tant de centenaires ?

C’est un article de National Geographic de janvier 1973 qui attire la première fois l’attention sur ce phénomène singulier. Le docteur Alexander Leaf constate une longévité exceptionnelle dans cette petite vallée équatorienne : 10 fois plus de centenaires ici que dans les pays occidentaux ! Sa publication fait sensation à l’époque avec des conséquences inattendues, Vilcabamba devient vite le refuge de curieux et touristes en quête de bien-être et de jeunesse éternelle. Même si ces observations seront critiquées et remises en cause par d’autres chercheurs, la ville se transforme sous l’effet du buzz en un véritable laboratoire de gérontologie pour les chercheurs et curieux du monde entier.

Mais, loin des débats chiffrés sur l’espérance de vie, il est vrai que les habitants de Vilcabamba semblent respirer le bonheur. Souriants, les locaux sont convaincus de vivre dans un petit paradis aux multiples bienfaits : air pur, de l’eau de montagne exceptionnelle riche de 11 minéraux, une nourriture biologique par nature et largement végétarienne, moins de stress qu’ailleurs et, enfin, un climat idéal tout au long de l’année. Environ 20 degrés, ce qui soulage le corps humain de tous chocs thermiques et est idéal pour l’agriculture. Une chose est certaine, la spécificité de la région sort de l’ordinaire et fascine les âmes en quêtes de ressourcement.

Photographies : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

Pourtant, contrairement aux 5 « zones bleues » de notre planète (Okinawa au Japon et 4 autres régions de Sardaigne, de Californie, du Costa Rica et de Grèce) où l’on recense un très haut pourcentage de centenaires toujours très actifs, les scientifiques restent perplexes voire incrédules par rapport au secret de Vilcamaba. Pourtant le mythe opère toujours : face à son succès, cette petite ville compte désormais plus d’un tiers d’étrangers. Pas seulement des touristes, mais surtout des individus venus s’installer à long terme pour le bien-être et… l’espoir d’une longue vie paisible et en bonne santé. On les comprend, le “buen vivir” est d’application dans cette petite bourgade, l’ambiance est d’une extraordinaire sérénité.

Quelques échanges avec les habitants pour comprendre

Un samedi matin, jour de marché organique (forcément) : nous rencontrons par hasard certains de ces occidentaux qui ont changé de mode de vie et quitté leur pays d’origine. Zia et Roshni Parker, un couple d’Américains, ont installé leur ferme ici et exercent l’agriculture biodynamique et la permaculture depuis 6 ans. À la recherche d’un endroit pour vivre une vie « bio », ils ont parcouru la terre entière. Après 3 jours à Vilcabamba, ils en sont tombés amoureux et ont décidé d’y construire une ferme pour y vivre et participer à la communauté par la production de produits biologiques.

Photographie : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

Ils se disent heureux ici, heureux d’avoir tout changé, d’être en connexion avec la nature, de ne pas avoir de voiture et de vive plus lentement. Un mode de vie “organique”, comme ils disent, connecté avec la nature. Agriculteurs d’origine, ils sont venus faire le même travail mais dans un autre pays où les OGM’s et les pesticides ne sont pas encore omniprésents, contrairement à leur patrie d’origine. “Il y a trop de pollution aux États-Unis. C’est trop difficile de vivre comme cela ailleurs”, nous confie Roshni. Après avoir vécu dans l’Ohio, dans le Tennessee, dans l’état de Washington et 25 ans à Hawaï, ils n’ont aucun regret. La vie est moins chère ici et toutes les conditions sont réunies pour mener une vie belle et libre.

La nourriture locale et biologique (sans label bio) est pour eux la recette de cette longévité à laquelle il ont décidé de croire. Nous croisons ensuite Timoteo Arboleda. Il fête bientôt ses 104 ans. Il est l’un des centenaires de Vilcabamba. Dans sa modeste maison un peu à l’écart de la ville, il nous explique son secret tout personnel : l’eau de la cordillère bien sûr, la qualité de la nourriture naturellement, mais surtout… l’activité physique, dans l’agriculture locale depuis l’âge de 10 ans ! Timoteo n’a jamais cessé d’être actif physiquement.

Photographie : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

“You are now entering a stress free zone” peut-on lire sur un écriteau un peu plus loin (vous entrez dans une zone sans-stress). Sur les hauteurs de la ville, l’hôtel Izhcayluma a fait du bien-être un mode de vie : cours de yoga gratuits tous les matins, piscine naturelle, chambres coquettes à petits prix, télévision et journaux bannis. “Vilcabamba a une énergie spéciale”, nous confie Raik Ackermann, le gérant de cet établissement créé par deux frères bavarois expatriés ici il y a 20 ans, “nous voulons que les problèmes restent dehors, le but est que les voyageurs trouvent ici un refuge reposant, paisible et sain. On permet à leur esprit de s’apaiser et de s’ouvrir” poursuit-il.

Même si la vallée de la longévité n’est plus aussi florissante que dans le passé, Vilcabamba surfe toujours sur sa réputation. Entre la sincérité des habitants et de la plupart des nouveaux résidents, on y croisera également beaucoup de choses strictement commerciales. Le long de “l’avenue de la longévité” (sic.), il est désormais facile d’acheter de l’eau minérale en bouteille étiquetée “Vilcabamba” ou des cigarettes locales dites « 100% organiques ». Les touristes semblent apprécier… Commerces, restaurants et petits cafés jouent tous la carte de la nourriture saine et de la vie sans stress. Le naturel semble avoir été chassé pour faire place à une grande vitrine commerciale, et ce même si nombre d’habitants continuent de perpétuer leur mode de vie particulier, sans forcément en faire la publicité. On ne peut s’empêcher de se demander ce qu’en aurait pensé Miguel Carpio Mendieta, la doyenne des lieux, décédée en 1974 à l’âge honorable de 128 ans.

– Pascale Sury & Mr Mondialisation

Photographie : Pascale Sury pour Mr Mondialisation

Nos travaux sont gratuits et indépendants grâce à vous. Soutenez-nous aujourd’hui en nous offrant un thé 😉

Donation