En périphérie de Bruxelles, à Haren, le Gouvernement fédéral belge prévoit depuis le début des années 2010 la construction d’une prison de 1190 places. C’était sans compter sur le bras de fer entamé par quelques citoyens, bien décidés de faire capoter ce plan, afin qu’émerge un autre avenir pour les presque 18 hectares de terres concernées par le projet. Si l’idée même de construire une « méga-prison » suffit à cristalliser les critiques, c’est également le souhait de bétonner cet espace vert vierge de toute construction qui pose question. Depuis fin 2015,  la mobilisation est retombée mais les acteurs de la résistance et les collectifs de riverains appellent au sursaut citoyen ce dimanche 18 mars, alors qu’ils espèrent que le sort du terrain ne soit pas encore joué.

« Il n’y aura pas de prison ici ! », lance Valentine d’entrée. Il semblerait que rien ne puisse décourager la militante, convaincue que l’appel à se rassembler ce dimanche 18 mars à 13 heures sur la ZAD du Keelbeek sera entendu. Ce jour là, une tonne de patates sera plantée sur le site en guise de « protestation pacifique contre le projet de méga-prison » et pour montrer qu’ « autre chose est possible ». explique-t-elle.

Crédit image : Mr Mondialisation

Un combat de longue haleine

Depuis quatre ans, Valentine, qui habite Louvain-la-Neuve, s’engage auprès des collectifs de riverains pour « bloquer ce projet inutile qui en plus va coûter cher aux citoyens » et qui est organisé sous forme de partenariat public-privé. Les coûts du projets ont été évalués à 330 millions d’euros… Avant 2016, « il y a eu une grosse dynamique par rapport à ce qu’il est possible de faire en Belgique ». Depuis que l’État a détruit le 21 septembre 2015 le campement où logeaient une trentaine de personnes, la mobilisation est nécessairement retombée, la dynamique s’est essoufflée comme l’espérait le gouvernement. Pourtant, Valentine, qui est accompagnée aujourd’hui par un autre militant, Florian, ne perd pas espoir. Le premiers plans prévoyaient que la prison soit mise en service en 2016. Les diverses actions sur le terrain et devant les administrations ont donc porté leur fruit : « gagner du temps ». Valentine compte même les jours.

Aujourd’hui, il y a cependant pour eux de bonnes raisons de s’inquiéter. Le projet est loin d’être enterré, au contraire. Alors que les permis d’urbanisme et d’environnement ont été délivrés l’année passée, il y a quelques jours à peine, des ouvriers abattaient une grandes partie des arbres présents sur le terrain, laissant augurer un début imminent des travaux de construction, alors même que la justice n’a pas encore tranché concernant plusieurs recours portant sur les permis. En effet, aussi mince soit-il, il reste encore un espoir de voir le projet bloqué par une décision de justice.

Crédit image : Mr Mondialisation
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Nature ou béton ?

« Qu’est ce qu’on veut faire de notre société ? » interroge Valentine, convaincue que « c’est une illusion de croire qu’avec de l’argent investi dans des murs on aura une société plus paisible ». « Certains de nos voisins du Nord, à l’image des Pays-Bas et de la Norvège ferment même leurs prisons » renchérit Florian. Un autre modèle est-il donc possible, comme l’affirment les opposants ? En Belgique, la situation dans les prisons est souvent critiquée, notamment en raison de leur vétusté et du nombre trop important de personnes enfermées par rapport aux capacités d’accueil. Mais la population carcérale a nettement diminué dans le pays pendant ces dernières années, ce qui fait dire aux militants qu’une « méga-prison » du type qui est envisagé à Haren n’a pas de raison d’être.

Et puis, il y a ce grand espace vide. « Pourquoi faudrait-il le bétonner ? » se questionnent-ils. Pendant que nous échangeons, nous sommes régulièrement interrompus par les avions qui décollent de l’aéroport de Bruxelles et passent juste au dessus de nos têtes, si proche que nous ne pouvons continuer la conversation le temps de leur envol. D’aucuns seraient tentés de dire que l’espace est d’ores et déjà sacrifié au profit d’un urbanisme sauvage. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher d’écouter les oiseaux qui chantent autour de nous, dans les arbres et buissons qui n’ont pas encore été rasés. Parmi les branches des arbres fraîchement abattus, nous observons également que les saules avaient commencé à bourgeonner, alors que les chatons des noisetiers étaient déjà sortis.

À quelques pas, une petite source en contrebas du terrain abrite divers amphibiens. Bétonner cet espace serait, une fois de plus, repousser la nature un peu plus loin en dehors de la ville. Un véritable paradoxe alors que tout le monde semble aujourd’hui d’accord sur la problématique de l’étalement urbain et du recul général de la biodiversité qu’il entraine. Ici comme ailleurs où les grands projets de construction sont critiqués, il n’est pas seulement question de prison, d’aéroport ou de ligne grande vitesse, mais aussi de la volonté collective d’entamer, une autre trajectoire de société, véritablement respectueuse des hommes, des femmes, des enfants et de l’environnement.

Les militants espèrent de tout cœur que les citoyens belges se manifesteront sur le terrain, ce dimanche 18 mars, à Haren, rue du Keelbeekpour une grande action de replantage des arbres.

Crédit image : Mr Mondialisation
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