Comment protéger les territoires de la mondialisation en soutenant les produits et l’économie du territoire ? Tel est l’enjeu des villes modernes, confrontées à d’incessantes crises d’ordre économique, financière ou écologique émanant du système actuel. Mises à mal par des stratégies agressives de production et de distribution, assorties de bas salaires, nombreuses localités tentent aujourd’hui de relancer leur territoire en privilégiant les échanges de proximité. Une fonction souvent assurée par des monnaies locales, dont les expériences se multiplient partout dans l’hexagone. Explications et interview autour d’un outil qui permet de contourner les circuits traditionnels tout en s’attachant à sa qualité de vie et son environnement. (article sous creative commons proposé par Olivier et Caroline Roux via les-hiboux.fr)

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En France, beaucoup d’initiatives de monnaie locales ont vu ainsi vu le jour grâce à la création de collectifs de citoyens ou l’engagement des villes et des régions. C’est le cas de la ville de Toulouse, qui organise chaque année un marché solidaire, où il est possible de payer les produits du terroir avec la monnaie locale, le Sol violette.

Entretien avec Bruno de Menna, de l’association Sol Violette à Toulouse

L’une des principales fonction d’une monnaie locale est de relocaliser les échanges économiques sur le territoire. Pourquoi serait-elle plus efficace que l’euro pour le faire ?

Deux éléments permettent de l’expliquer. Tout d’abord, la monnaie locale ne circule que sur un territoire précis, bénéficiant à l’ensemble de ses acteurs. Cela permet de s’assurer que la monnaie va bien rester dans l’économie réelle (c’est à dire des biens et services), sans être captée par le système financier, omniprésent aujourd’hui dans notre économie. Ce sont ainsi les commerces de proximité et les structures de petites tailles, aujourd’hui souvent en difficulté, qui vont en bénéficier.

Le deuxième élément est l’accélération de la vitesse de circulation de la monnaie : la monnaie locale reste dans l’économie réelle du territoire, elle génère des échanges permettant à la monnaie de circuler trois à quatre fois plus rapidement que l’euro.

Une monnaie locale est dite « fondante », c’est à dire qu’elle se déprécie au fil des mois. Pourquoi cela ?

Une monnaie crée de la richesse et des échanges quand elle circule. Quand elle est épargnée ou immobilisée, elle ne remplit plus cette fonction d’intermédiaire des échanges, ce qu’on observe avec l’euro. C’est l’idée de cette monnaie fondante : permettre à la monnaie de retrouver son rôle de base en insistant sur sa vitesse de circulation. Une monnaie locale ne doit pas servir de « réserve de valeur », d’épargne, cette fonction est assurée par l’euro. On parle d’ailleurs tout autant de « monnaie complémentaire » que de monnaie locale. C’est pour cela que le Sol violette se déprécie de 2% tous les trois mois, s’il n’est pas utilisé. Un billet de 1 sol (équivalent à 1 euro) que vous n’échangez pas dans les trois mois ne vaudra alors plus que 0, 98 sol.

Une monnaie locale favorise les échanges de biens et services locaux mais seulement ceux qui répondent à une charte respectueuse de l’homme et de l’environnement. Comment est définie cette charte ? Quelle en sont les grandes lignes concernant le Sol violette ?

Cette charte est essentielle car elle permet d’utiliser le « pouvoir transformateur » de la monnaie. L’idée est de faire vivre des structures qui produisent autrement et modifient leurs pratiques pour avoir des impacts positifs sur l’économie. Cette charte est signée par tous les commerces ou entreprises qui acceptent la monnaie locale. Elle est basée sur cinq axes, qui comprennent chacun cinq questions : l’impact sur l’environnement, la prise en compte des besoins des salariés, l’implication de la structure dans son territoire et la vie de quartier, le respect des valeurs de l’économie sociale et solidaire, et l’éthique économique (circuits courts, réduction des temps de transport, etc). Cela porte à un total de 25 questions posées aux nouveaux entrants sur le réseau : l’adhésion se fera si au moins 9 de ces critères sont remplis.

Je suis habitant de Toulouse et je souhaite faire une partie de mes achats en Sol violette. Comment dois-je procéder ? Que deviennent les euros échangés ?

J’adhère à l’association Sol violette et je peux échanger mes euros auprès des deux banques partenaires (crédit coopératif et crédit municipal) ou bien dans un des comptoirs de change répartis dans la ville. Ces euros serviront à financer des projets sur le territoire dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de la culture ou à alimenter le circuit du micro crédit.

Mes achats risquent-ils de me coûter plus cher qu’en réalité si je les effectue en Sol violette ?

La grande différence lorsque l’on achète dans le réseau local est qu’on diminue considérablement les intermédiaires.

Les prix de départs fixés par les producteurs sont certes, plus élevés que ceux consentis à la grande distribution car l’idée est aussi de leur apporter un revenu décent pour faire fonctionner leur activité. Mais cette réduction des intermédiaires permet d’être tout aussi compétitif sur le prix d’achat. En revanche, là où il ne faut pas nier un léger surcoût, ce sont dans certaines biocopes toulousaines qui vendent des produits certifiés bio et doivent répercuter sur leurs prix l’achat du label. Mais l’idée est de montrer aussi que d’autres productions locales peuvent adhérer à une charte respectueuse de l’environnement, sans pour autant bénéficier d’un label, et proposer des produits de qualité moins chers que dans la grande distribution.

Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette expérience, quatre ans après sa mise en place ? Quels sont vos prochains défis ?

Le projet Sol violette a déjà pu montrer toute sa pertinence dans le climat économique actuel. L’idée n’est pas de courir le plus vite possible mais le plus longtemps. Nos efforts visent à pérenniser cette démarche, et ouvrir d’autres champs de développement. Notamment, nous projetons de développer un support numérique, de faire un travail auprès des universités et des écoles pour toucher les plus jeunes ainsi que des publics précaires (maisons de chômeurs, secours populaire).

Le Sol violette en quelques chiffres :

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NB : 1 EURO est égal à 1 SOL au moment de sa conversion. Ce n’est que 3 mois après celle-ci que le sol commence à perdre 2% (à ce moment là 1 sol = 0,98) mais seulement dans le cas où il n’a pas été échangé. Si on se sert régulièrement de sa monnaie locale (au moins une fois tous les 3 mois), il n’y a donc aucune perte de valeur, 1 sol reste égal à 1 euro. Le but affiché étant de faire circuler plus rapidement les échanges de proximité.


Article partenaire signé Les Hiboux adapté par Mr Mondialisation.

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