Se nourrissant de micro-organismes, les huîtres sont un révélateur de l’état de nos océans. Une étude conjointe de deux instituts scientifiques, l’un français, l’autre européen, ont récemment mis en avant les effets dramatiques de la pollution micro-plastique des océans sur l’huître. Les huîtres exposées aux micro-plastiques ont montré un taux de fertilité de 41% moindre à celui des spécimens « ordinaires » …

Si les articles et reportages sur le « Septième continent », cette agrégation immense de déchets flottant au cœur du Pacifique, ont permis de réaliser l’envergure du phénomène de la pollution des océans, l’essentiel n’est pas visible à l’œil nu. En effet, la dégradation des objets en plastique les réduit en micro-plastiques (moins de 5mm de diamètre), dont l’impact nocif sur la vie marine n’est pas encore connu dans toute son amplitude. Tirant la sonnette d’alarme, l’ancienne navigatrice Ellen McArthur annonçait à Davos au début de l’année qu’il y aurait en 2050 davantage de plastique que de poissons dans les mers.

Une étude conjointe de l’Institut français de Recherche pour l’Exploitation de la mer (Ifremer) et de l’Institut universitaire européen de la Mer (IUEM) a examiné les effets des micro-plastiques sur l’huître. En exposant durant 2 mois les spécimens à des micro-particules de polystyrène d’un diamètre de 2 et 6 micromètres (taille des phytoplanctons qui constituent leur alimentation), elle a permis de constater une grave diminution de leur taux de fécondité (41% de moins que des huîtres moins polluées). Les huîtres produisaient moins d’ovocytes (-38%), qui plus est, de plus petite taille, et les spermatozoïdes étaient moins mobiles. Autrement dit : les conséquences à long terme pour l’économie ostréicole pourraient être désastreuses.

huitre_plastiquePhotographie : Farrukh / Flickr CC BY-NC)

Biologiste marin au Laboratoire Physiologie des invertébrés du centre Ifremer, Arnaud Huvet expose : « Il peut y avoir un vrai effet physique de la particule qui perturbe la digestion et modifie l’énergie allouée aux grandes fonctions physiologiques, que cela soit la défense, la croissance et comme ici, la reproduction. Mais vu les effets importants observés, il y a de forts risques qu’il y ait également des effets de type perturbateurs endocriniens de ces plastiques. Dans ce cas, ce ne serait pas la particule elle-même qui serait en cause, mais les additifs, les résidus de monomères de styrène ou les polluants organiques persistants qui pourraient désorber au cours du transit digestif ».

Les hypothèses émises appellent des approfondissements. Durant l’expérience, ont été utilisées – et donc ingérées par les huîtres – des micro-plastiques lisses. Les effets sur leur système digestif de particules rugueuses sont donc inconnues. « Cela pourrait amener des lésions au niveau de la barrière digestive et faire des lésions ou obstructions, comme on le voit sur les oiseaux marins », signale M. Huvet. Comme l’explique Arnaud Huvet à Natura-Sciences.com, la recherche se heurte à une difficulté technologique : les filets existants ne permettent pas de capturer des fragments inférieurs à 0,333mm, ingérés pourtant par des animaux marins – et donc intégrés à la chaîne alimentaire. Dans tous les cas de figure, le plastique est responsable et l’étude laisse suggérer de plus amples conséquences sur d’autres organismes marins.

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270 000 tonnes de micro-plastiques dans les océans du monde

Fin 2014, une étude de PloS ONE estimait la pollution océanique à 270 000 tonnes de micro-plastiques et avançait le chiffre, pour la seule Méditerranée, de 247 milliards de particules pour 23 150 tonnes. L’Unesco évalue à un million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins le nombre de morts causées par la pollution plastique des océans.

La logique économique prévalant sur l’équilibre des bio-systèmes – non chiffrable en termes de rentabilité –, peut-être que la mesure des pertes économiques de cette pollution amènera les décideurs du monde à consentir à des efforts. Deux rapports du Programme pour l’Environnement des Nations unies (Unep, en anglais) avançaient en 2014 que celle-ci, « selon des estimations prudentes du dommage financier global provoqué par les plastiques sur les écosystèmes marins se chiffrent à 13 milliards de Dollars par an », soit près de 11,5 milliards d’Euros. Toute l’économie est donc indirectement impactée.

Produits par la dégradation des objets de plastique sous l’effet des courants, des vagues et du soleil, ces micro-plastiques sont, certes, la conséquence de la consommation et de l’usage de produits jetables (sacs, emballages, bouteilles) et de l’ignorance des populations. Mais ils sont, en dernière analyse, l’un des effets nocifs d’une logique qui place la croissance économique au centre de ses préoccupations, loin devant la question environnementale. Les déclarations et le grand spectacle médiatique de la COP21 ne doivent pas faire perdre de vue que la logique d’accumulation de richesses, qui exige de produire toujours davantage, est contraire par essence aux considérations environnementales. La « croissance durable » drapée de « capitalisme vert » sauraient-ils alors constituer une solution à ces maux dont l’amplitude se mesure davantage d’étude en étude, et qui affecte déjà la vie, la santé et la fertilité de l’espèce humaine ?

« Notre étude contribue également à lancer une alerte précoce et fournit aux parties prenantes les données nécessaires pour limiter l’impact des micro-plastiques dans les décennies à venir », énoncent les chercheurs de l’Ifremer et l’IUEM. Des solutions existent, en effet. L’ensemble du système productif doit s’en emparer sans tarder. Pour l’heure, le grand capital et ses affidés gouvernementaux restent obstinément sourds.


Sources : Natura-Sciences.com / TheGuardian.com / Unesco.org / Unep.org / 20Minutes.fr / 2CNRS.fr.

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