Ses mots sont tranchés contre l’industrie de la viande et les nouvelles réglementations d’étiquetage en France. Voici un extrait des propos tenus par Natacha Polony sur son blog « lefigarovox ».

« Les plus anciens parmi nous se souviennent sans doute de ces drôles d’oiseaux bêtes et méchants qui animaient de leurs aventures délirantes les écrans de l’ORTF avec la voix de l’ineffable Claude Piéplu. Les Shadoks possédaient un langage rudimentaire composé de quatre syllabes Ga, Bu, Zo et Meu, qui servaient également de nombres pour compter en base quatre. À volatiles stupides, langage simplifié.

Pourquoi diable ce souvenir revient-il irrésistiblement à l’esprit alors qu’on apprend la dernière innovation sortie d’un chapeau de la Fédération du commerce et de la distribution et validée au mois de juillet par un arrêté ayant valeur de règlement? L’idée: simplifier la terminologie des pièces de viande vendues sous emballage plastique aux rayons boucherie des supermarchés et enterrer les noms de morceaux autrefois consacrés: bavette, macreuse, merlan, gîte, poire, collier ou tendron. Comme à l’accoutumée, on a sorti pour l’occasion l’artillerie lourde et les mots-réflexes: «archaïsme» contre «transparence» et «démocratisation». Et la nature du nouvel étiquetage en question en dit beaucoup sur notre conception contemporaine de la démocratie. Ga-Bu-Zo-Meu. En l’occurrence, l’identification des morceaux par leur destination culinaire, steak, pot-au-feu ou escalope, et leur mode de cuisson, à griller, à rôtir ou à braiser, et des petites étoiles pour signaler la tendreté et le moelleux. À quand un dessin ou «meuh!» sur l’étiquette ?

Les étoiles, c’est d’ailleurs le coup de génie de l’opération. D’une à trois étoiles, comme pour singer le prestige de la grande restauration. Trois étoiles, ça ne peut être que de la viande de première qualité. Certes, elle peut n’avoir aucun goût, parce qu’une viande tendre mais non maturée issue d’une bête mal nourrie est parfaitement insipide, mais cela n’a aucune importance, ça augmentera la demande. Quant à savoir si la vache a mangé du tourteau de soja OGM, des farines industrielles ou toute autre cochonnerie, si elle a vu une fois dans sa vie un brin d’herbe et si elle a été abattue dans des conditions décentes ou dans le stress et la souffrance, ça, le marchand de barbaque s’en moque.

La démarche, bien sûr, est commerciale. Les distributeurs s’affolent de voir baisser la consommation de viande. La crise, les sollicitations diverses des loisirs et de la technologie… Alors, pour attirer à nouveau le chaland, il faut faire simple, facile, rapide… »


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